Vers une nouvelle fermeture des commerces pour freiner la COVID-19

Il n’y aura vraisemblablement pas de « Boxing Day » au Québec cette année au lendemain de Noël… ni de magasins ouverts dans les jours suivants. Le gouvernement Legault devrait en effet annoncer mardi la fermeture des commerces non essentiels à partir du 25 décembre, une mesure prise pour tenter de « casser » la deuxième vague de COVID-19.

François Legault a confirmé lundi dans plusieurs entrevues ce qu’il avait laissé entrevoir à la fin de la semaine dernière : Québec doit « donner un coup » pour resserrer les mesures en vigueur sur le territoire. Et tout indique que ce sont les commerçants qui feront les frais de cette modulation. Tour d’horizon de ce qui est sur la table de la cellule de crise du gouvernement, et qui sera précisé en fin de journée mardi.

Les mesures annoncées viseront-elles les commerces non essentiels ?

C’est ce que le premier ministre Legault a indiqué clairement lundi dans une série d’entrevues de fin d’année accordées notamment au 98,5 FM, à Radio-Canada radio et télé, à Qub Radio et à TVA. « Doit-on fermer les magasins pendant un certain temps ? C’est [ce] qu’on regarde », a-t-il affirmé en début de journée.

Pour donner un indice de la direction vers laquelle Québec se dirige, M. Legault a indiqué être un « grand admirateur de [la chancelière allemande Angela] Merkel. Si vous allez voir ce qu’elle a annoncé en fin de semaine […], ça risque de ressembler à ce qu’on va annoncer demain ».

Or, Mme Merkel a imposé une batterie de mesures qui resteront en vigueur jusqu’au 10 janvier. Parmi celles-ci : la fermeture de tous les commerces, à l’exception des épiceries, des pharmacies et des autres commerces essentiels. D’autres mesures annoncées en Allemagne — favoriser le télétravail, étirer la pause scolaire du temps des Fêtes — l’ont déjà été au Québec.

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« Il va falloir resserrer la situation dans les commerces, a expliqué François Legault. Il va falloir les fermer pour une certaine partie… parce qu’il y a trop de contacts. Il faut réduire les contacts. » Ces nouvelles restrictions visent à « être capables de casser cette deuxième vague et à se rendre à la fin du marathon avec le plus de monde possible », a-t-il fait valoir.

Le premier ministre a souligné qu’avec près de 900 patients COVID-19 actuellement hospitalisés, le réseau est à certains endroits « sur le bord d’avoir une rupture ».

Quand les commerces devront-ils fermer ?

Selon ce que M. Legault a indiqué lundi, Québec ne décrétera pas de fermeture avant Noël — en Allemagne, tout s’applique dès mercredi. « On veut laisser les gens faire leur magasinage pour leurs enfants, a dit le premier ministre. Mais par la suite, il faut donner un coup. »

Dans une autre entrevue, il a précisé que « d’ici le 25, je pense qu’il faut laisser les gens vivre. Mais [il faut aussi] tout de suite annoncer ce qui va se passer après ». La durée de fermeture imposée reste à déterminer, a-t-il relevé. « On discute : est-ce que c’est une semaine [de fermeture], deux semaines ? Combien de temps on a besoin pour casser la vague et limiter les décès ? »

Les écoles pourraient-elles rester fermées plus longtemps ?

Le premier ministre avait déjà indiqué vendredi en conférence de presse que le gouvernement pourrait retarder un peu le retour en classes des élèves du primaire (qui doivent en principe revenir à l’école une semaine plus tôt que ceux du secondaire après les Fêtes). Il n’a pas explicité ce point lundi.

À la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), le président, Nicolas Prévost, affirme n’avoir eu aucune indication d’un changement de plan de la part du ministère de l’Éducation. « Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de changement, puisqu’on nous le dit généralement quelques minutes avant de l’annoncer publiquement… », a-t-il dit.

Chose certaine, la FQDE souhaite le statu quo — c’est-à-dire que les élèves du primaire retournent en classes le 5 janvier, et ceux du secondaire le 11 janvier. « Le réseau n’a pas le matériel suffisant pour faire en même temps l’enseignement à distance pour le primaire et le secondaire, a affirmé M. Prévost. On ne peut pas mettre tout le monde en enseignement à distance — des élèves n’y auront pas accès, ça compliquerait les choses. »

Pourquoi annoncer de nouvelles restrictions à ce moment ?

La période des Fêtes offre une occasion unique d’agir, a réitéré François Legault lundi — il l’avait fait vendredi dernier.

D’ici le 25, je pense qu’il faut laisser les gens vivre. Mais [il faut aussi] tout de suite annoncer ce qui va se passer après.

 

« Il y a une belle opportunité qui est un peu naturelle, disait-il alors. Pendant le temps des Fêtes, les écoles sont fermées, la construction est fermée pour deux semaines [les conventions collectives prévoient des vacances du 20 décembre au 2 janvier], il y a beaucoup d’entreprises qui donnent une semaine, dix jours de vacances à leurs employés. Donc, c’est une belle occasion pour casser la vague, mais il ne faut pas que les gens qui sont en vacances commencent à se rassembler, parce que tout ce potentiel-là [serait] annulé. »

Peut-on parler d’un confinement comme au printemps ?

François Legault l’assure : Québec n’a pas l’intention d’imposer des règles aussi sévères et universelles qu’au printemps. « On n’ira pas aussi loin, parce qu’on a appris depuis », a-t-il évoqué.

Par exemple ? « La distanciation, porter un masque, faire attention, [le fait que] beaucoup de gens font du télétravail », a-t-il énuméré. Donc ? « On n’ira jamais aussi loin » qu’en mars, avril et mai, a-t-il promis.

L’approche de Québec vise deux grands principes : maintenir la capacité du réseau de la santé et garder les écoles ouvertes.

C’est ainsi que le gouvernement évoque davantage un « confinement à la carte » qu’un confinement général.

« Ce qu’on essaie de faire avec la Santé publique, [c’est] d’identifier quels sont les endroits où il y a le plus d’éclosions, quels sont les endroits où une action, une restriction pourrait réduire le nombre de contacts, et donc le nombre de cas », avait mentionné M. Legault vendredi.

En données

Québec rapportait lundi 1620 nouveaux cas d’infection dans la province, de même que 25 décès. Le nombre total de personnes infectées s’élève donc maintenant à 165 535 depuis le début de la pandémie au Québec, et on déplore 7533 décès. Parmi les décès, 6 sont survenus dans les 24 dernières heures, 17 entre le 7 et le 12 décembre et 2 avant le 7 décembre. Le nombre d’hospitalisations continue d’augmenter. On en rapportait lundi 10 de plus que la veille, pour un total de 890. Parmi ces patients,122 se trouvent aux soins intensifs, une diminution d’une personne. On a réalisé 30 487 prélèvements le 12 décembre, pour un cumul de 4 345 304.

La Presse canadienne

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