La campagne de vaccination contre la COVID-19 se fera à deux vaccins

Le vaccin de Moderna contre la COVID-19 a déjà commencé à être distribué aux États-Unis, où il a été approuvé par la FDA vendredi dernier.
Photo: Karen Ducey Getty Images Agence France-Presse Le vaccin de Moderna contre la COVID-19 a déjà commencé à être distribué aux États-Unis, où il a été approuvé par la FDA vendredi dernier.

Santé Canada a approuvé le vaccin contre la COVID-19 mis au point par l’entreprise états-unienne Moderna mercredi , donnant ainsi le feu vert à son utilisation au pays. On disposera donc de deux vaccins pour la campagne de vaccination contre la COVID-19 qui vient de débuter. Est-ce une situation inédite ? Pourra-t-on choisir le vaccin que l’on préférerait recevoir ? Éclairage.

Ce n’est pas la première fois que l’on disposera simultanément d’au moins deux vaccins différents pour prévenir une même maladie. Pour la campagne de vaccination contre la grippe qui a lieu chaque année, on utilise plusieurs vaccins différents qui sont produits par des compagnies distinctes et qui ont des formulations un peu différentes, affirment les microbiologistes-infectiologues Cécile Tremblay et Dr Don Vinh, respectivement du CHUM et du CUSM.

Il existe aussi « plus d’un vaccin contre la polio, dont l’un est injectable et l’autre est administré par voie orale », ajoute la Dre Tremblay. « On dispose aussi de quelques vaccins différents contre le méningocoque et la rougeole », renchérit le Dr Vinh.

« Oui, il arrive souvent qu’on utilise plusieurs vaccins différents fabriqués par des compagnies distinctes dans une même campagne de vaccination, et ce, pour des raisons de disponibilité, de logistique et de coût des vaccins. Les fabricants ne desservent pas seulement le Québec, mais le monde entier », poursuit-il. Un même fabricant ne peut donc pas fournir toutes les doses nécessaires à un pays. « Pour des questions de logistique, les vaccins qui doivent être conservés à très basse température dans des congélateurs particuliers ne pourront être acheminés que dans certaines régions et pas dans d’autres. Par ailleurs, les fabricants négocient les prix de leurs vaccins en fonction de leur efficacité et de la technologie qu’ils utilisent. Moderna et Pfizer-BioNTech, par exemple, ont fait appel à une nouvelle technologie dont la mise au point a nécessité des années de travail. Ce sont donc davantage des facteurs logistiques et économiques que biologiques qui expliquent le recours à plusieurs vaccins différents », explique le Dr Vinh.

Aucune de ces études-là n’a noté une diminution de l’efficacité du vaccin en raison d’un variant.

Chose certaine, dans une campagne de vaccination, on ne peut exiger le vaccin que l’on préférerait recevoir. Les sites de vaccination contre la COVID-19 ne seront pas « comme des restaurants ou comme un menu chinois où chacun choisit les éléments de son repas. Le vaccin que chacun recevra sera celui qui sera disponible sur le site, au moment où la personne ira se faire vacciner, exactement comme dans les campagnes de vaccination contre la grippe. C’est la Santé publique qui distribue les doses de vaccins dans les différents sites », prévient le Dr Vinh.

De toute façon, les vaccins de Moderna et de Pfizer-BioNTech sont équivalents en termes d’efficacité et d’innocuité. « Il n’y aurait donc pas d’avantages pour les gens de pouvoir choisir leur vaccin », fait remarquer la Dre Tremblay.

À l’épreuve des mutations

À l’instar du vaccin de Pfizer-BioNTech, celui de Moderna devrait être efficace contre les différents variants du SRAS-CoV-2. C’est ce qu’avance Santé Canada, en se basant sur les études de Moderna effectuées sur des animaux, dans lesquelles plusieurs variants — à l’exception du plus récent apparu au Royaume-Uni — ont été mis à l’essai.

« Aucune de ces études-là n’a noté une diminution de l’efficacité du vaccin en raison d’un variant », a expliqué le Dr Marc Berthiaume, directeur du Bureau des sciences médicales de Santé Canada, lors d’un point de presse mercredi. Santé Canada s’attend à recevoir les résultats des études supplémentaires effectuées sur le variant britannique doté de plusieurs mutations le rendant vraisemblablement plus contagieux « dès qu’ils seront disponibles ».

Mêmes contre-indications

Quant aux contre-indications, le vaccin de Moderna ne diffère pas de celui de Pfizer. Santé Canada déconseille à quiconque est allergique à l’un des composants du vaccin, dont la liste est sur son site Web, de se faire vacciner pour le moment. De plus, les personnes qui feront une réaction à la première dose ne devraient pas recevoir la seconde.

Le vaccin que chacun recevra sera celui qui sera disponible sur le site, au moment où la personne ira se faire vacciner, exactement comme dans les campagnes de vaccination contre la grippe.

Néanmoins, même s’il s’agit de deux vaccins à ARNm, chaque fabricant a employé un procédé particulier qui lui est propre pour rendre plus stable l’ARN de son vaccin qui autrement se dégraderait rapidement, ce qui compromettrait l’efficacité du vaccin. Les nanoparticules de lipides qui renferment l’ARNm ne sont pas nécessairement identiques dans les deux vaccins.

Vaccins non interchangeables

« Même si les deux vaccins sont biologiquement aussi efficaces l’un que l’autre, selon les études cliniques, ils ne contiennent pas exactement les mêmes molécules. Or, à cause de ces différences, on n’encourage pas la combinaison des deux vaccins, c’est-à-dire d’administrer le vaccin de Pfizer-BioNTech en première dose et le vaccin de Moderna, en deuxième dose, par exemple. Si l’on reçoit dans un premier temps une dose d’un des deux vaccins, il vaut mieux recevoir le même vaccin dans un second temps. Toutefois, il se pourrait fort bien que les gens reçoivent un vaccin différent lors de la seconde dose, pour des raisons de disponibilité. Une telle vaccination devrait probablement être aussi efficace, mais il y a une incertitude », fait valoir le Dr Vinh.

Le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 a mis sur pied un projet de recherche pancanadien qui visera justement à répondre à cette question. L’équipe du Dr Vinh du CUSM participera à cette étude qui débutera sous peu et qui consistera à prélever des échantillons de sang chez des personnes vaccinées pour voir si deux doses de vaccins différents induisent le même type de réponse immunitaire que deux doses du même vaccin.

Avec Boris Proulx

168 000 doses du vaccin de Moderna en route vers le Canada

Deux livraisons de 168 000 doses du nouveau vaccin contre la COVID-19 de l’entreprise Moderna, autorisé mercredi, arriveront au Canada respectivement lundi prochain et à la mi-janvier. Ce vaccin n’exige pas d’être conservé à de très basses températures, comme celui de Pfizer. Le gouvernement expédiera ainsi les premières doses vers les communautés éloignées du pays et dans les territoires. Le nombre de sites de vaccination passera de 14 actuellement à plus de 100 d’ici la fin de l’année. L’arrivée du vaccin de Moderna ne change rien au plan de vaccination, déjà élaboré en prévoyant son autorisation. L’opération prévoit toujours la distribution de 4 millions de doses du vaccin Pfizer et deux millions de celui de Moderna au premier trimestre de l’année prochaine. Si tout se déroule comme prévu, la population générale pourra recevoir le vaccin dès avril, une fois les populations
prioritaires vaccinées. L’opération se déroulera jusqu’à la fin de l’année 2021.

Boris Proulx

À voir en vidéo