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Le Canada à deux doigts des premières doses

Les résidents des CHSLD feront partie des tout premiers Canadiens à recevoir le vaccin contre la COVID-19 mis au point par Pfizer et BioNTech. À moins que Santé Canada ne joue les trouble-fêtes, quelque 2000 d’entre eux pourraient se voir administrer une première dose dès la semaine prochaine.

« J’ai un grand degré de certitude que ça va fonctionner pour la semaine prochaine », a souligné le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, lors d’un point de presse, lundi.

Le chef du gouvernement a « beaucoup d’espoir » de voir Santé Canada « approuver » le vaccin au cours de la semaine, et ce, sans aucun compromis sur sa sécurité. « On pourrait commencer à livrer la semaine prochaine. […] Nous pourrons prendre de l’avance dans notre plan de vaccination », s’est-il réjoui, aux côtés du major général Dany Fortin, qui s’est vu confier la mission de gérer la distribution des vaccins au pays.

En vertu de son entente avec Pfizer et BioNTech, le Canada recevra 249 000 doses du candidat-vaccin durant le mois de décembre. Elles seraient prêtes pour vacciner les personnes jugées prioritaires « un jour ou deux » après avoir été livrées au gouvernement fédéral, selon le major général Fortin.

Québec s’attend à recevoir au cours de la semaine prochaine des conteneurs thermiques renfermant quelque 4000 doses. Ces boîtes — dans lesquels il faut ajouter de la glace sèche de temps en temps — seront expédiées rapidement dans des CHSLD de Québec et Montréal afin d’y immuniser environ 2000 résidents en leur administrant deux doses en trois semaines, a annoncé le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, lundi.

 

 

Québec prévoit la réception de 57 000 doses de plus entre le 21 décembre 2020 et le 4 janvier 2021, grâce auxquelles il a espoir de vacciner entre 22 000 et 28 000 personnes supplémentaires.

Ce vaccin pose un défi logistique particulier, puisqu’il doit être entreposé à une température de -70 °C à -80 °C. Le gouvernement québécois a recensé 20 sites au Québec munis d’« ultra-congélateurs », où le géant pharmaceutique Pzifer livrera des doses de vaccin au cours des prochaines semaines. Chaque région administrative du Québec compte un tel site, sauf Montréal, qui en a quatre, et la Montérégie, qui en a deux. « Non seulement on a l’expertise, mais on a les ressources », a fait remarquer M. Dubé lundi. Le ministère se garde la possibilité de faire appel, au besoin, à des milliers de professionnels supplémentaires — inhalothérapeutes, acupuncteurs, audiologistes, dentistes, sages-femmes, par exemple — pour administrer des vaccins contre la COVID-19, a-t-il rappelé.

Hiver 2021

Québec escompte recevoir au total 1,3 million de doses à la fois de Pzifer et de Moderna en janvier, février et mars 2021. « Ça veut dire quand même qu’il faut vacciner 100 000 personnes par semaine pendant les douze semaines des trois premiers mois », a illustré Christian Dubé. « On pourrait monter à beaucoup plus que ça », a-t-il ajouté.

 
4000
C’est le nombre de doses que s’attend à recevoir Québec au cours de la semaine prochaine, soit assez pour vacciner 2000 personnes.

Cherchant à « rassurer les Québécois [sur le] degré de préparation » de l’État québécois, l’élu caquiste a répété que plus d’un million de personnes ont été vaccinées contre la grippe en un mois, soit 250 000 personnes par semaine.

Le gouvernement québécois s’est mis en tête de couvrir 75 % de la population — soit plus ou moins 6,4 millions de personnes — au moyen du vaccin contre la COVID-19. À raison de 250 000 doses par semaine, il lui faudrait environ un an pour atteindre sa cible.

Groupes prioritaires

M. Dubé a par ailleurs « pris acte » lundi de l’avis du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) selon lequel les 40 000 résidents de CHSLD, qui ont été frappés de plein fouet par la COVID-19, devraient être les premiers à recevoir le vaccin.

