Le personnel des hôpitaux craint le pire pour le mois de janvier

Mardi, 1131 personnes étaient hospitalisées en raison de la COVID-19 au Québec, dont 148 aux soins intensifs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Mardi, 1131 personnes étaient hospitalisées en raison de la COVID-19 au Québec, dont 148 aux soins intensifs.

Le temps des Fêtes n’a pas aggravé la situation déjà critique des hôpitaux au Québec, mais le personnel craint le pire pour le mois de janvier qui est à nos portes.

« On est dans une veille anxieuse », résume le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). « On regarde les 2000 cas par jour et on se demande quand ça va nous tomber dessus ».

« Tout le monde a peur du nombre de cas qu’on va avoir », a confié cette semaine au Devoir un autre intensiviste à l’hôpital L’Enfant-Jésus.

Depuis le début de la pandémie, la hausse du nombre de cas se traduit normalement par une hausse des hospitalisations deux semaines plus tard. Puisque le Québec a franchi le cap des 2000 cas depuis le 19 décembre, cela laisse présager un afflux de nouveaux patients à partir du 2 janvier.

Les infirmières aussi redoutent le mois qui point à nos portes. « On va se le dire : la période critique annuelle de janvier arrive », souligne Nathalie Lévesque, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ). « En plus de la COVID, on va voir les symptômes d’allure grippale qui vont se confondre avec ceux de la COVID. C’est encore plus crucial que les gens respectent les règles sanitaires. »

Et ce, sans compter le retour possible de Québécois ayant contracté la maladie dans les pays chauds. « C’est extrêmement préoccupant pour les jours et semaines à venir », poursuit Mme Lévesque.

En attendant, le réseau retient son souffle et tient le coup. Dans les jours précédant Noël, la pression a beaucoup monté, relate le Dr Simon. La cadence ne s’est pas réduite depuis, mais au moins ça ne s’est pas aggravé.

Actuellement, 1131 personnes sont hospitalisées en raison de la COVID-19 au Québec, dont 148 aux soins intensifs.

À Montréal

« Les hôpitaux sont à peu près au même stade qu’on était il y a une semaine », a indiqué mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Lui aussi appréhende le mois de janvier dans les hôpitaux. « Les projections indiquent une augmentation importante de l’occupation des lits dans les prochaines semaines », a-t-il signalé. « Un dépassement des capacités dédiées à la COVID ne peut être exclu. »

Concrètement, cela se traduirait par une nouvelle réduction des chirurgies et des traitements offerts pour les autres problèmes de santé. À l’heure actuelle, 58 % des opérations habituelles sont maintenues.

Il s’agit toutefois d’une moyenne et la proportion de chirurgies normales est encore plus basse dans la métropole. « C’est sûr qu’à Montréal, on est un petit peu plus bas que ça », a reconnu le ministre. « L’augmentation des cas est cinq fois plus importante dans la grande région de Montréal qui a plus que doublé depuis quatre semaines. »

Avant les Fêtes, M. Dubé avait affirmé que dix hôpitaux au Québec se trouvaient dans une situation critique dont deux à Montréal : l’hôpital du Lakeshore et l’hôpital de Verdun ainsi que l’hôpital de Chicoutimi, l’hôpital de l’Enfant-Jésus et l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), l’hôpital de Trois-Rivières, les hôpitaux Pierre-Boucher et Anna-Laberge en Montérégie, l’hôpital de Hull et le CHUS de Sherbrooke.

Selon la FIQ, le taux d’occupation des urgences est également « alarmant » dans les hôpitaux de Lanaudière et des Laurentides.

Encore des congés annulés

Pendant ce temps, la pression sur le personnel demeure très forte. « Avec les éclosions en milieu hospitalier, il y a beaucoup d’absences, donc la charge est répartie sur moins d’épaules », note le Dr Simon de l’IUCPQ.

« Les gens tiennent le coup, ils veulent contribuer », dit-il en relevant qu’il y a beaucoup de solidarité dans les équipes, mais que le personnel en espérerait davantage des Québécois qui ont fait le choix d’aller en vacances à l’extérieur.

Dans l’ouest de l’île de Montréal, le CISSS n’a finalement pas annulé les vacances de tout le personnel comme il menaçait de le faire avant Noël. Or, beaucoup de professionnelles en seront privées quand même, selon la présidente du syndicat local, Johanne Riendeau. « J’ai des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes dont les vacances vont être annulées au mois de janvier. On a demandé à l’employeur de nous fournir les noms et de nous dire pourquoi c’est refusé. On fait des vérifications pour voir si c’est vrai qu’ils manquent d’effectifs à ce point-là. »

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