Les psychologues en renforts n’arriveront pas avant la fin janvier

Les listes d'attentes pour avoir accès à des services psychologiques comptent 18 300 noms au Québec.
Photo: Aaron Favila Associated Press Les listes d'attentes pour avoir accès à des services psychologiques comptent 18 300 noms au Québec.

Les renforts en santé mentale tardent à se déployer au Québec. Il faudra attendre à la fin du mois de janvier avant que des psychologues du secteur privé puissent s’ajouter aux ressources existantes pour réduire les listes d’attente.

En entrevue, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a reconnu lundi que « c’est plus long » que ce qu’il « aurait souhaité ».

Deux jours après l’attaque de l’Halloween dans le Vieux-Québec, le ministre avait promis des investissements supplémentaires de 100 millions de dollars en santé mentale. Le plan incluait l’ajout de 350 sentinelles psychosociales en prévention et la mise à contribution de 800 psychologues du secteur privé.

Ces derniers, disait-il, allaient aider leurs collègues du réseau public à « vider les listes d’attente » qui comptaient alors 16 000 noms.

Or lors de l’étude des crédits le 4 décembre, le ministre a dû concéder que les renforts n’arriveraient pas avant la fin du mois de janvier, et que le guichet d’accès contenait désormais non plus 16 000, mais 18 300 noms.

Écarts entre le public et le privé

Pourquoi ce délai ? La liste de psychologues du privé qui se disaient prêts à aider « n’est pas aussi clairement définie que ce qu’on aimerait », rétorque M. Carmant.

Le projet est en outre ralenti par l’effet appréhendé de leur arrivée sur les psychologues du réseau public. « Il faut s’assurer que ce soit équitable pour tous », a-t-il expliqué.

Étant donné que les psychologues du secteur privé sont mieux rémunérés que leurs collègues du public, le gouvernement veut éviter que ce projet ne convainque davantage de psychologues du secteur public de partir pour le privé.

Ce serait d’autant plus paradoxal que la liste d’attente est en partie causée par l’exode des psychologues du public vers le privé ces dernières années, fait remarquer le président de l’Association des psychologues du Québec, Charles Roy. « On en a perdu 450 dans le réseau public ces 12 dernières années », dit-il. « Il faut que le service public ajuste les salaires, ça n’a pas de bon sens. »

Les psychologues du privé sont payés en moyenne 27 % de plus que leurs collègues du public, selon l’Association. Et ce, en incluant les avantages sociaux des uns et les frais de bureaux des autres.

Ça fait des mois qu’on dit qu’il y a une crise

Malgré tout, le ministre Carmant a bon espoir de faire aboutir le projet pour la fin janvier. « Les choses avancent bien », dit-il. « C’est pour ça que je me suis avancé sur la fin janvier ». « Ça va donner beaucoup d’heures de disponibilités », a-t-il ajouté.

Quant aux sentinelles prévues dans les plans, elles ne débarqueront pas sur le terrain avant les Fêtes comme l’avait annoncé le ministre. « On a envoyé les lettres aux différents CISSS et CIUSSS pour engager les différentes sentinelles, mais il faut qu’elles aient une formation », a précisé le ministre. « La formation devrait se donner le plus rapidement possible. Les choses se mettent sur pied, mais évidemment plus tranquillement que ce que j’aurais aimé. »

En attendant des mesures directes sur l’accès, le ministère a demandé aux CIUSSS et aux CISSS de contacter à nouveau tous les patients qui sont sur les listes d’attente des différents programmes des services sociaux.

Forum sur la santé mentale

Le ministre multiplie aussi les consultations pour évaluer les besoins en santé mentale des Québécois à plus long terme.

En collaboration avec les oppositions, il a accepté de tenir un forum non partisan de deux jours sur le sujet, les 19 et 20 janvier prochain. L’événement, qui se déroulera de façon virtuelle, est organisé conjointement avec les porte-parole des oppositions en santé mentale, David Birnbaum (PLQ), Gabriel Nadeau-Dubois (QS) et Joël Arseneau (PQ).

Le programme de l’événement n’est pas encore couché sur papier, mais il est déjà acquis que le temps de parole sera réparti également entre chaque élu et que l’événement sera public et accessible à tous en ligne.

« Ça fait des mois qu’on dit qu’il y a une crise de la santé mentale », plaide le député de D’Arcy-McGee, David Birnbaum. « Si l’ampleur de l’affaire est aussi grande qu’on l’entend chaque jour, il faut se pencher là-dessus », dit-il. « Il faut que le ministre ait un portrait clair de la situation actuelle. »

À l’origine, les oppositions réclamaient une commission parlementaire sur la santé mentale, mais le leader du gouvernement s’y est montré plutôt réfractaire. C’est en discutant directement avec le ministre qu’ils se sont ralliés à l’idée d’un forum consacré spécifiquement à la crise actuelle.

« Personne ne sait quelle est l’ampleur des dommages psychosociaux », remarque Gabriel Nadeau-Dubois. Si le député de Gouin est satisfait de la tenue de ce forum, il est également pressé de voir des progrès à court terme. « Il faut des mesures maintenant », dit-il. « Les annonces de l’automne sont extrêmement lentes à se rendre sur le terrain. »

Chose certaine, le sujet est vaste, même en le confinant au contexte de la COVID-19. L’impact de la pandémie sur la santé mentale des jeunes est, à lui seul, un enjeu majeur, signale le député Joël Arseneau. « Les étudiants sont déjà très touchés par les problèmes d’anxiété. […] Selon les sondages et les échos qu’on a, ils souffrent beaucoup de l’isolement. »

Le ministre tient en outre une autre consultation, cette semaine, auprès des organismes communautaires sur son Plan d’action ministériel en santé mentale. L’événement qui se déroulera, à huis clos, fait suite aux deux forums tenus par sa prédécesseure, Danièle McCann. Il doit mener au dépôt, à l’automne 2021, d’une stratégie valide jusqu’en 2026.

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 15 décembre 2020 14 h 07

    PAS SI SÛR QUE PEUT-ÊTRE, SI...

    « La liste de psychologues du privé qui se disaient prêts à aider « n’est pas aussi clairement définie que ce qu’on aimerait », rétorque M. Carmant. »
    Ayoye !
    Tout est clairement dit : la venue éventuelle «pas aussi clairement définie que ce qu’on aimerait » de psy du privé va engendrer des revendications salariales des psy du public...
    Heureusement, il y aura les sentinelles. Enfin, peut-être, quand formées : « On a envoyé les lettres aux différents CISSS et CIUSSS pour engager les différentes sentinelles, mais il faut qu’elles aient une formation », a précisé le ministre. « La formation devrait se donner le plus rapidement possible. Les choses se mettent sur pied, mais évidemment plus tranquillement que ce que j’aurais aimé. »

    Petit train va loin...du but !
    Encore une fois, la santé mentale peut bien attendre...
    Les CHSLD ont bien attendu, alors pourquoi pas !