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Les nouveaux vaccins à ARNm en 4 questions

Deux vaccins à ARNm, celui de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna, pourraient bien être administrés à des Canadiens d’ici quelques semaines. Éclairage sur cette nouvelle technologie.

Faut-il craindre les effets secondaires de ces vaccins ?

Plusieurs personnes affirment ne pas être pressées de se faire vacciner, craignant de possibles effets secondaires qui n’auraient pas été détectés. « Des milliers, voire des millions de personnes se feront vacciner au Royaume-Uni et aux États-Unis avant que la majorité des Canadiens reçoivent le vaccin. En vaccinant autant de personnes, on verra si les vaccins induisent des effets néfastes à court terme. Quand viendra le tour des Canadiens, on en saura davantage », fait remarquer Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Jusqu’à maintenant, selon les données qui ont été rendues publiques dans les communiqués de presse, il n’y a pas de signal que ces deux vaccins sont dangereux, et il aurait été presque impossible de cacher des données suggérant qu’il y a un danger. Le public peut être assuré que les scientifiques du monde entier et les autorités sanitaires des différents pays vont analyser les données récoltées par les deux fabricants de façon très rigoureuse », affirme le Dr Donald Vinh du Centre universitaire de santé McGill, qui précise que « ce ne sont pas les scientifiques du fabricant qui surveillent les données sur l’innocuité du vaccin, mais un groupe d’experts indépendant qui révisent périodiquement les données pour voir s’il y a un signal d’un potentiel danger qui nécessiterait une évaluation plus approfondie ou une interruption de l’essai clinique ».

De plus, « tous les gouvernements sont tenus de rapporter et de déclarer tous les effets secondaires qu’on soupçonne d’être liés au vaccin afin qu’ils soient évalués plus en profondeur, et ce, pour tous les vaccins, même ceux qu’on utilise depuis des décennies ».

 

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Mais comme tous les autres vaccins, les vaccins contre la COVID-19 ne sont pas exempts d’effets secondaires, préviennent les deux experts. On pourra ressentir une douleur au site d’injection, ce qui est normal quand on plante une aiguille dans le muscle. On pourra aussi se sentir fiévreux et fatigué, c’est une réaction courante quand notre système immunitaire répond au vaccin. « Il s’agit de réactions passagères et relativement mineures comparativement aux possibles conséquences d’une infection à la COVID-19 », fait remarquer M. Mâsse.

Il y a aussi des réactions idiosyncrasiques (allergiques notamment) impossibles à prévoir qui peuvent survenir, mais les essais cliniques, dans lesquels 40 000 personnes de pays différents et d’ethnies et de génétique diverses ont été vaccinées, n’ont jusqu’à maintenant révélé aucun signe de danger, affirme le Dr Vinh.

« On pourra peut-être voir des personnes qui développeront des réactions imprévisibles parmi le très grand nombre de personnes qui seront vaccinées. On a observé ce genre de phénomène après la découverte de la pénicilline. Au début, toutes les personnes voyaient leur infection guérie avec ce médicament, mais avec le temps et son utilisation à plus grande échelle, on a rencontré des personnes qui ont eu des réactions, comme des allergies, qu’on ne pouvait pas prévoir », prévient le Dr Vinh.

L’ARNm du vaccin peut-il interférer avec notre ADN ?

Les vaccins de Pfizer et de Moderna contiennent un segment d’ARN messager (ARNm) du virus, lequel contient les instructions pour synthétiser non pas le virus complet mais uniquement une protéine du virus, en l’occurrence la protéine S (du spicule du coronavirus), précise le Dr Vinh. Le fait d’être encapsulé dans des nanoparticules de lipides permet à ce segment d’ARNm viral d’entrer dans nos cellules. « Toutes ces nanoparticules restent toutefois dans le cytoplasme des cellules et ne pénètrent pas dans leur noyau où se trouve, bien à l’abri, notre ADN. Il n’y a donc pas d’interaction possible entre cet ARNm viral et notre ADN, et, par conséquent, aucune intégration de cet ARNm dans notre génome ne peut survenir », précise le microbiologiste et infectiologue, avant d’ajouter qu’en plus, « l’ARNm ne se multiplie pas et même se dégrade très rapidement une fois qu’il est injecté ».

