Des fêtes familiales propices à la super-propagation

Plusieurs études effectuées dans différents pays ont montré que de 10 à 20% des cas de COVID-19 primaires étaient responsables de 60 à 80% des cas secondaires, d’où le rôle des événements de super-propagation dans la dynamique de l’épidémie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plusieurs études effectuées dans différents pays ont montré que de 10 à 20% des cas de COVID-19 primaires étaient responsables de 60 à 80% des cas secondaires, d’où le rôle des événements de super-propagation dans la dynamique de l’épidémie.

Pourquoi redoutait-on les festivités de Noël au point de les interdire complètement en zone rouge ? Parce que les soupers de famille du temps des Fêtes rassemblent tous les ingrédients de ces fameux événements de super-propagation qui ont contribué à l’emballement de la pandémie.

Depuis le mois de mars dernier, on a clairement vu que des réceptions de mariage, des rassemblements religieux, les rallyes du président Trump, des karaokés, se sont avérés des événements à l’origine d’importantes éclosions, où quelques personnes, voire une seule, ont entraîné la contamination de dizaines, voire d’une centaine, d’autres.

Plusieurs études effectuées dans différents pays ont montré que de 10 à 20 % des cas de COVID-19 primaires étaient responsables de 60 à 80 % des cas secondaires, d’où le rôle des événements de super-propagation dans la dynamique de l’épidémie.

Outre la présence d’une personne infectée qui est capable de transmettre le virus, il faut des conditions environnementales particulières pour permettre un événement super-propagateur. En effet, les gens doivent être réunis « dans une salle fermée et peu ventilée, se trouver proches les uns des autres, et ce, pendant une période assez prolongée », précise le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« La plupart des gens qui sont infectés, soit environ 70 % à 90 %, n’infectent personne, ne causent pas de cas secondaires parce qu’ils respectent bien les mesures de santé publique, et aussi en raison de facteurs biologiques particuliers, comme le fait que ces personnes projettent peut-être moins de gouttelettes quand elles parlent », poursuit le Dr Vinh.

De plus, des études ont suggéré que les caractéristiques des gouttelettes et des aérosols varient d’un individu à l’autre. « La densité, la tension superficielle, la viscosité, la composition des gouttelettes et des aérosols peuvent varier d’une personne à l’autre », ajoute-t-il. Qui plus est, « certaines personnes produisent plus d’aérosols que de gouttelettes, et d’autres plus de gouttelettes que d’aérosols ». La charge virale varie également d’une personne à l’autre. « Deux personnes infectées par la même souche virale et se trouvant à la même phase de l’infection peuvent présenter des charges virales différentes. En raison de tous ces facteurs biologiques et physico-chimiques, le risque de transmission diffère donc », fait-il remarquer.

Conditions réunies

Bien qu’il semble que ce soit surtout les adultes âgés de 20 à 45 ans, dont la charge virale est habituellement importante, qui sont responsables de la majorité des transmissions, les conditions dans lesquelles elles se trouvent, soit dans un lieu clos, à proximité d’autres personnes pendant plusieurs heures, sont primordiales pour permettre la propagation de l’infection, souligne le Dr Vinh.

Toutes ces conditions sont justement celles qui prévalent dans nos fêtes de Noël traditionnelles, fait remarquer la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de médecine préventive et santé publique du CHUM. « Nos fêtes sont des moments qui peuvent favoriser la transmission à cause du fait que les gens se rassemblent dans des espaces clos et baissent la garde », dit-elle.

Nos fêtes de fin d’année « sont des événements où sont en place toutes les conditions pour la propagation, à savoir un espace clos, c’est le cas dans plusieurs maisons qui n’ont pas beaucoup d’espace. De plus, au mois de décembre, on a tendance à moins ouvrir les fenêtres pour économiser sur le chauffage. Aussi, sous l’effet de l’alcool, les gens se rapprochent, parlent plus fort. Or, on sait que la transmission virale augmente si on parle fort, si on chante ou si on crie. Or, c’est ce qui arrive souvent dans les rassemblements familiaux, si on fait des devinettes et que tout le monde se laisse prendre au jeu ! » décrit-elle.

Zones orange et jaunes

De telles fêtes seront interdites dans les régions en zone rouge pour toutes ces raisons. Mais elles seront autorisées avec certaines restrictions dans les régions en zone orange ou jaune. Toutes ces restrictions qui ont leur raison d’être devront être respectées à la lettre si ces régions ne veulent pas devenir des foyers de propagation, en janvier, prévient la Dre Raynault.

D’abord, il est primordial que les gens des zones orange et jaunes « respectent la diminution stricte de contacts avant le rassemblement (soit à partir du 17 décembre) », afin que les personnes qui se rassembleront aient le temps de savoir si elles sont infectées.

Il est également important que les deux rassemblements prévus aient lieu uniquement entre le 24 et le 27 décembre parce que les personnes qui auraient été infectées le 24 décembre ne devraient pas être infectieuses jusqu’au 27 décembre. « Idéalement, la consigne aurait dû être du 24 au 26 décembre parce qu’il y a des gens dont la période d’incubation est de deux jours, mais la médiane est de quatre à six jours. Si le second rassemblement a lieu le 29 décembre, soit en dehors des dates recommandées, les personnes qui auront été infectées le 24 décembre pourraient être devenues infectieuses, ce qui multiplierait le nombre de personnes qui pourraient transmettre la maladie à d’autres », avertit la Dre Raynault.

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