Recherche sur le bronzage - Accro aux rayons ultraviolets

Prendre du soleil ne serait pas qu’une affaire d’apparence.
Photo: Agence Reuters Prendre du soleil ne serait pas qu’une affaire d’apparence.

Bien plus qu'un teint foncé et uniforme, les adeptes des salons de bronzage viennent y chercher un sentiment de bien-être physiologique, et certains peuvent devenir dépendants à l'égard des rayons ultraviolets, selon une étude publiée par des chercheurs américains.

Alors que la majorité des recherches portant sur le bronzage mettent en relief le désir d'améliorer son apparence, une équipe de la faculté de médecine de l'université de Wake Forest, aux États-Unis, a voulu démontrer la relation entre certains effets physiologiques, se produisant à l'intérieur du corps, et le comportement des consommateurs de rayons ultraviolets (UV) artificiels.

«En contrôlant l'émission de rayons UV dans les lits solaires, nous avons découvert que la présence de tels rayons est associée à un plus grand sentiment de bien-être et modifie le comportement des adeptes du bronzage, qui en redemandent», soutient le chercheur à la tête de cette enquête, le Dr Steven R. Feldman, professeur en pathologie et en dermatologie à l'université de Wake Forest, en Caroline du Nord.

Les 14 participants de l'étude ont été soumis pendant six semaines à des sessions obligatoires de 20 minutes de soleil en cabine, les lundis et mercredis. Tous passaient dix minutes dans un lit solaire projetant des rayons UV et dix autres dans un lit exposé à la même intensité de lumière, mais sans rayons UV. Les chercheurs ont noté les différentes sensations exprimées à la sortie des deux sessions de bronzage. Les participants, ne sachant pas laquelle des cabines contenait des rayons UV et laquelle utilisait un placebo, pouvaient ensuite choisir de prendre une session supplémentaire les vendredis, dans le lit solaire de leur choix.

L'endorphine

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion qu'une plus grande sensation de détente et de relaxation était observée à la sortie d'un passage sous les rayons ultraviolets. Pour ce qui est de la dépendance, 12 sujets sur 14 ont demandé la séance supplémentaire et 95 % ont inconsciemment choisi le lit solaire contenant des rayons UV.

«Je suis convaincue que c'est l'endorphine [morphine naturelle du cerveau, créant une sensation de détente] sécrétée par le corps sous l'effet des rayons ultraviolets qui fait en sorte que les gens se sentent si bien et en redemandent, jusqu'à devenir dépendants», affirme le Dr Feldman.

L'idée de chercher les causes de la recrudescence de la fréquentations des salons de bronzage est née de l'expérience professionnelle de Steven R. Feldman. «Plusieurs de mes patientes arrivaient dans mon bureau la peau complètement brûlée, mais en me disant qu'elles ne voulaient pas arrêter, tellement cela les détendait», raconte-t-il. Quelques années auparavant, des études avaient avancé que la radiation par des rayons ultraviolets provoquait la sécrétion d'endorphine.

À Montréal, chez Bronzage Super Soleil Plus, on explique que les clients réguliers (environ 75 % de la clientèle) fréquentent ces rayons ultraviolets artificiels deux ou trois fois par semaine en moyenne. Les raisons invoquées? «Ça leur fait du bien. Ils viennent surtout pour la détente», explique Debbie Couturier, du salon Super Soleil Plus.

Le Dr Feldman soutient que l'industrie des salons de bronzage génère des milliards de dollars aux États-Unis, tout en rappelant les dangers de ces pratiques pour la peau et la santé. Toutefois, tous n'en deviennent pas dépendants. «Il est difficile de dire pourquoi, mais certains adeptes semblent ne jamais développer de dépendance, alors que d'autres, oui, spécialement chez les femmes», souligne le chercheur.

Sceptique

Néanmoins, le président de l'Association des dermatologistes du Québec, le Dr Pierre Ricard, reste sceptique face à de telles conclusions. «Pour moi, le sentiment de bien-être est strictement psychologique, explique-t-il, les gens consomment des rayons ultraviolets artificiels parce qu'ils ne se sentent pas beaux.»

L'équipe de chercheurs entamera sous peu une enquête complémentaire, dans laquelle un médicament faisant disparaître l'effet de l'endorphine sera administré aux participants. «C'est simple, s'ils ne peuvent plus distinguer quel lit solaire ils préfèrent, on aura prouvé rapidement que le choix inconscient pour les rayons UV était bel et bien dû à l'endorphine sécrétée», conclut le Dr Feldman.