Les 325 000 travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux suivront, à commencer par ceux qui courent le plus grand risque d’attraper le virus en raison de leurs contacts réguliers avec des patients ou encore de transmettre le virus à des personnes vulnérables, a suggéré le CIQ. Ce faisant, le gouvernement québécois protégerait le système de santé, en prévenant des éclosions de COVID-19 et des infections nosocomiales.

Les 136 000 personnes vivant dans une résidence privée pour aînées (RPA) se verront par la suite inoculer le vaccin contre la COVID-19.

Les 46 000 résidents de communautés « isolées » et « éloignées », y compris autochtones, sont les suivants sur la liste des groupes prioritaires élaborée par le CIQ. Il vaut mieux mettre à l’abri les centres de santé locaux d’un afflux de personnes développant des symptômes graves et nécessitant des soins de pointe offerts dans des grands centres.

Le vaccin contre la COVID-19 sera par la suite réservé, dans l’ordre, aux 418 000 personnes âgées de 80 ans et plus, puis aux 768 000 personnes âgées de 70 à 79 ans… et aux 1 158 000 personnes âgées de 60 à 69 ans.

Environ 2,9 millions de Québécois auront alors eu accès au vaccin.

Le vaccin contre la COVID-19 sera ensuite offert à plus de 1 million d’adultes âgés de moins de 60 ans éprouvant une ou plusieurs maladies ou problèmes chroniques — problèmes cardiaques, d’hypertension, de diabète ou d’obésité morbide, par exemple.

Les travailleurs des services essentiels âgés de moins de 60 ans pourront par la suite solliciter le vaccin, ce qui permettra notamment de « mitiger les conséquences économiques et sociales » de la COVID-19, estime le ministère de la Santé.

Enfin, le vaccin sera offert au reste de la population, aux jeunes ainsi qu’aux femmes enceintes.

 

Le Royaume-Uni invite toute personne âgée d’au moins 16 ans à se faire vacciner, soutenant que « les données indiquent une efficacité élevée du vaccin dans tous les groupes d’âge à compter de 16 ans et plus ». De son côté, Québec n’a pas fixé d’âge minimal à partir duquel une personne pourra être vaccinée contre la COVID-19. Des résultats d’études en cours nourriront sa réflexion, explique-t-on.

Le CIQ a inscrit les « femmes enceintes » au dernier rang des groupes prioritaires pour la vaccination par « prudence », les effets secondaires sur le fœtus étant méconnus à l’heure actuelle.

Le Comité sur l’immunisation du Québec avait en tête quatre critères — l’âge, l’existence de maladies ou de problèmes chroniques, la profession ainsi que le milieu de vie de la personne — ainsi que cinq valeurs — la bienfaisance, l’équité, la justice, la réciprocité et la non-malfaisance — tout au long de l’élaboration de sa proposition de plan de vaccination.

Christian Dubé a dit s’attendre à voir l’« avis préliminaire » du CIQ être adapté en fonction de la démographie des lieux de vaccination afin d’éviter toute perte. « Il y a sûrement des mises à jour qui vont devoir être faites au cours des prochaines semaines parce que ça bouge toujours un peu », a-t-il dit.

Par ailleurs, le ministre a mis en garde la population québécoise contre les risques d’être gagné par un « faux sentiment de sécurité » après l’arrivée des premiers vaccins en sol canadien. Il a demandé aux Québécois de continuer à faire des « sacrifices » jusqu’à ce qu’une « bonne proportion » de la population soit vaccinée.

Arruda témoignera devant les députés mercredi

Le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, témoignera mercredi devant les députés de l’Assemblée nationale. Le docteur Arruda avait consenti à aller échanger avec des députés de tous les partis, mais aucune date n’avait encore été fixée. Les partis de l’opposition avaient demandé vendredi à ce que le directeur national de la santé publique se présente en commission parlementaire avant la fin de la session, le 11 décembre. En neuf mois de pandémie, les élus n’ont jamais pu échanger directement avec le docteur Arruda, avaient-ils souligné. Pourtant, il prend des décisions «qui ont eu des impacts concrets sur la vie de tous les Québécois», avait remarqué le coporte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui veut notamment le questionner sur la transmission du virus par aérosol.

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