Le dépassement des capacités hospitalières dédiées à Montréal est «vraisemblable»

Dans ses projections mises à jour jeudi, l’INESSS souligne que près des deux tiers des lits consacrés à la COVID-19 sont actuellement occupés dans la grande région de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans ses projections mises à jour jeudi, l’INESSS souligne que près des deux tiers des lits consacrés à la COVID-19 sont actuellement occupés dans la grande région de Montréal.

Il est « vraisemblable » que les hôpitaux de Montréal et des environs dépassent leurs capacités dédiées à la COVID-19 dans les prochaines semaines, selon l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Dans ses projections des besoins hospitaliers mises à jour jeudi, l’INESSS souligne que près des deux tiers des lits consacrés à la COVID-19 sont actuellement occupés dans la grande région de Montréal.

Avec les hospitalisations qui devraient encore augmenter de manière importante dans les prochaines semaines, l’INESSS affirme pour la première fois qu’il est « vraisemblable » (plus de 50 % de probabilités) qu’il y ait un débordement dans ces hôpitaux d’ici les trois prochaines semaines.

 

Dans les autres régions, près de 60 % des lits réservés pour les patients atteints de la COVID-19 sont comblés. Bien que la situation demeure stable, un dépassement des capacités n’est pas impossible dans certains secteurs, souligne l’INESSS.

Sur les réseaux sociaux, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a pris acte du rapport de l’INESSS. « Malheureusement, si la tendance se maintient, ceci devra être compensé notamment par du délestage additionnel de traitements non COVID dans nos hôpitaux », a-t-il indiqué.

Des risques pour tous les âges

L’institut a également mis à jour ses informations sur les risques d’hospitalisation selon les données du 21 au 27 décembre. Pendant cette période, une hausse des hospitalisations de 5 % a été observée.

L’augmentation des hospitalisations se manifeste pratiquement dans tous les groupes d’âge, à l’exception des jeunes (0 à 17 ans) et des plus âgés (80 ans et plus), pour qui elle est plus modeste.

« Le nombre d’hospitalisations projetées reste important, tout comme la semaine précédente (678 versus 666) », affirme l’INESSS dans son communiqué.

Des choix difficiles en vue

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, souligne que le délestage évoqué par le ministre a ses limites, car il faut garder des places non liées à la COVID-19 dans les établissements.

« La vie continue, on continue d’avoir des arrêts cardiaques, des fractures de hanche, a-t-elle souligné. On doit garder un certain nombre de places pour ces personnes-là. »

« On est rendu à un niveau où on risque de ne plus avoir de place du tout, ni pour les [patients] COVID, ni pour les non COVID. »

Pour remédier à la situation, certains hôpitaux qui débordent pourraient faire appel à d’autres établissements pour leur venir en aide.

Mais selon Mme Borgès Da Silva, si la situation continue de s’aggraver, les hôpitaux n’auront pas le choix de faire du triage pour déterminer qui aura accès aux soins intensifs et aux respirateurs, par exemple.

« Le ministère de la Santé est très bien préparé à ça. Il y a un comité qui a été mis en place dès le printemps dernier pour définir les protocoles de triage », a-t-elle indiqué.

La spécialiste espère que l’Institut national de santé publique du Québec réanalysera tous les tests de dépistages de la COVID-19 effectués en novembre et en décembre pour examiner si le variant circulant au Royaume-Uni, qui serait plus contagieux, pourrait s’être propagé au Québec plus tôt qu’on ne le pense.

« On l’a vu, à partir des mois de novembre-décembre, alors qu’on était un plateau de 1000 cas, on s’est mis à augmenter tranquillement et à monter jusqu’à 2800 aujourd’hui, et pourtant aucune mesure n’a changé », a-t-elle expliqué.

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