Conférence internationale sur le sida - Mandela lance un vibrant appel aux dirigeants de la planète

Nelson Mendela, saluant les participants à la Conférence sur le sida, qui a pris fin hier, à Bangkok.
Photo: Agence Reuters Nelson Mendela, saluant les participants à la Conférence sur le sida, qui a pris fin hier, à Bangkok.

Bangkok — Les femmes sont particulièrement menacées par le sida et la pandémie est prête à exploser en Asie et en Europe de l'Est, ont averti hier les délégués de la 15e conférence internationale sur le sida à Bangkok, qui s'est clôturée après six jours de débats largement consacrés à l'accès aux antirétroviraux dans les pays pauvres.

Les États-Unis ont été très critiqués durant la conférence en raison de leur politique de financement de la lutte contre le sida à l'étranger, qui privilégie les programmes mettant l'accent sur l'abstinence sexuelle plutôt que sur les préservatifs.

L'ancien président sud-africain Nelson Mandela et le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, ont demandé plus de moyens financiers. Le cofondateur de Microsoft, Bill Gates, et l'Union européenne ont annoncé de nouveaux dons s'élevant au total à 102 millions de dollars (134 millions $CAN).

M. Mandela, qui aura 86 ans demain, a lancé un nouvel appel lors de la cérémonie de clôture de la conférence. «Je ne pourrai trouver le repos tant que je ne serai pas certain que la réaction mondiale est suffisante pour inverser le cours de l'épidémie», a souligné l'icône de la lutte contre l'apartheid. «L'histoire nous jugera sûrement sévèrement si nous ne réagissons pas avec toute l'énergie et les ressources que nous pouvons engager pour peser dans la bataille contre le VIH et le sida.»

Responsabilités des dirigeants

La conférence, qui a attiré 20 000 scientifiques, décideurs politiques et militants, a renforcé la prise de conscience du problème mais a aussi accru la responsabilité des dirigeants face au fléau, affirme Mechai Viravaidya, le plus éminent militant antisida en Thaïlande.

Alors que la mise au point d'un vaccin reste une perspective lointaine, les experts ont appelé à accentuer les efforts de recherche sur d'autres pistes, comme la mise au point de gels vaginaux contre le virus, qui pourraient aider les femmes à se protéger lorsque leur partenaire refuse le préservatif.

«Les inégalités entre les sexes provoquent de nouvelles infections parmi les femmes et les filles comme jamais auparavant», a souligné Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International.

Les femmes en masse

On estime que 38 millions de personnes sont séropositives, dont 25 millions en Afrique subsaharienne. Les experts constatent que près de la moitié des personnes infectées sont désormais des femmes et que leur taux d'infection augmente plus vite dans de nombreuses régions que celui des hommes. Dans les Caraïbes, elles représentent 70 % des nouveaux cas d'infection.

Par ailleurs, l'épidémie connaît une progression rapide en Asie, où 7,2 millions de personnes sont contaminées, en Asie centrale et en Europe de l'Est, où l'on recense 1,3 million de personnes infectées. Les épidémiologistes avertissent que ces régions sont dans une phase critique où le VIH risque de se propager dans la population au sens large.

La prostitution est considérée comme le principal moteur de l'épidémie en Asie, soulignent les experts, qui mettent en garde contre une explosion du virus si l'utilisation du préservatif ne s'y généralise pas.

Depuis la dernière conférence sur le sida à Barcelone en 2002, le nombre de malades traités a doublé dans les pays développés, passant à 40 000. Dans le même temps, six millions de personnes sont mortes du sida et dix millions ont été infectées, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Autre constat, seulement 7 % des six millions de personnes séropositives dans les pays pauvres qui ont un besoin urgent de médicaments antirétroviraux reçoivent un traitement. En outre, la proportion de ceux qui bénéficient de l'accès aux soins et de la prévention par rapport au total des personnes infectées n'a pas augmenté, soulignent les Nations unies.

La prochaine conférence internationale sur le sida se tiendra à Toronto en 2006.