Des hôpitaux interdisent l'accès aux bénévoles

Dans certains établissements, si l’usager n’a pas besoin d’assistance pour se déplacer à l’intérieur, le bénévole ne peut demeurer dans l’installation.
Photo: Getty Images Dans certains établissements, si l’usager n’a pas besoin d’assistance pour se déplacer à l’intérieur, le bénévole ne peut demeurer dans l’installation.

En raison de la pandémie, des établissements de santé barrent l’accès aux bénévoles accompagnateurs qui doivent attendre dans leur voiture les patients qu’ils conduisent. Une situation de moins en moins tolérée à l’approche de l’hiver.

« Ça n’a pas de bon sens, le froid arrive, il faut faire bouger les choses », s’inquiétait mardi Michel Alexandre Cauchon, directeur de la Fédération des centres d’action bénévole du Québec.

Aux quatre coins du Québec, des bénévoles prennent la route, tous les jours, pour conduire des malades à leurs rendez-vous médicaux — parfois à des heures de distance — et les ramener ensuite chez eux.

« J’ai au moins une vingtaine de centres d’action bénévole (CAB) qui ont communiqué avec moi pour me dire qu’ils avaient des problèmes. Ça dépend vraiment des régions », explique M. Cauchon en entrevue au Devoir. « Ce qu’on nous dit souvent, c’est qu’on peut aller patienter dans un centre d’achat. On trouve ça un peu absurde, d’envoyer la personne dans une zone qui est probablement plus à risque encore. »

Pour une radiographie, le bénévole peut attendre une heure, mais dans le cas d’une chirurgie ou d’un traitement à la dialyse, par exemple, il faut compter des heures d’attente, en plus du temps sur la route. « C’est pour le bien-être des bénévoles », plaide le directeur de la Fédération qui suggère qu’on prévoit un local pour eux dans les établissements. « C’est déjà difficile d’avoir des bénévoles pour faire de l’accompagnement transport ! »

Le 3 novembre dernier, la Fédération a écrit au ministre de la Santé Christian Dubé pour l’enjoindre d’intervenir. « Jusqu’à maintenant, [le bénévole] pouvait attendre la fin du rendez-vous médical à l’extérieur. Avec le temps froid qui est à nos portes, vous comprendrez qu’une telle alternative devient impensable dans un proche avenir », écrivait-elle.

La situation la dérange d’autant plus que le ministère indique sur son site Web que la présence de bénévoles devait être considérée comme « équivalente » à celle de proches aidants. Mercredi, le service des communications du ministère n’avait toujours pas répondu à la demande d’information du Devoir.

Or, nous avons appris que la direction des services sociaux du ministère a transmis en après-midi une mise au point à ce sujet à certains gestionnaires des CIUSSS et CISSSS responsable des services de bénévoles.

« Nous tenons à rappeler que la présence d’un accompagnateur ou d’un bénévole au sein des établissements est permise et considérée comme équivalente à la présence des personnes proches aidantes », stipule la missive dont Le Devoir a obtenu copie.

Accès variable

Encore faut-il que cette consigne se rende dans les hôpitaux, a réagi M. Cauchon qui réclame une « directive claire du ministre ».

Il appert qu’à plusieurs endroits, les hôpitaux les traitent davantage comme des visiteurs. Des bénévoles ont aussi raconté au Devoir que leur accès variait d’une fois à l’autre, certains gardiens de sécurité les laissant entrer, d’autres pas.

Bénévole depuis deux mois dans le Centre-du-Québec, Linda Marcoux s’est vu refuser l’entrée à l’hôpital Hôtel-Dieu d’Arthabaska de Victoriaville à plusieurs reprises. « Si la personne n’était pas en chaise roulante, je devais la laisser en bas », a expliqué cette nouvelle retraitée.

Mme Marcoux a commencé à faire du bénévolat il y a deux mois à peine. Elle apprécie beaucoup. « C’est le fun, on jase de toutes sortes d’affaires. » Sur le terrain, elle a remarqué que beaucoup de patients avaient aussi besoin d’être accompagnés à l’intérieur des établissements. Récemment, alors qu’elle attendait une dame dans sa voiture, Mme Marcoux s’est fait du souci pour elle. « J’étais inquiète. Je me disais : tout d’un coup qu’elle est partie et qu’elle n’a pas pris le bon passage… »

François Boily, un autre bénévole transporteur de la région des Bois-Francs, plaide le fait que les bénévoles comme lui sont là aussi pour sécuriser les patients. « On est là pour leur enlever le maximum de stress », dit-il.

Interpellé au sujet de l’accès à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CISSS-MCQ) a confirmé qu’il ne laissait entrer que les bénévoles qui accompagnent des gens à mobilité réduite.

« Si l’usager n’a pas besoin d’assistance pour se déplacer à l’intérieur de l’installation pour se rendre à son lieu de rendez-vous, le bénévole ne peut demeurer dans l’installation », a indiqué la porte-parole Catherine Bergeron tout en précisant que « l’objectif est de limiter et de circonscrire la propagation du virus ».

 

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