Urgences hospitalières - Montréal donne l'exemple; Québec traîne loin derrière

Cauchemar des urgences du Québec, la période estivale s'annonce cette année relativement calme, avec des chiffres qui laissent présager une saison sans nuage. Partout? Enfin presque, puisque si c'est étonnamment à Montréal que les résultats sont les plus probants, Québec reste loin derrière. Un retard assez important pour inquiéter le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui entend administrer à la capitale la médecine qu'elle utilise déjà dans la métropole.

Pas de crise

Selon le MSSS, les problèmes rencontrés par les établissements de Québec ne peuvent être imputés aux seules conditions estivales. «Dans la région de Québec, on voit bien que les choses sont plus complexes, explique Dominique Breton, directrice des communications au ministère. C'est pourquoi on attend l'automne pour leur proposer un accompagnement annuel semblable à celui qu'on fait présentement à Montréal et en périphérie.»

De là à parler d'une éventuelle crise des urgences à Québec, il y a un pas que se refuse à franchir le ministère. «On n'est jamais à l'abri de rupture, mais on a une équipe solide qui nous permet de croire qu'on a les choses bien en main. C'est un travail quotidien, du cas par cas», croit Mme Breton.

Il faut dire que, si certains établissements de la ville de Québec ont connu des semaines difficiles, aucun n'a eu à sonner officiellement l'alarme. «Chez nous, le CHUL et l'Hôtel-Dieu de Québec font généralement plutôt bien, confirme Pierre Lafleur, directeur des communications au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). On a connu quelques difficultés à Saint-François d'Assise, mais ce ne sont pas des difficultés liées à des problèmes estivaux.»

La promesse d'accompagnement du ministère, déjà en branle pour l'hôpital Saint-François d'Assise avec un plan de redressement prévu pour la fin août, est toutefois attendu avec impatience. «On est très contents d'avoir l'apport du ministère, on ne voit pas cela comme une intrusion, au contraire. Si on peut réussir à améliorer nos performances avec cette aide, c'est tant mieux», ajoute M. Lafleur.

À l'Enfant-Jésus et à Saint-Sacrement, l'été a commencé un peu plus durement. «On a eu beaucoup de pressions au cours des dernières semaines, convient Simon Poitras, responsable des communications au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec (CHAUQ). De ce que je sais, toutefois, cela n'a jamais été aussi important que cela l'a été à Montréal l'année dernière. Et on n'a pas eu à émettre des communiqués pour dire aux gens de ne pas venir chez nous.»

Montréal cité en exemple

Il faut dire que, globalement au Québec, les dernières données du MSSS sont plus qu'encourageantes pour les sept dernières semaines, avec une baisse du nombre de patients sur civière de 3 %, une diminution des séjours de plus de 48 heures de 23 % et un taux d'occupation qui a chuté de 10 %.

Jadis berceau des crises estivales, Montréal montre l'exemple avec, pour les cinq dernières semaines, un fléchissement de 27 % du nombre de patients sur civière, une chute de 77 % des séjours de plus de 48 heures et un taux d'occupation qui a diminué de 31 %.

Au MSSS, on parle d'un travail d'accompagnement de longue haleine, d'un travail quotidien. «On a pris des approches personnalisées pour chacun des établissements en faisant appel à des gens du ministère, des gens de l'agence et des établissements qui travaillent ensemble pour mettre sur pied des solutions durables», explique Dominique Breton. La gestion des patients et leur transfert rapide aux étages ou dans les établissements de soins de longue durée ont constitué l'une des clés de voûte de cette petite révolution.

Réussite

Au CHUM, cet accompagnement a conduit à une véritable réussite. «De nombreux facteurs expliquent ce succès. Sur nos trois sites, on a vu un changement significatif, particulièrement du côté de Saint-Luc depuis quelques semaines, voire quelques mois», raconte le Dr Charles Bellavance, directeur des services professionnels au CHUM.

Le mot d'ordre: oser. «Il fallait reconnaître qu'il y avait un problème, identifier les solutions et changer les façons de faire», poursuit le Dr Bellavance. C'est ainsi que les urgences de ces trois hôpitaux montréalais ont vu leurs mauvaises notes fondre comme neige au soleil. «On a établi des niveaux de complexité, explique le Dr Bellavance. L'idée, c'est d'être au niveau 100. Cet été, on est resté dans le 100 et le 200. Dans les années antérieures, on a atteint les 300 et les 400 — le sommet de notre échelle —, cela à de nombreuses reprises.»