Ottawa pressé de s’attaquer à la transmission par aérosols

Les signataires estiment que les messages de prévention des gouvernements provinciaux au Canada continuent d’être déficients quant aux risques de transmission dans des milieux clos, d’autant plus que l’hiver impose depuis quelques semaines un plus grand nombre d’activités à l’intérieur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les signataires estiment que les messages de prévention des gouvernements provinciaux au Canada continuent d’être déficients quant aux risques de transmission dans des milieux clos, d’autant plus que l’hiver impose depuis quelques semaines un plus grand nombre d’activités à l’intérieur.

Devant l’augmentation continue de nouveaux cas de COVID-19 à travers le pays, un groupe de 363 experts, pour la plupart canadiens, exige qu’Ottawa prenne mieux en compte le rôle des aérosols dans la transmission du virus, en mettant à jour au plus vite ses directives provinciales et ses réglementations.

« Maintenant que nous sommes en hiver, nos activités se déroulent à l’intérieur et il est impératif que les responsables des milieux de travail des secteurs privé et public comme les particuliers comprennent ce qu’est le risque de transmission par aérosols et prennent les mesures pour l’atténuer », écrivent-ils d’une même voix dans une lettre ouverte publiée lundi.

Ces 363 signataires œuvrent surtout dans les milieux médical et scientifique. Ils sont médecins, infirmières, ingénieurs, spécialistes de la qualité de l’air intérieur et de la santé au travail. On retrouve dans la liste l’ancien ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette, le docteur et ex-porte-parole de Québec solidaire Amir Khadir, l’urgentologue Alain Vadeboncœur, le médecin gériatre Quoc Dinh Nguyen ou encore l’épidémiologiste Nimâ Machouf.

D’après eux, les messages de prévention des gouvernements provinciaux minimisent ou mettent carrément de côté les risques de transmission de la COVID-19 dans les espaces clos.

« Alors que d’autres pays incitent les citoyens à se méfier des espaces fermés, des lieux très achalandés et de toute situation propice aux contacts étroits, nous continuons d’insister sur la désinfection et la distanciation physique à deux mètres », notent-ils.

Les preuves scientifiques existent et sont irréfutables : la transmission de la COVID-19 par aérosols est fréquente et constitue une voie de contagion importante, les virus concentrés étant plus infectieux et pouvant atteindre des concentrations dangereuses dans des pièces mal aérées ou mal ventilées. Ce qui est le cas de nombreux lieux de travail, de bâtiments et de résidences au Canada.

Diverses autorités, dont l’Organisation mondiale de la santé, ont d’ailleurs commencé à reconnaître l’importance de la transmission par aérosols de la COVID-19. Un groupe d’experts de la conseillère scientifique en chef du Canada sur la COVID-19 a même publié le 28 septembre dernier un avis qui résume les meilleures façons de réduire les infections dans les bâtiments et d’améliorer la qualité de l’air à l’intérieur. Il n’y a toutefois pas eu d’amélioration notable des mesures de protection des travailleurs de la santé et des services essentiels au pays à cet égard.

Recommandations

En plus de demander la mise à jour des directives pour contrer la transmission par aérosols et des messages de santé publique plus clairs, les 363 signataires font une multitude de recommandations, comme éviter les espaces fermés et les lieux bondés, porter le masque même lorsqu’on est loin des autres, ouvrir régulièrement les fenêtres, bien entretenir les systèmes de ventilation et faire fonctionner fréquemment les ventilateurs dans les cuisines et les salles de bains.


Ils proposent également que les autorités inspectent les systèmes de ventilation et financent leur mise à niveau dans les établissements publics essentiels, tels que les écoles et les centres de soins de longue durée. Et si la ventilation laisse toujours à désirer, elles devraient distribuer des unités portables de filtration de l’air, « des appareils artisanaux utilisant des filtres MERV-11/13 et des ventilateurs pour filtrer les bioaérosols ».

Les experts recommandent aussi fortement que les travailleurs de la santé soient mieux équipés et qu’ils aient tous accès à un masque N95 ou l’équivalent, plutôt qu’à de simples masques chirurgicaux souvent mal adaptés.

« Les spécialistes nous préviennent que d’autres pandémies virales respiratoires sont probables. Investir aujourd’hui dans la ventilation, la qualité de l’air intérieur et des équipements de protection individuelle appropriés permettra de sauver des vies et d’éviter des difficultés économiques », insistent-ils.

Avec La Presse canadienne

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