Québec défend sa décision de fermer les restaurants

Ce sont les restaurateurs qui ont demandé la fermeture des salles à manger après l’ajout de nouvelles mesures sanitaires, a soutenu le ministre de la Santé, Christian Dubé, en mêlée de presse jeudi. Il a défendu cette décision controversée de son gouvernement prise même si la Santé publique n’allait pas aussi loin dans sa recommandation.

« La recommandation de la Santé publique, ce n’était pas de garder les restaurants ouverts. La recommandation, c’était : “Il faudrait peut-être considérer une bulle à part, faudrait réduire le nombre de personnes qui vont entrer, il faudrait augmenter la distanciation entre les personnes.” », a-t-il affirmé.

« Les restaurateurs, quand M. Fitzgibbon leur parlait, savez-vous ce qu’ils disaient ? “Bien tant qu’à ça, aussi bien de nous fermer !” C’est ça le détail qui n’est pas connu », a-t-il argué.

« Non, je ne suis pas au courant de ce commentaire-là », a répondu le ministre de l’Économie lorsque Le Devoir lui a demandé s’il avait eu de telles discussions avec des restaurateurs. Son bureau a par la suite précisé qu’il s’agissait d’une rencontre qui avait eu lieu entre son personnel politique et une association sans préciser laquelle et que Pierre Fitzgibbon n’était pas présent.

Il a rappelé que les restaurants touchés par la fermeture de leur salle à manger en zone rouge peuvent faire une demande de pardon de prêt du gouvernement par l’entremise du programme d’Aide aux Entreprises en Régions en Alerte Maximale (AERAM). « Quand on regarde le programme qu’on a mis en place, si je fais un prêt de 30 000 $ à une entreprise et qu’on lui donne un pardon de 15 000 $, le 15 000 $ c’est une subvention directe », a-t-il expliqué. Depuis l’entrée en vigueur du programme le 1er octobre, 28 millions $ de pardons ont été accordés sur des prêts qui totalisent près de 45 millions $.

La révélation faite la veille par le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, lors de son témoignage en commission parlementaire a eu l’effet d’une bombe dans le milieu de la restauration. Il a indiqué que la Santé publique n’avait pas recommandé la fermeture des salles à manger pour limiter la propagation de la COVID-19, mais que le gouvernement avait choisi d’aller plus loin.

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C’était par prudence au moment où le nombre de cas d’infection commençait à augmenter, a défendu M. Dubé. « Où est-ce qu’on serait aujourd’hui si on n’avait pas fermé les bars et les restaurants ? On est à 1842 cas, on a des hospitalisations qui sont en hausse. J’ai 33 décès encore aujourd’hui. Est-ce que l’opposition nous dit qu’on serait mieux d’ouvrir les restaurants ? Les avoirs ouverts plus tôt ? »

Le nombre de cas s’élève maintenant à 158 310 au Québec depuis le début de la pandémie, et on déplore 7382 décès. 848 Québécois sont actuellement hospitalisés en raison de la maladie, dont 113 aux soins intensifs.

Désobéissance civile

« C’est un choc ! » s’est exclamé le propriétaire du restaurant Joe Beef à Montréal, David McMillan, en réaction aux propos du Dr Arruda. « On se sentait très à l’aise dans les restaurants à opérer entre les barrières de plexiglas, juste à faire 20-30 clients avec les gens qui rentraient par le devant du restaurant et qui sortaient par l’arrière. »

Il a appelé les restaurateurs à faire un acte de désobéissance civile en vendant une bouteille de vin sans être accompagnée de nourriture pour protester contre la lenteur du gouvernement à modifier les permis d’alcool durant la pandémie. « Un restaurant vit de 50 % des ventes d’alcool — vin, apéritifs, digestifs — et 50 % des ventes de la bouffe, a-t-il expliqué. Maintenant, avec le “pour emporter”, les gens commandent de la nourriture sans vin et c’est très difficile pour nous de faire un profit en faisant de la belle cuisine à des prix modiques. On travaille comme des acharnés pour faire 10 sous sur le dollar, ou même pas. »

Une disposition pour permettre la livraison d’alcool avec un repas par l’entremise d’applications comme Uber Eats ou DoorDash est incluse dans le projet de loi 72 présentement à l’étude. Il s’agit toutefois d’un projet de loi omnibus sur les organismes de sécurité publique qui contient diverses mesures, notamment sur la nomination des enquêteurs dans les corps de police et au Bureau des enquêtes indépendantes.

Une motion de Québec solidaire pour faire adopter ce projet de loi d’ici la fin des travaux parlementaires vendredi, avant la relâche du temps des Fêtes, a été bloquée par le député indépendant Guy Ouellette. Les restaurants pourraient donc devoir attendre à la reprise des travaux au mois de février pour voir son adoption.

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