Ces deux vaccins empêcheront-ils la transmission du virus ?

Compte tenu des données rendues publiques à ce jour par les deux fabricants, on ne le sait pas. Pour le moment, nous savons seulement que les deux vaccins sont très efficaces pour prévenir la maladie, « car 95 % des personnes qui ont reçu le vaccin ne sont pas tombées malades et presque 100 % des personnes vaccinées n’ont pas développé une infection grave », rappelle le Dr Vinh.

Plus précisément, 95 % des personnes vaccinées ne présentaient pas de symptômes, alors que « la plupart des cas symptomatiques avaient reçu un placebo. Cela ne veut donc pas dire que le vaccin prévient l’infection, mais qu’il diminue les symptômes et la sévérité de l’infection, ce qui est très bien, car cela permettra de désengorger les hôpitaux et les patients garderont moins de séquelles de leur infection. Mais cela signifie aussi que les personnes vaccinées sont peut-être asymptomatiques et, dans ce cas, elles demeurent potentiellement contagieuses et peuvent transmettre le virus », précise M. Mâsse.

Or, « il est beaucoup plus difficile et plus long de déterminer si le vaccin prévient l’infection. Il faut soumettre les participants à des dépistages fréquents et procéder à des tests sanguins pour voir quand ils développeront des anticorps », souligne-t-il. De telles études sont en cours.

On sait toutefois que les vaccins contre de nombreuses autres infections des voies respiratoires permettent de développer une mémoire immunologique qui induit une réponse immunitaire plus rapide et plus robuste — lors d’une infection — qui contribue à raccourcir la période durant laquelle le virus se multiplie et génère de nouveaux virions susceptibles d’infecter d’autres personnes, fait savoir le Dr Vinh.

Il est permis de penser que les vaccins de Moderna et de Pfizer pourront non pas éliminer complètement la période durant laquelle les personnes peuvent transmettre le virus, mais la réduire. « Or, une réduction de quelques jours de la période de transmission aiderait tout de même à atteindre l’immunité collective qui permettrait de maîtriser le virus, voire de l’éradiquer », dit-il.

Comment le vaccin pourrait-il diminuer la période de transmission du coronavirus ?

Le virus infecte les cellules épithéliales de nos voies respiratoires, et s’y reproduit. Les virions ainsi produits sont ensuite expulsés dans nos sécrétions respiratoires. « On peut donc imaginer, en se basant sur ce qu’on observe avec d’autres vaccins connus pour être efficaces, que le système immunitaire des personnes vaccinées dispose déjà des armes nécessaires, telles que des anticorps et des cellules immunitaires, pour combattre le virus si jamais ces personnes le contractent. Ces armes permettront probablement d’éliminer le virus plus rapidement que chez les individus non vaccinés, contribuant ainsi à diminuer la charge virale et la période durant laquelle les personnes pourront transmettre le virus à d’autres. Le risque de transmission des personnes vaccinées serait ainsi moindre que celui des personnes non immunisées. Ainsi, plus il y aura de personnes vaccinées, plus la transmission s’atténuera », explique-t-il.

« Mais nous n’avons pas de preuves scientifiques de cette possibilité. Et pour cette raison, on devra rester sur nos gardes et continuer de respecter les consignes de santé publique pendant la campagne de vaccination. Il faudra atteindre un certain niveau de vaccination dans la population » avant de relâcher ces mesures, prévient-il.

« Les vaccins ont avant tout pour but de prévenir la maladie, et non pas de prévenir l’infection. Généralement, le vaccin empêche le virus de s’établir dans l’organisme de la personne qui est infectée et de causer la maladie, car il rend notre organisme capable de l’éliminer », résume-t-il.

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