Des travailleurs expatriés en cause dans la hausse de cas à Terre-Neuve-et-Labrador

La majorité de la main-d’oeuvre des sites pétroliers visés est composée de travailleurs qui font la navette vers leur résidence située dans d’autres régions albertaines et d’autres provinces.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse La majorité de la main-d’oeuvre des sites pétroliers visés est composée de travailleurs qui font la navette vers leur résidence située dans d’autres régions albertaines et d’autres provinces.

Les foyers d’éclosion de COVID dans des sites d’exploitation pétrolière albertains se multiplient. Cette croissance a des répercussions dans d’autres provinces. Ainsi, depuis le début de septembre, la majorité des nouvelles personnes infectées à Terre-Neuve-et-Labrador sont des résidents de cette province, récemment revenus de leur travail en Alberta, et faisant régulièrement la navette entre les deux provinces pour gagner leur vie.

Selon les plus récentes informations diffusées sur le site Internet du gouvernement de l’Alberta, des foyers d’éclosion sont actifs dans deux sites de la pétrolière CNRL, deux sites d’Imperial Oil, deux de Suncor et un site de Syncrude. La majorité de la main-d’œuvre de ces installations situées au nord de Fort McMurray est composée de travailleurs qui font la navette vers leur résidence située dans d’autres régions albertaines et d’autres provinces. La découverte de leur contamination survient souvent lors de leur retour à la maison. Ce phénomène est particulièrement important et visible à Terre-Neuve-et-Labrador.

Entre le 1er septembre et le 25 novembre, le nombre de nouveaux cas à Terre-Neuve-et-Labrador est passé de 269 à 324. Parmi ces nouveaux cas, selon des données colligées par CBC Terre-Neuve-et-Labrador dans un reportage du 24 novembre, 18 de ces nouveaux cas venaient directement de l’Alberta et 16 d’entre eux étaient des travailleurs de retour de cette province. Tous les autres venaient également d’ailleurs au pays ou dans le monde. Pour le moment, Terre-Neuve-et-Labrador est la seule province qui n’a pas de contamination communautaire, soit aucun cas dont la source n’a pas été déterminée.

Ainsi, le 25 novembre, la médecin en chef de cette province, la Dre Janice Fitzgerald, a annoncé un nouveau cas d’infection venant tout droit de l’Alberta, une femme d’une quarantaine d’années. Elle a également indiqué qu’un nouveau foyer d’éclosion avait été déclaré sur le site de l’Imperial Oil à Cold Lake, en Alberta, où travaillent plusieurs personnes de la province la plus à l’est du Canada.

Deux jours plus tôt, Terre-Neuve-et-Labrador enregistrait son premier cas dans une école. La petite fille contaminée est une proche d’une personne revenant, elle aussi, de l’Alberta.

En raison du grand nombre de Terre-Neuviens qui travaillent ailleurs au Canada, le gouvernement de cette province diffuse une liste des lieux où des foyers d’éclosion ont été déclarés. Dans cette liste, on retrouve majoritairement des pétrolières, les mêmes qui ont été recensées par la Santé publique albertaine.

Selon les années, de 15 000 à 25 000 personnes de cette province travaillent ailleurs au pays et dans le monde.

Quitter son chez-soi, pour subsister

Pourquoi autant de Terre-Neuviens doivent-ils partir si loin pour travailler ? Depuis le moratoire sur la pêche à la morue annoncé le 2 juillet 1992 par le ministre fédéral des Pêches, John Crosbie, des dizaines de milliers de pêcheurs et de travailleurs d’usine de poisson de Terre-Neuve se sont retrouvés sans emploi. Depuis, ils s’expatrient loin et temporairement, à l’extérieur des frontières de leur province, pour gagner leur vie, notamment en Alberta.

Selon une étude du regroupement de chercheurs universitaires Partenariat On the Move, réalisée à partir de données de Statistique Canada, l’Alberta est devenue depuis 2014 la première province de destination pour ces travailleurs, soit pour 57 % d’entre eux. Statistique Canada rapporte aussi qu’entre 2014 et 2019, plus de 11 000 personnes sont déménagées dans la province albertaine.

Mesures sanitaires

Aujourd’hui, toutes les personnes qui arrivent à Terre-Neuve-et-Labrador, doivent s’isoler pendant 14 jours, à l’exception des travailleurs essentiels et de ces travailleurs en rotation. Dans leur cas, ils peuvent mettre fin à leur isolement si un test, effectué 7 jours après leur arrivée, est négatif. Ceux qui arrivent depuis un site où il y a un foyer d’éclosion doivent s’isoler durant 14 jours.