Le coronavirus muté pourrait être déjà installé au Québec

Selon des experts consultés par «Le Devoir», la circulation du nouveau variant du coronavirus pourrait expliquer en partie l’augmentation des nouveaux cas quotidiens de COVID-19.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon des experts consultés par «Le Devoir», la circulation du nouveau variant du coronavirus pourrait expliquer en partie l’augmentation des nouveaux cas quotidiens de COVID-19.

Au moins cinq Canadiens ont été contaminés par le nouveau variant de la COVID-19 récemment découvert au Royaume-Uni, mais beaucoup d’autres, y compris des Québécois, pourraient l’avoir déjà contracté dans les dernières semaines sans le savoir, selon des experts consultés par Le Devoir.

« Parmi les premiers cas de ce variant au pays, certains viennent d’une transmission communautaire. Tout porte à croire qu’il est bien installé et qu’il est certainement déjà au Québec, depuis des semaines, possiblement des mois », laisse tomber Benoit Barbeau, virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM.

À ce jour, ce variant de la COVID-19 détecté au Royaume-Uni a été dépisté chez cinq personnes au Canada : trois en Ontario, une en Colombie-Britannique et une autre en Alberta, recensée lundi. Trois d’entre eux sont revenus récemment d’un séjour au Royaume-Uni, les deux autres ont été en contact avec un voyageur de retour de ce pays.

Cependant, contrairement à ce pays outre-Atlantique, le Canada ne pousse pas systématiquement chacune de ses analyses pour connaître la séquence des différents variants. Difficile alors de cerner depuis quand celui-ci a fait son entrée sur le territoire. « On va devoir réaliser davantage de tests génotypiques pour savoir à quel point il est déjà bien installé au pays », indique M. Barbeau.

Tout porte à croire qu’il est bien installé et qu’il est certainement déjà au Québec, depuis des semaines, possiblement des mois

 

Selon lui, la circulation de ce virus modifié et considéré comme plus contagieux pourrait d’ailleurs expliquer en partie, mais pas à lui seul, l’augmentation continue du nombre de nouveaux cas au Québec ces derniers mois. Les citoyens qui, encore aujourd’hui, ne respectent pas les mesures sanitaires ont aussi un rôle à jouer dans l’accélération de la propagation du virus.

Sur ce dernier point, Benoît Mâsse, professeur et chercheur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, partage l’avis de M. Barbeau. « On avait observé en octobre une baisse des contacts, dit-il. Il y a eu une légère reprise en novembre et je pense que ça a continué en décembre, puis ces contacts-là supplémentaires ont contribué à ce qu’on voit présentement », soit un nombre de nouveaux cas quotidiens qui se maintient au-delà de 2200 depuis plusieurs jours.

Pas de panique

Ce n’est pas le temps de paniquer pour autant, assure pour sa part Pierre Talbot, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et expert des coronavirus depuis près de 40 ans.

« Il y a déjà eu plusieurs centaines de variants de la COVID-19 qui sont apparus, puis ont disparu. C’est normal dans le cycle de vie du coronavirus. Je ne comprends pas pourquoi on met l’accent sur cette mutation-ci alors que ce n’est pas encore complètement prouvé qu’elle est plus contagieuse. Ça va prendre des mois pour en arriver à cette conclusion », explique-t-il.

Or, selon les premières études épidémiologiques, ce nouveau variant se propage plus facilement et plus rapidement que la version originale du coronavirus. Mais rien n’indique pour le moment qu’il soit plus mortel ou qu’il entraîne des répercussions plus sévères sur la santé des malades. Il n’affecterait pas non plus l’efficacité des vaccins développés.

Des mesures plus strictes

De son côté, l’épidémiologiste Nimâ Machouf se dit inquiète de voir ce nouveau variant se propager à la vitesse grand V en voyant les Canadiens multiplier les voyages dans le monde durant le temps des Fêtes. Même si ce variant n’est pas plus dangereux, il pourrait faire augmenter les contaminations et ainsi faire pression sur le réseau de la santé, déjà saturé.

Des mesures de santé publique plus strictes pourraient devenir nécessaires dans les prochaines semaines pour renverser la tendance, selon elle. Notamment dans les écoles qui doivent rouvrir le 11 janvier.

« Il va falloir qu’on prenne davantage au sérieux la transmission du virus par aérosol. Il faut vérifier les systèmes d’aération dans les écoles, ajouter un système de filtration d’air », donne-t-elle en exemple. Et pourquoi ne pas imposer aux enfants de moins de 10 ans de porter aussi le masque en tout temps ?

« Déjà, début décembre, on a commencé à voir beaucoup d’infections dans les écoles. Beaucoup de classes du primaire ont dû fermer, car les enfants se transmettaient le virus et, en plus, le transmettaient à leurs parents. C’est quelque chose qu’on ne voyait pas avant, les plus jeunes n’étaient pas de grands transmetteurs. C’était peut-être déjà un signe que le virus avait muté. »

Quant aux voyageurs qui seront bientôt de retour au Québec, Nimâ Machouf croit qu’il faudrait mieux s’assurer qu’ils respectent leur quarantaine. « Il faut que les gens respectent les règles et prennent leurs responsabilités. Qu’ils comprennent qu’il faut briser la chaîne de transmission, sinon on paye collectivement le prix pour la COVID-19 », insiste-t-elle.

Avec Mylène Crête

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