Reconfiner est une fausse bonne idée, disent des experts

Il avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus le 4 septembre dernier, mais le premier ministre François Legault n’exclut plus un confinement généralisé pour freiner la pandémie. Lundi, 75 spécialistes en santé et en économie proposaient de mettre le Québec sur pause deux semaines pendant les Fêtes, pour stopper la transmission, sans trop pénaliser l’économie. Une « fausse bonne idée », estiment certains experts en santé publique.

Confiner le Québec du 20 décembre au 4 janvier aiderait-il à freiner la pandémie ?

« Non, car la littérature scientifique démontre qu’il faut confiner la population au moins 28 jours pour infléchir le rythme des infections, et par ricochet, des hospitalisations, estime Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Et c’est ça qu’on vise. C’est vrai que lors de la grippe espagnole, les régions confinées ont connu une meilleure reprise économique que celles qui ne l’étaient pas. Mais pour cela, il faut confiner longtemps. »

N’y aurait-il pas tout de même des avantages à ralentir la transmission, ne serait-ce que deux semaines ?

« Ce serait comme utiliser un marteau, en pénalisant tout le monde, pour tuer une mouche, pense la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de médecine sociale et préventive du CHUM. Ça n’aurait qu’un petit effet, dans la mesure où toutes les écoles seront déjà à l’arrêt. On ne serait même pas en mesure de calculer la plus-value d’un tel confinement. Il reste bien d’autres choses à faire que de tout confiner. Et pourquoi attendre le 20 décembre, c’est maintenant qu’il faut agir ! »

 
50 %
C’est le pourcentage de travailleurs qui ne font jamais de télétravail au Québec

De quelles autres options dispose encore le gouvernement Legault pour inverser la trajectoire actuelle ?

Il y a très peu d’éclosions dans les commerces, la transmission se fait par les gens à risque qui continuent de circuler en société et au travail, ceux que j’appelle les super imprudents, estime le Dr Marc Dionne, épidémiologiste au Centre de recherche du CHU de Québec. Sinon, l’autre source importante, ce sont les écoles. Mais pour le bien-être des jeunes, il faut être prêt à tolérer un certain taux d’infection. Il serait peut-être temps de commencer à surveiller la circulation interrégionale entre les zones à risque et les autres. » « On pourrait prolonger l’école secondaire à distance jusqu’à fin janvier, propose quant à lui Benoît Masse, en offrant le présentiel seulement aux élèves en difficulté. Ces six semaines-là, ça permettrait peut-être au système de santé de tenir jusqu’en mars, jusqu’à la première ronde de vaccins.

Est-ce que Québec en fait assez pour appliquer les mesures déjà en place ?

« Non, les manquements ne sont même pas sanctionnés. Arrêtons de pénaliser de petits commerces et les citoyens qui suivent les mesures sanitaires, pense Mme Raynault. La police et la Sûreté du Québec hésitent encore à intervenir auprès de ceux qui bafouent les règles. Combien de constats d’infractions sont donnés ? Or, ça sauverait des vies, autant que d’arrêter quelqu’un qui roule à 140 km/h sur l’autoroute. Je pense aussi que davantage de gens, notamment dans le réseau de la santé, pourraient faire leur travail à distance pour un moment. »

 
41 %
Proportion des jeunes (18 à 24 ans) qui respectent toujours la distance sociale au travail, selon les données de l’INSPQ

Ces spécialistes affirment que le reconfinement a permis de reprendre le contrôle en France et en Nouvelle-Zélande, qu’en pensez-vous ?

« En France, les restaurants, bars et plein d’autres endroits étaient encore ouverts, alors il est évident que le reconfinement a eu un effet plus visible sur la baisse des cas qu’il n’en aurait ici, où il ne reste plus grand-chose à confiner à part l’école. Mais si on fait ça, et que les ados continuent à se voir hors des cours, on ne réglera rien », pense Benoît Mâsse. « Il faut faire attention aux comparaisons internationales, ajoute la Dre Raynault, car la France a un système de santé beaucoup mieux pourvu que le nôtre. D’ailleurs, le délestage partiel (annoncé lundi) fait partie des choses qui peuvent être faites ici pour éviter un reconfinement. »

Y a-t-il encore espoir d’éviter un confinement d’ici la fin de l’hiver prochain ?

