Les nouveaux préposés restent au front

Quelque 9800 Québécois, de tous les horizons, se sont inscrits à la formation accélérée à la suite de l’appel à tous lancé par le premier ministre François Legault en juin dernier. Plus de 7000 d’entre eux ont obtenu leur attestation d’études professionnelles.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelque 9800 Québécois, de tous les horizons, se sont inscrits à la formation accélérée à la suite de l’appel à tous lancé par le premier ministre François Legault en juin dernier. Plus de 7000 d’entre eux ont obtenu leur attestation d’études professionnelles.

Les nouveaux préposés aux bénéficiaires, qui ont terminé la formation accélérée en CHSLD, sont en poste depuis plus de deux mois. Malgré le contexte difficile, peu d’entre eux ont démissionné. Le taux de rétention de ces nouveaux employés dépasse les 90 % dans la quasi-totalité des régions du Québec, selon les données colligées par Le Devoir.

En Outaouais, les 201 préposés qui ont été embauchés après l’obtention de leur diplôme sont toujours à employés par le CISSS de la région. Le taux de rétention frôle aussi le 100 % au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les abandons sont plus nombreux au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Depuis septembre, 82 des 663 préposés recrutés ont quitté le navire, selon l’établissement. La proportion de ceux toujours en poste s’élève à 88 % (voir encadré).

La Dre Sophie Zhang, co-cheffe adjointe de l’hébergement au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, se dit « très agréablement surprise » par ces chiffres. Dans son CIUSSS, 95 % des préposés embauchés dans le cadre des deux premières cohortes de formation sont encore au front.

« Le pourcentage de gens qui ont quitté [5 %], c’est beaucoup moins que ce à quoi on s’attendait », dit la Dre Zhang.

La médecin souligne qu’il est normal que des personnes qui s’inscrivent à un nouveau programme abandonnent en cours de route.

Quelque 9800 Québécois, de tous les horizons, se sont inscrits à cette formation accélérée, à la suite de l’appel à tous lancé par le premier ministre François Legault en juin dernier. Plus de 7000 d’entre eux ont obtenu leur attestation d’études professionnelles. Un faible nombre d’entre eux sont partis depuis, après avoir été confrontés à la réalité du terrain.

« Je me disais qu’il y allait avoir des gens qui faisaient juste une période d’essai et qui allaient se rendre compte que finalement ça n’était pas un travail fait pour eux, dit la Dre Sophie Zhang. C’est aussi assez physique [comme métier]. Ça peut être aussi une barrière. »

Les tâches à accomplir — changer les culottes d’incontinence, par exemple — peuvent aussi être difficiles, convient-elle.

Une bourse à rembourser

Les nouveaux préposés ont tout de même intérêt à demeurer en poste. Ils sont tenus de rembourser la bourse de 9000 $ offerte par le gouvernement lors de leur formation s’ils partent durant la première année de leur embauche en CHSLD.

Le Devoir a voulu savoir combien de préposés ayant démissionné ont jusqu’à présent payé leur dû au gouvernement. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dit ne pas disposer « de cette information pour le moment ». Les CISSS et CIUSSS sont chargés de gérer les remboursements, a-t-on précisé.

« S’il appert par exemple qu’une personne éprouve de réelles difficultés à rembourser cette bourse, écrit le MSSS dans un courriel, les établissements de santé sont appelés à adopter une approche sensible et humaine de la situation et de traiter au cas par cas des demandes de ce genre. »

Au CISSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, on indique que « certaines bourses ont été remboursées au complet, d’autres en partie, et certaines bourses font présentement l’objet d’ententes de paiement ».

Marjorie Dôle, elle, n’a jamais songé à abandonner son nouveau métier. La préposée aux bénéficiaires, embauchée au Centre d’hébergement Hôpital général de Québec, travaillait auparavant dans le domaine de la restauration et dans des usines alimentaires. « Ça se passe très bien, dit-elle. J’ai toujours eu un bon accueil. »

Elle ne chôme toutefois pas. « Moi, je pensais que notre arrivée [celle des nouveaux préposés], ça allait améliorer les choses, dit Marjorie Dôle. On venait boucher les trous [existants]. Mais finalement, il y a encore des étages où ils manquent de monde. »

Selon la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le manque de personnel sur le terrain préoccupe autant les anciens préposés aux bénéficiaires que les nouveaux. Son président, Jeff Begley, signale que les employés, dans la majorité des CHSLD, n’ont toujours pas le temps de jaser avec les résidents.

Jeff Begley croit que le gouvernement devra régler ce problème s’il veut que le taux de rétention demeure élevé parmi les nouveaux préposés aux bénéficiaires. Autre problème, selon lui : le salaire de 26 $ l’heure, qui fait toujours l’objet de négociations. « Si on déclarait la fin de l’urgence sanitaire demain, il n’y a plus aucun préposé qui aurait 26 $ l’heure », dit-il. Les préposés qui travaillent à temps complet obtiennent une telle rémunération horaire, en raison du cumul de primes.

Conserver les employés

Plusieurs CISSS et CIUSSS ont indiqué avoir mis en place des mesures afin de soutenir les nouveaux employés.

Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, par exemple, un « préposé aux bénéficiaires coach » a été désigné dans chaque installation pour faciliter la période de probation des préposés et répondre à leurs questions. Des « préposés chefs d’équipe », auxquels les nouveaux pouvaient s’adresser, ont aussi été nommés dans les CHSLD du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Des chefs d’unités ont été embauchés dans les CHSLD du CISSS de Laval, indique Julie Rodrigue, coordonnatrice depuis août dernier du CHSLD Sainte-Dorothée, où 100 résidents sont morts lors de la première vague. « Le fait d’être présent, à l’écoute de tes équipes comme gestionnaire, c’est la clé de la rétention, dit-elle. Plus tu as un gestionnaire qui est présent auprès des employés, plus ces employés-là vont créer un attachement à ce gestionnaire, mais aussi à l’équipe. »

Malgré ces efforts, la Dre Sophie Zhang craint les effets d’une troisième vague de COVID-19 sur la rétention des préposés. « Les nouveaux arrivent dans une deuxième vague plus soft, observe-t-elle. Dans beaucoup de CHSLD, ça va relativement bien en ce qui concerne les éclosions. Est-ce que si on est atteint d’une autre vague, est-ce que ça va faire en sorte que ça va mettre plus de stress sur les gens et que les gens quittent ? C’est une question qu’on se pose. »

Proportion des préposés qui ont obtenu leur diplôme toujours en poste

CISSS du Bas-Saint-Laurent : 93 %

 

CISSS de Laval : 97 %

 

CISSS de Chaudière-Appalaches : 94 %

 

CIUSSS de la Capitale-Nationale : 96 %

 

CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean : 99,5 %

 

CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec : 97 %

 

CISSS de l’Outaouais : 100 %

 

CIUSSS de l’Estrie — CHUS : 98 %

 

CISSS des Laurentides : 94 %

 

CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue : 91 %

 

CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal : 98,5 %

 

CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal : 95,6 %

 

CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal : 95 %

 

CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal : 88 %

 

CISSS de la Montérégie-Est : 94,2 %

 

CISSS de la Montérégie-Ouest : 90 %

 

CISSS de la Montérégie-Centre : 98 %

 

CISSS de la Gaspésie : 88 %

 

Sources : CIUSSS et CISSS


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