Des millions de Québécois à vacciner

Le gouvernement évalue des scénarios où plus de 200 000 personnes par semaine seraient vaccinées, en 2021.
Photo: The Associated Press Le gouvernement évalue des scénarios où plus de 200 000 personnes par semaine seraient vaccinées, en 2021.

Dans l’attente du plan de match d’Ottawa, l’État québécois se prépare à lancer une vaste campagne de vaccination contre la COVID-19 dès janvier. Comptant déjà sur un réseau expérimenté en la matière, le gouvernement Legault veut néanmoins mettre toutes les chances de son côté et pourrait élargir la liste de professionnels autorisés à injecter des doses.

Le chantier est de taille : vacciner des millions de Québécois en 2021 à raison de dizaines, voire de centaines de milliers de personnes par semaine. « Il y a des scénarios en ce moment dont on discute avec le bureau du premier ministre [où on demande] d’avoir plus que 200 000 personnes vaccinées par semaine », a expliqué mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Le gouvernement québécois n’ira pas chercher un militaire décoré des Forces armées canadiennes afin de mener l’offensive contre la COVID-19, comme l’a fait l’Ontario en recrutant le général à la retraite Rick Hillier. Le premier ministre François Legault a « en tête » une personne toute désignée pour un poste de « responsable ». « Ce n’est pas quelqu’un qui vient de l’armée », s’est-il contenté de dire mardi.

Chose certaine, la Santé publique élaborera la stratégie de vaccination qui déterminera notamment la liste des personnes à vacciner en priorité. Dans les coulisses, le haut fonctionnaire Jérôme Gagnon, qui est passé du ministère de la Sécurité publique à celui de la Santé l’été dernier, veillera à l’« opérationnalisation » de la campagne de vaccination. « On est allés chercher des personnes opérationnelles », a précisé M. Dubé.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) procède à l’approvisionnement de matériel de toutes sortes, dont des réfrigérateurs et des supercongélateurs, afin d’entreposer, de transporter et d’administrer les vaccins. Il cible aussi différents lieux de vaccination et circonscrit le personnel nécessaire.

« Si nous recevons 200 000 vaccins par semaine, c’est une chose. Si nous recevons deux millions de vaccins par semaine, c’est une autre histoire », a souligné M. Legault, disant avoir « très hâte » d’en savoir plus sur le plan d’approvisionnement en vaccins du gouvernement fédéral. À titre comparatif, 200 000 personnes sont actuellement vaccinées contre l’influenza chaque semaine au Québec.

Défis logistiques

Maryse Guay, une professeure de santé publique à l’Université de Sherbrooke qui étudie depuis des années l’organisation des services de vaccination, se dit « très optimiste » quant à la future campagne contre la COVID-19 dans la province. « En général, et ce n’est pas pour nous péter les bretelles, notre système de vaccination au Québec est vraiment bien organisé », indique celle qui connaît ce réseau de fond en comble.

Le seul point qui pourrait accrocher, selon elle, est l’éventuelle gestion de plusieurs types de vaccins à la fois. « Il pourrait alors y avoir des risques d’erreur », dit-elle, en évoquant les différentes températures de conservation et des doses de rappel échelonnées sur des calendriers de trois ou quatre semaines. L’épuisement des ressources en santé publique est un autre défi à prendre en compte, selon la Dre Guay.

Pour la livraison des doses, le réseau public compte sur le secteur privé. Le gouvernement fédéral a d’ailleurs lancé mardi un appel d’offres pour trouver un « fournisseur de services logistiques » chargé de distribuer les vaccins au pays. Un choix devrait être fait début décembre, explique Daniel Chiasson, le p.-d.g. de l’Association canadienne de la gestion de l’approvisionnement pharmaceutique. « La prochaine étape pour nos membres, c’est d’avoir des discussions plus avancées avec les provinces », ajoute-t-il.

Celui qui obtiendra le contrat devra livrer les doses jusqu’aux lieux d’administration, que les provinces n’ont pas encore annoncés. Les distributeurs pharmaceutiques canadiens disposent déjà d’une capacité de livraison importante, mais tout dépend des délais impartis. « Par exemple, livrer 75 millions de doses en quelques semaines, ce serait du sport ! » dit M. Chiasson. Des investissements supplémentaires seraient alors requis pour des congélateurs, des réfrigérateurs et des camions.

Qui peut vacciner ?

Le gouvernement Legault aura aussi besoin de main-d’œuvre pour procéder à la vaccination contre la COVID-19. Le MSSS prépare un arrêté ministériel visant à élargir le bassin de professionnels vaccinateurs.

Actuellement, les infirmières, les infirmières auxiliaires, les médecins, les inhalothérapeutes, les sages-femmes et les pharmaciens peuvent administrer des vaccins, dont celui contre la COVID-19. Québec souhaite octroyer ce pouvoir à d’autres professionnels, comme les dentistes, les vétérinaires et les ergothérapeutes.

L’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec dit être en discussion depuis septembre avec le MSSS au sujet de la vaccination contre la COVID-19. « On est heureux de cette initiative, dit son président, Denis Pelletier. On a juste hâte que [l’arrêté ministériel] vienne finaliser cette entente. »

Le ministère avait d’abord sollicité l’ensemble des ordres professionnels du domaine de la santé et des services sociaux afin de recruter le maximum de vaccinateurs possible. Les psychologues, les travailleurs sociaux et les psychoéducateurs ont finalement été retirés du futur arrêté ministériel, indiquent les ordres professionnels qui les représentent. Les besoins en santé mentale sont grands.

Les orthophonistes et les audiologistes sont toujours appelés à participer à l’effort de guerre, mais pas sur la ligne de front, selon le président de leur ordre professionnel, Paul-André Gallant. « Le gouvernement a pensé à une situation plus étapiste, dit-il. On est peut-être à la dernière étape du scénario où on ne trouve pas suffisamment de main-d’œuvre. »

Puisque les vaccins arriveront progressivement, Maryse Guay ne croit toutefois pas que d’augmenter le nombre de professionnels habilités à vacciner devrait être une priorité. « Avec la vaccination H1N1 [en 2009], on a quand même vacciné plus de la moitié des Québécois à l’intérieur de quelques mois », dit-elle. Les travailleurs de la santé et les personnes de 65 ans et plus avaient alors bénéficié d’une couverture de 80 %.

Pour enrayer le coronavirus, même une couverture de 60 % à 80 % de la population québécoise pourrait permettre de « reprendre la vie d’avant la COVID », a mentionné la sous-ministreadjointe au ministère de la Santé, Marie-Ève Bédard, dans un récent échange avec Le Devoir.

Voyant « la lumière au bout du tunnel », François Legault a appelé mardi les Québécois à ne pas baisser la garde d’ici à la distribution massive des vaccins. « Ça serait bien plate de dire : “À quelques mois de la fin de cette pandémie, je suis tombé au combat ou quelqu’un est tombé au combat parce que je l’ai infecté” », a-t-il déclaré.

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