Un couvre-feu appliqué avec le «gros bon sens» des policiers

La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault

Les policiers feront preuve de « gros bon sens » dans l’application du couvre-feu à compter de samedi, mais il faudra « de bonnes raisons » pour se retrouver à l’extérieur entre 20 h et 5 h, insiste Québec, qui doit encore éclaircir des zones grises à deux jours de son entrée en vigueur.

« L’idée n’est pas de coincer les gens », mais de combattre le « fléau » des rassemblements privés d’une « minorité » de contrevenants, a soutenu en point de presse jeudi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. À ses yeux, cette nouvelle mesure stricte ne « changera à toutes fins pratiques pas grand-chose » à la vie de ceux qui respectent déjà les règles sanitaires.

À compter de 20 h ce samedi, un policier interceptant une personne n’ayant pas une raison jugée valable de circuler à l’extérieur de sa résidence pendant le couvre-feu s’exposera à une amende salée de 1000 à 6000 $, distribuée sur-le-champ. « Le policier va user de son discernement et de son bon jugement dans l’appréciation [des] motifs », a plus d’une fois fait valoir la numéro deux du gouvernement caquiste.

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Puisque « le gros bon sens commande des exceptions », a-t-elle ajouté, Québec entend en dresser la liste. Ces cas de figure seront inclus dans le décret pour guider l’action des policiers.

Chose certaine : les gens devant se déplacer pour le travail, pour une urgence familiale ou pour se rendre au chevet d’un proche malade, par exemple, pourront le faire pendant le couvre-feu. Les propriétaires de chien pourront aussi le promener dans un rayon d’un kilomètre de leur domicile. Il sera en outre possible de se retrouver dans sa cour ou sur le terrain privé de sa maison après 20 h.

Pour « faciliter le travail » des agents de la paix, Geneviève Guilbault a fortement encouragé les Québécois concernés à se doter d’une preuve justifiant leur déplacement. Elle a ainsi donné l’exemple d’une carte d’hôpital dans le cas d’un infirmier ou encore d’un reçu de caisse de la pharmacie.

Cela étant, il ne sera pas obligatoire de fournir un document « officiel », à l’instar de certains pays comme la France. Le gouvernement a néanmoins mis à la disposition des employeurs sur son site Web un modèle d’attestation pour ses employés.

La ministre Guilbault a également lancé un message aux personnes victimes de violence conjugale. « Le couvre-feu […] ne doit surtout pas vous empêcher de quitter un milieu de vie violent ou qui compromet votre sécurité ou celle de vos enfants », a-t-elle plaidé, les invitant à se tourner vers les ressources d’hébergement et les autres services d’aide qui demeurent disponibles.

Questions en suspens

D’ici l’entrée en vigueur du couvre-feu, plusieurs ficelles doivent encore être attachées avant de publier le décret, a concédé la vice-première ministre devant la presse. Certaines règles sont en révision.

Une rencontre est d’ailleurs prévue vendredi entre les principaux corps policiers de la province, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et les ministères de la Sécurité publique et de la Justice. « Quand on parle de pouvoir donner des amendes, il y a toujours le ministère de la Justice qui a un rôle important à jouer là-dedans », a précisé Mme Guilbault.

Le nombre de patrouilleurs sera-t-il revu à la hausse pendant le couvre-feu ? Des secteurs seront-ils davantage quadrillés que d’autres ? En réponse à ces questions, Mme Guilbault a lancé la balle dans le camp des forces de l’ordre. « La présence policière, la visibilité, la façon d’intervenir et tout ça, ce sera à la discrétion des corps de police. »

Cela dit, pas question d’ériger des barrages routiers comme au printemps dernier, a relevé Geneviève Guilbault, tout en rappelant que les déplacements entre les régions sont non recommandés. « On juge que le couvre-feu est tout aussi vigoureux, sinon plus. »

En données

Québec signalait jeudi 74 nouveaux décès liés à la COVID-19, alors que le nombre d’hospitalisations affichait une diminution. 2519 nouveaux cas étaient rapportés. 16 décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 41 entre le 31 décembre et le 5 janvier, 15 avant le 31 décembre et 2 à une date inconnue.

La Presse canadienne


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