Hausse inédite des cas de COVID-19 en Estrie

Photo: Marvin Recinos Agence France-Presse

Ayant été l’une des dernières dans le sud du Québec à atteindre l’état d’alerte maximal, la région de l’Estrie n’est pas près de dérougir. Avec 116 nouveaux cas (sur un total de plus de 4300), elle est aux prises avec l’une de ses hausses les plus importantes depuis le début de la pandémie.

Parmi les quelque 80 éclosions en cours, deux sont venues gonfler les plus récentes statistiques, soit celles à la résidence pour personnes âgées Vigi Shermont à Sherbrooke (22 nouveaux cas pour un total de 47) et à l’Université Bishop’s (14 nouveaux cas pour un total de 22).

Sans nier ces chiffres, le directeur de la santé publique de l’Estrie, Alain Poirier, fait d’emblée une petite mise au point : des 116 nouveaux cas survenus, 96 appartiendraient réellement au 25 novembre, les 20 autres faisant partie des dépistages de l’avant-veille. « Il nous manque des données, et ce n’est pas tout à fait une lecture en temps réel de la situation. […] Mais 96 cas, c’est quand même trop haut », reconnaît-il.

En ce qui concerne l’Université Bishop’s, le problème vient du fait que plusieurs étudiants qui se font dépister donnent leur adresse réelle, par exemple chez leurs parents qui vivent dans une autre ville que Sherbrooke. « Quand il y a une éclosion dans les résidences, on a de la misère à les retrouver », a dit le Dr Poirier. « On a encore envoyé une lettre pour rappeler aux établissements d’enseignement que, quand un étudiant se fait dépister, même s’il habite à Drummondville ou à Montréal, il faut qu’il nous dise qu’il habite ici, en Estrie. »

Il n’y a pas de population immune. Je ne dirais pas que c’est de la malchance, mais c’est un peu ça.

Inquiétude pour les aînés

Dans cette tourmente, Alain Poirier se dit préoccupé par les éclosions dans les établissements pour personnes âgées. « Ce qui est inquiétant, c’est chez nos aînés. À Vigi Shermont, les 22 nouveaux cas, dont 16 de résidents, ce n’est pas une bonne nouvelle », dit-il. Sur les 20 résidences et CHSLD qui connaissent des éclosions dans les Cantons-de-l’Est, au moins 6 sont aux prises avec plus de 20 cas actifs. Le CIUSSS de l’Estrie mène également des opérations de dépistage massif chez les usagers et le personnel de cinq hôpitaux ou CHSLD de son territoire.

Alors qu’on recense maintenant 60 décès à divers endroits, il n’y en avait pourtant eu qu’un seul en CHSLD lors de la première vague, rappelle le Dr Poirier. Or, si les milieux où les aînés résident sont encore si vulnérables aux éclosions, c’est peut-être justement par manque d’expérience, avance-t-il. « Quand on débarque pour vérifier si les mesures sont appliquées, si le personnel n’a pas eu d’éclosion sérieuse et qu’il n’a pas vu comment ça se passe, ça se peut qu’on trouve encore des choses à améliorer, dit-il. Globalement, on a appris, mais dans chacun des lieux où il n’y a pas eu de cas, on voit que les gens sont catastrophés quand ils en ont. Il faut constamment revenir et les aider avec les mesures. C’est notre travail. »

Perdre la bonne étoile ?

Il y a deux semaines à peine, la région de l’Estrie, qui était en zone orange, faisait encore l’envie de ses voisines. A-t-elle perdu sa bonne étoile ? « La Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent… c’étaient toutes des régions qui n’avaient pas de cas et qui ont flambé à un moment ou à un autre. L’Alberta et la Colombie-Britannique sont aussi dans la même situation maintenant », fait remarquer le Dr Poirier. « Il n’y a pas de population immune. Je ne dirais pas que c’est de la malchance, mais c’est un peu ça. »

Lorsque l’Estrie a basculé officiellement en zone rouge le 12 novembre dernier, la région de Lac-Mégantic (MRC du Granit) vivait une flambée de cas et la ville d’Asbestos était en proie à une forte éclosion, ce qui faisait du Réseau local de service (RLS) des Sources dont elle est le chef-lieu la région la plus infectée du Québec au prorata de sa population. Bien que le nombre de cas y soit toujours passablement élevé, le Dr Poirier affirme que ces régions sont maintenant « sous contrôle ». « Quand on regarde les éclosions des derniers jours, Lac-Mégantic nous préoccupe moins. À Asbestos, les cas avaient explosé, mais on a repris le contrôle. »

Il insiste : l’Estrie n’est pas une exception et ne fait pas mieux que les autres. « On a tous les mêmes défis. On espère reprendre le contrôle avec nos équipes d’enquête. On a encore plus de monde dans les équipes qui travaillent avec les milieux pour revoir les mesures et voir ce qu’on fait bien ou pas. On travaille en lien avec les villes et les entreprises, partout où il y a des éclosions , explique-t-il.  On n’a pas encore arrêté la deuxième vague nulle part au Québec, mais on a des petits succès à plein d’endroits. Nous, on se tanne du virus, mais pas lui. Alors, il faut continuer. Il n’y a pas de recette miracle. »