Anne-Marie Mes-Masson, une pionnière dans la recherche sur le cancer

Jean-François Venne Collaboration spéciale
En 30 ans de carrière, Anne-Marie Mes-Masson a vu le traitement des cancers se raffiner et la recherche devenir multidisciplinaire. 
Photo: CHUM En 30 ans de carrière, Anne-Marie Mes-Masson a vu le traitement des cancers se raffiner et la recherche devenir multidisciplinaire. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Cette année, le prix Acfas Léo-Pariseau pour les sciences biologiques et les sciences de la santé échoit à Anne-Marie Mes-Masson, professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal et spécialiste de la recherche sur le cancer.

« La reconnaissance de l’Acfas fait chaud au cœur, mais je tiens à la partager avec tous les partenaires qui ont contribué à mes travaux depuis trente ans, précise Mme Mes-Masson. La recherche, c’est un travail d’équipe. »

Sa carrière a d’ailleurs été émaillée de rencontres marquantes, dont celle avec la Dre Diane Provencher. C’est avec elle que Anne-Marie Mes-Masson a créé la première biobanque de cancers de l’ovaire au début des années 1990. Elle récidivera avec la première biobanque de cancers de la prostate trois ans plus tard, cette fois en compagnie du Dr Fred Saad.

La création des biobanques

« Une biobanque, c’est une collection de matières biologiques provenant de personnes atteintes d’un cancer, comme un morceau de tumeur, du sang ou des acides, combinées à des données cliniques et expérimentales, explique la professeure. On les utilise pour tenter de comprendre pourquoi des gens réagissent différemment aux traitements ou pourquoi certains présentent des maladies plus agressives que d’autres, par exemple. »

L’utilisation de matières biologiques humaines pose bien sûr plusieurs enjeux éthiques. Mme Mes-Masson a intégré dans ses recherches la notion de « patient partenaire », dont elle a aussi fait la promotion dans plusieurs comités auxquels elle a participé. Elle a notamment contribué à plusieurs rapports, dont le Rapport final du groupe consultatif sur la gestion des bases de données et des biobanques à des fins de recherche en santé, l’Enquête sur la recherche sur le cancer au Canada et le Rapport sur l’état des essais cliniques sur le cancer au Canada.

Trente ans d’évolution

Originaire d’Ottawa où elle a amorcé ses études universitaires, Anne-Marie Mes-Masson a obtenu son doctorat en virologie et biologie moléculaire à l’Université McGill en 1984, avant de séjourner en Californie. C’est à ce moment qu’elle est devenue la première à cloner la forme complète de la protéine tyrosine kinase de fusion BCR-ABL, un élément clé dans le développement de la leucémie myéloïde chronique (LMC). Ces travaux ont permis la conception d’un médicament important pour la survie et pour la qualité de vie des patients atteints de cette maladie.

Elle est entrée à l’Université de Montréal et à l’Institut du cancer de Montréal en 1989, où elle est professeure et chercheuse. Elle est aussi chercheuse dans l’axe Cancer au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM).

En 30 ans, elle a vu le traitement des cancers se raffiner. Les chimiothérapies « one size fits all » cèdent la place à des approches plus personnalisées. La recherche sur le cancer est également devenue très multidisciplinaire. Elle-même collabore avec des pathologistes, des spécialistes de la génomique, des ingénieurs et des informaticiens, qui créent des logiciels pour exploiter les biobanques. Celles du CHUM contiennent des données sur plus de 100 000 patients.

« Avant, les chercheurs étaient jugés et financés en fonction de leur contribution individuelle, note la professeure. Maintenant, l’apport dans une équipe de recherche est davantage reconnu, mais il reste des progrès à faire en ce sens. »