Un préposé «bienveillant» emporté par la COVID-19 à Québec

Le CHSLD Saint-Antoine est frappé par une grave éclosion de COVID-19. Lundi, on y recensait 98 cas, dont 53 parmi les employés.
Photo: Charles-Frédéric Ouellet Le Devoir Le CHSLD Saint-Antoine est frappé par une grave éclosion de COVID-19. Lundi, on y recensait 98 cas, dont 53 parmi les employés.

Décédé seul dans son appartement au tournant de l’année, Oscar Anibal Rodriguez n’était pas pour autant isolé et comptait notamment plusieurs amis dans sa coopérative de la haute-ville de Québec.

« Ce qu’on retient de lui, c’est son sourire. C’était quelqu’un de bienveillant. Un bel être humain », se rappelle son amie et voisine Diane Roy. Véritable colosse, il était grand et trapu, un vrai « géant », dit-elle.

Âgé de 58 ans, Oscar Anibal Rodriguez est décédé de la COVID-19, qu’il a vraisemblablement contractée au CHSLD Saint-Antoine où il travaillait. Il est le premier travailleur de la santé à décéder de la maladie dans la région de la capitale.

Photo: Diane Roy Oscar Anibal Rodriguez

Comme des milliers d’autres Québécois, M. Rodriguez avait répondu à l’appel du gouvernement pour suivre une formation accélérée et devenir préposé aux bénéficiaires.

« Il n’était pas en très bonne santé au départ. Ça m’a étonnée d’ailleurs qu’il aille travailler dans ce milieu-là », dit Mme Roy. La dame ignore toutefois pourquoi son voisin n’a pas été vacciné, à l’instar de ses collègues du CHSLD Saint-Antoine.

Le décès a été constaté le 2 janvier, après que sa famille en Argentine eut alerté les voisins. « Ils s’interrogeaient parce qu’il n’avait pas donné de nouvelles au jour de l’An, rapporte Mme Roy. On est allés cogner à sa porte et, après, on a appelé le 911. »

Pas si seul que ça

Avant de devenir préposé, M. Rodriguez travaillait en informatique, un domaine qui le passionnait, mais dont la pandémie l’avait éloigné, faute de travail. Depuis son embauche au CHSLD, il continuait d’ailleurs à étudier l’informatique, afin de parfaire ses connaissances.

Il essayait tant bien que mal de prendre soin à distance de son père en Argentine, la santé du vieil homme étant fragile. Après avoir séjourné auprès de lui plusieurs mois en 2019, il avait fait installer des caméras un peu partout dans sa maison pour pouvoir veiller sur lui depuis le Québec. « C’était vraiment un ange gardien pour son père », raconte Mme Roy.

Il vivait au Québec depuis quelques années déjà et était très fier de sa nouvelle appartenance, souligne-t-elle. Avec le temps, il avait notamment tissé des liens avec les autres résidents de la coopérative où il habitait. « Il vivait seul, mais comme plusieurs personnes ici. Ce n’est pas vrai de dire qu’il vivait dans une très grande solitude. »

Sur des photos transmises au Devoir, on le voit entouré de voisins, lors de fêtes organisées par la coopérative ces dernières années, notamment dans le temps de Noël.

Il était également en contact constant avec sa famille en Argentine. « Ses dernières communications, c’était la veille avec sa famille. »

« Tout le personnel du CIUSSS est profondément attristé par cette nouvelle », a déclaré le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale par courriel.

Le CHSLD Saint-Antoine est frappé par une grave éclosion de COVID-19. Mardi, on recensait 121 cas, dont 70 parmi les employés, soit 40 cas de plus que la veille. Douze résidents sont également décédés de la maladie.

Paradoxalement, ce CHSLD est le premier lieu où le vaccin a été offert dans la capitale à la mi-décembre.

M. Rodriguez travaillait au CIUSSS depuis le 15 juin. Son décès a semé la consternation chez les autres employés, selon Richard Boissinot, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS. « Les gens sont très inquiets, dit-il. Plusieurs travailleurs ont la COVID-19 et il manque de personnel. »