« Si les gens suivent les règles, c’est tout à fait possible. Il est mieux d’avoir des mesures imparfaites, et s’assurer qu’elles soient bien suivies, que d’aller vers des mesures parfaites, moins suivies. Car dans ce cas, c’est le découragement qui s’installe, insiste le Dr Dionne. On doit mettre nos énergies sur les événements de super transmission. Ce sont eux qui changent la donne. »

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4 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 9 décembre 2020 04 h 16

    Le confinement est la seule chose valable.

    Le confinement est la seule chose valable. Malheureusement, certains confondent confinement et emprisonnement. Un petit confinement d'un mois dans cette période des "fêtes" ne changera pas grand chose au fait que la majorité des entreprises, incluant les milieux scolaires, "roulent" avec un personnel restreint, ou en congés conventionnés ou de pratiques. Le pleurnichage de certains "spécialistes" qui ne pourront pas attribuer un pourcentage précisde baisse de la contamination à cette mesure est ridicule, tout comme un paquet de justifications à la "mode Arruda".

    Le GV-Q a pris une excellente initiative pour les grandes surfaces (style Costco, Home Depot, Métro, IGA, Jean Coutu, etc.) ou les petits surfaces, et un confinement ne changera pas grand chose dans cette initiative.

    Il faut aussi se rendre compte que les milieux scolaires représentent de 20% à 30% (selon les études) des contaminations... Un autre secteur est très "contagieux", mais le GV-Q n'y porte aucune attention... C'est le milieu hospitalier... c'est bien beau de dire "on fournit l'équipement"... Mais encore faut-il qu'une fois enlever le masque et le sarrau que la personne ne quitte pas pour se rendre chez-elle avec son habillement de travail (incluant les souliers). Et oui, les souliers... Et une fois chez-elle, qui est présent: le conjoint, les enfants, etc... Et n'arrive-t-il pas couramment "une petite course au dépanneur" entre le lieu de travail et la maison... Actuellement, les hôtels sont fermées... réquisition des hôtels, au changement de quart de travail... tout le monde dans l'autobus direction hôtel juqu'au lendemain matin. Et tout le mode dans l'autobus direction pour le quart de travail. Chaque étage exclusif de l'hôtel, pour chaque étage de travail du personnel hospitalier...
    Une autre chise qui est "drôle" et qui se produit à grandeur de journée dans les hopitaux... Le personnel passe son temps à se promener dans les escaliers même si cela est interdit... On fait des zones, mais...

  • LiLi Perez - Abonné 9 décembre 2020 07 h 26

    Les garderies et les enfants de maternelle

    Où sont les statistiques des garderies et les préscolaires?
    Nous savons qu'il y a des cas asymptomathiques, pleine le plancher et qu'ils nous manquent les concierges pour faire le manage,
    perdre 30 jours de classe ce n'est pas rien, pire sera perdre un parent ou à mamie ou papie.Les Services de Garderies dans les écoles restent ouvertes, le personnel des garderies ne sont pas essentiels ? S'il vous plaît il faut faire un confinement pour tous/toutes.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 décembre 2020 08 h 40

    SDF, restez chez vous!

    Je ne suis pas expert, je me contente de faire ce qu'on me dit, ou plutôt ne pas faire puisqu'il s'agit surtout de restrictions.

    Me reste le sourire. Zut! Il est caché!

  • Hélène Lecours - Abonnée 9 décembre 2020 17 h 54

    Que d'encre!

    Et dites-moi, vous tous chers experts et expertes, combien de semaines la ville de Wuhan a-t-elle été confinée? Une ville qui compte probablement plus d'habitants que le Canada au grand complet ? Alors, n'y aurait-il pas, par hasard, quelques leçons à en tirer ? Je n'en reviens pas de voir comment nous sommes lents, pire incapables d'avancer scientifiquement et fermement sur le terrain de la pandémie. Que de niaisages. Pas mal plus de mots que d'action efficace, en effet. C'est désespérant pour les petits vieux enfermés dans leur chambre à ne plus entendre parler que de ÇA. Mauvais pour la santé mentale.