Les Canadiens de retour d’un voyage non essentiel à l’étranger n’auront pas droit à l’aide d’Ottawa

Justin Trudeau prend acte de la colère citoyenne suscitée par la perspective que les Canadiens étant allés se prélasser au soleil du Sud reçoivent une compensation financière d’Ottawa. Le premier ministre promet que la faille sera colmatée et que les voyageurs ne se qualifieront pas à la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE).

« L’objectif [de la PCMRE] n’a jamais été d’envoyer un chèque à ceux qui décident de partir en voyage, à l’encontre des avis de la Santé publique », a expliqué M. Trudeau au cours de sa première conférence de presse de l’année. « Mon message à ceux qui sont allés dans le Sud est clair : vous n’aurez pas droit à cette prestation. Elle n’est pas prévue pour vous. Et à ceux qui ont été fâchés en lisant les reportages en fin de semaine, je partage votre indignation. On corrigera la situation rapidement. »

Le gouvernement n’a pas encore précisé comment il s’y prendra. Le Bloc québécois, qui dénonce sans relâche ce qu’il appelle « la prime au voyage », suggère de rappeler le Parlement pendant son congé des Fêtes pour faire voter un changement à la loi ayant créé la prestation. Il préfère cette solution à un règlement décidé seulement par le gouvernement ou encore à une récupération des sommes lors de la saison des déclarations de revenus. « Si le gouvernement choisit cette voie, le Bloc québécois est convaincu que le NPD et les conservateurs accepteront de procéder rapidement », soutient le parti dans son communiqué de presse, ajoutant qu’il « n’imagine pas que quiconque voudra profiter de la situation pour soutirer des gains partisans ».

Le fédéral est dans l’embarras depuis samedi matin, quand des médias ont révélé que rien dans la loi n’empêche les Canadiens de retour de voyage de réclamer la nouvelle PCMRE. Cette prestation consiste en un paiement de 500 $ par semaine, pendant deux semaines, pour soutenir les travailleurs devant s’isoler.

En réalité, la PCMRE n’est pas aussi facilement accessible que certains sur les réseaux sociaux l’ont laissé entendre. Pour l’obtenir, il faut être un travailleur (donc pas un retraité de retour de la Floride, par exemple), ne pas bénéficier de congés de maladie payés par l’employeur et ne pas pouvoir faire de télétravail. Certes, le travailleur n’est pas obligé d’épuiser sa banque de congés de maladie avant d’avoir recours à la PCMRE. Mais comme elle consiste en un paiement hebdomadaire de 500 $ imposable, la prestation fédérale n’est pas financièrement avantageuse pour les salariés gagnant plus de 26 000 $ par année.

Cette PCMRE a été instaurée l’automne dernier pour soutenir financièrement les petits salariés devant se placer en quarantaine. L’idée était qu’un commis d’épicerie gagnant le salaire minimum, par exemple, serait susceptible de continuer à aller au travail malgré un contact avec quelqu’un atteint de la COVID-19 — au risque de contaminer des centaines d’autres personnes — parce qu’il n’aurait pas les moyens de perdre deux semaines de salaire. Personne à Ottawa n’avait envisagé que des gens ayant les moyens d’aller dans le Sud pourraient la réclamer à leur retour pendant leur quarantaine.

Depuis son entrée en vigueur le 27 septembre dernier, la PCMRE a été versée à 298 000 personnes, pour une somme totalisant 254 millions de dollars.

Le Bloc québécois estime qu’Ottawa a favorisé les voyages dans le Sud en n’obligeant pas les compagnies aériennes à rembourser les billets d’avion annulés lors de la première vague de la pandémie. Les consommateurs s’étant retrouvés avec des crédits ont profité des rabais alléchants offerts en décembre par les transporteurs.

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Dominic LeBlanc, a rejeté l’idée d’interdire aux Canadiens de quitter le pays pour des raisons non essentielles. « Certains affirment à tort que le gouvernement du Canada pourrait légiférer contre les voyages à l’étranger. Je ne suis pas certain qu’on veuille se retrouver sur la liste des pays qui exigent un visa pour sortir. »

Accélérer la vaccination

Le premier ministre Justin Trudeau s’est par ailleurs dit « frustré » de voir des doses de vaccin dormir « dans des congélateurs » plutôt que d’être administrées. « Il y a une impatience parmi les Canadiens que je partage absolument de voir les plus vulnérables se faire vacciner le plus rapidement possible. » Il abordera cette question lors de sa rencontre avec ses homologues provinciaux jeudi, afin de « voir ce que le gouvernement fédéral peut faire de plus pour les aider ».

Des vaccins ont effectivement été mis de côté afin d’être disponibles pour l’administration de la seconde dose requise. Le Québec a depuis rompu avec cette pratique, après avoir reçu l’assurance que l’approvisionnement ne poserait pas de problème.

De plus en plus d’autorités ont toutefois décidé de reporter l’administration de la seconde dose au-delà des trois semaines recommandées par Pfizer et BioNTech afin d’offrir à plus de gens une première protection. C’est le cas notamment de la Ville de Québec. Or, Pfizer a diffusé une déclaration la semaine dernière indiquant que l’efficacité de son vaccin n’a été testée que pour un intervalle de trois semaines entre les deux doses. « Il n’y a aucune donnée démontrant le niveau de protection offert par la première dose au-delà de 21 jours », a écrit la pharmaceutique.

Qu’importe, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada n’a pas dénoncé la pratique. « C’est un sujet qui fait l’objet de discussions, s’est bornée à dire la Dre Theresa Tam. Ça revient à une question de gestion du vaccin et d’ajustement dans un contexte d’approvisionnement limité. »

Au total, le Canada a reçu 424 050 doses de vaccin en décembre. Il en attend 124 800 cette semaine de Pfizer, puis 208 000 par semaine pour les trois prochaines semaines de janvier. Il attend aussi 171 000 doses du vaccin de Moderna la semaine prochaine.

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