Homologation de l'arimidex - Nouvel espoir pour les femmes qui ont un cancer du sein

Vingt-cinq ans après la révolution du tamoxifène, un nouvel espoir se dessine pour les femmes atteintes d'un cancer du sein avec la récente homologation d'arimidex par Santé Canada. C'est du moins ce que suggère une étude internationale commentée hier par de nombreux oncologues canadiens et des représentants des groupes canadiens de soutien et de défense des droits des femmes atteintes de ce cancer, qui y ont vu la promesse d'un nouveau traitement de référence pour les femmes ménopausées.

Effectuée dans une trentaine de pays auprès de 10 000 patientes, cette étude a comparé trois traitements d'hormonothérapie: l'arimidex, le tamoxifène et une combinaison des deux. L'arimidex en est ressorti bon premier, avec des chances de survie de 87 %, seulement 3 % de plus qu'avec le tamoxiphène, mais sans le désagrément de ses effets secondaires les plus connus (cancer de l'utérus, accidents vasculaires, saignements, bouffée de chaleur et caillots sanguins).

Médicament supérieur

«On parle d'un médicament qui est supérieur en matière d'efficacité et de survie», explique le Dr Pierre Dubé, qui a participé à cette étude. Chirurgien-oncologue à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr Dubé est toutefois conscient que l'arimidex a aussi ses limites, dont son principal effet secondaire, celui de parfois malmener la masse osseuse.

Sans compter que ce traitement n'est bon que pour une seule catégorie de femmes. «L'arimidex est maintenant le premier médicament de la femme post-ménopausée, précise le Dr Dubé. Pour les autres, on garde le tamoxiphène.» Et encore là, il faut user de prudence. «Quand on fait une annonce comme celle-là, les patientes croient qu'il faut qu'elles changent de médicaments, ce qui n'est pas du tout le cas. Une patiente qui répond bien au tamoxifène doit continuer avec le tamoxifène.»

Tendance

À l'avenir toutefois, les femmes ménopausées qui seront atteintes d'un cancer du sein devraient recevoir l'arimidex en premier lieu, croit le Dr Dubé, une tendance qui, selon lui, est déjà commencée dans une trentaine de pays. D'autant plus que, quatre ans après le début de cette étude, les patientes sont toujours suivies et montrent une plus grande survie qu'avec le tamoxiphène.

Un élément d'autant plus important que le temps est crucial dans le traitement du cancer. «Les recherches ont montré que les deux ans et demi suivant une intervention chirurgicale pour un cancer du sein précoce constituent la période la plus critique pour les récidives, explique le Dr John Mackey, oncologue médical du Cross Cancer Institute à Edmonton, en Alberta. Les données dont nous disposons montrent qu'arimidex réduit les récidives mieux que le tamoxifène durant cette période importante.»

Bouffée d'air frais

Pour la directrice exécutive du Réseau canadien du cancer du sein, Jackie Manthorne, l'annonce est une bouffée d'air frais. «Un traitement curatif pour le cancer du sein est maintenant en vue, et quand on pense aux investissements en recherche, aux innovations et aux découvertes, ainsi qu'au nombre croissant de patientes participant à des essais cliniques, on peut être optimiste.»

Idem pour Huguette Martin, directrice générale du Réseau québécois pour la santé du sein, qui ajoute: «Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère où des traitements améliorés et plus sécuritaires sont disponibles. Au nom de toutes les personnes touchées par le cancer du sein, nous applaudissons à ce progrès.»

Au Canada, le cancer du sein représente le tiers des nouveaux cas de cancers diagnostiqués en 2004. On prévoit qu'en moyenne une femme sur neuf en souffrira et qu'une sur 27 y succombera. Le risque d'avoir un cancer du sein augmente plus rapidement chez les femmes ménopausées puisque 79 % des nouveaux cas seront diagnostiqués chez des femmes de 50 ans et plus.

La Direction des produits thérapeutiques (DPT) de Santé Canada a accordé une autorisation avec conditions pour l'utilisation d'arimidex dans le traitement du cancer du sein précoce chez les patientes ménopausées. Il est administré par voie orale et est le seul nouveau traitement à avoir été approuvé par Santé Canada pour le traitement du cancer du sein précoce depuis 25 ans.