Des professionnels en réadaptation veulent faire du télétravail

Lorsqu’elle travaille de son domicile, Marie (nom fictfif) dit écrire ses notes dans un document Word et devoir les transférer dans le système une fois au bureau. «Je perds du temps», dit-elle.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Lorsqu’elle travaille de son domicile, Marie (nom fictfif) dit écrire ses notes dans un document Word et devoir les transférer dans le système une fois au bureau. «Je perds du temps», dit-elle.

Plus d’une centaine de professionnels travaillant en réadaptation au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal sont forcés de se rendre au bureau, malgré la recommandation du gouvernement Legault de faire le plus possible du télétravail, dénonce leur syndicat.

Une nutritionniste, qui travaillait dans un GMF du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, vient d’ailleurs de démissionner pour cette raison, signale l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

« Elle était dans une position un peu absurde où il fallait juste qu’elle se présente [au bureau] et qu’elle parle au téléphone », dit Jonathan Harmon, conseiller syndical de l’APTS dans le CIUSSS. Son travail, soutient-il, ne nécessitait pas qu’elle voie des usagers en personne.

Devant l’inflexibilité de son employeur, dit le syndicat, cette nutritionniste a décidé d’aller travailler ailleurs. « Elle avait fourni des billets médicaux attestant que sa mère est immunodéprimée et qu’elle avait un statut de proche aidante, souligne Jonathan Harmon. En allant travailler comme cela, elle mettait à risque sa mère. »

Selon l’APTS, la direction de la réadaptation du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal permet aux employés à temps complet de faire une seule journée de télétravail par semaine. Des employés comme des travailleurs sociaux et des psychologues voudraient en faire plus.

C’est le cas de Marie (prénom fictif), qui souhaite garder l’anonymat parce qu’elle n’est pas autorisée à parler aux médias.

Cette éducatrice spécialisée rencontre des clients à domicile — la « moitié moins souvent » qu’avant la pandémie, précise-t-elle. Elle travaille de la maison une fois par semaine pour compléter des rapports, entre autres. Elle doit se rendre au bureau le reste de la semaine. « Ils veulent qu’on se présente pour faire de la paperasse », déplore-t-elle.

Elle estime être « beaucoup plus efficace » à son domicile, où elle est moins « dérangée » qu’au bureau. « Je ne sais pas pourquoi ils sont réfractaires au télétravail, dit-elle. On ne nous donne pas accès au logiciel qui pourrait nous aider à être complètement autonome en télétravail à la maison. »

Lorsqu’elle travaille de son domicile, Marie dit écrire ses notes dans un document Word et devoir les transférer dans le système une fois au bureau. « Je perds du temps », dit-elle.

Jonathan Harmon croit que l’employeur ne veut pas « créer des habitudes » en donnant accès au télétravail à plus large échelle.

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, lui, rétorque qu’il « autorise le personnel à télétravailler si ses tâches peuvent être effectuées à son domicile et si le niveau de service requis aux usagers est maintenu ».

« Cela inclut le personnel du GMF, précise-t-on dans un courriel. Le personnel peut être tenu d’avoir une certaine présence au travail et, dans ce cas, une rotation équitable du personnel entre le domicile et le bureau est mise en œuvre. »

La représentante nationale de l’APTS du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal Teresa Muccari souligne que tous les gestionnaires ne gèrent pas cet enjeu de la même façon. « Le télétravail, ça ne devrait pas être une option, dit-elle. Ce n’est pas un privilège ou un cadeau. C’est le devoir et la responsabilité de l’employeur de réduire l’exposition à la COVID-19 des employés. »



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