Vaccins: les Canadiens pourraient ne pas être les premiers servis

Le premier ministre Justin Trudeau s’est attiré les foudres des partis d’opposition.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau s’est attiré les foudres des partis d’opposition.

Malgré les préoccupations des partis d’opposition, Justin Trudeau assure que les Canadiens n’ont pas à craindre de voir leur passer sous le nez, vers les États-Unis, les premières doses de vaccin contre la COVID. Le Canada recevra des doses au cours des trois premiers mois de 2021 et celles-ci seront distribuées entre les provinces selon une formule acceptée par celles-ci.

Le premier ministre Justin Trudeau a causé l’émoi en admettant, dans la foulée de l’annonce américaine et britannique que la vaccination commencerait dès décembre, que le Canada passerait après eux.

« On va commencer à recevoir des doses en début d’année prochaine », a assuré M. Trudeau. Il a toutefois rappelé que le Canada n’avait plus de capacité de production « de masse » de vaccins, contrairement aux États-Unis ou encore la Grande-Bretagne. Or, ces pays abritent les compagnies pharmaceutiques proposant les vaccins les plus prometteurs. « On peut comprendre qu’une compagnie qui produit des vaccins aux États-Unis va commencer à les distribuer aux États-Unis avant de les distribuer à l’international, a dit M. Trudeau. Mais on n’attendra pas que tout le monde aux États-Unis soit vacciné avant de commencer à vacciner les Canadiens. »

Ces propos ont provoqué à la Chambre des communes l’indignation des trois chefs de l’opposition. « Combien de temps encore les Canadiens devront-ils attendre parce que ce gouvernement lent nous a mis derrière la file d’attente ? » a notamment demandé le chef conservateur, Erin O’Toole. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a exigé qu’Ottawa négocie à nouveau ses contrats pour recevoir des doses en même temps que les États-Unis.

À Québec, le premier ministre François Legault a indiqué mettre « beaucoup de pression » pour obtenir un calendrier de réception des doses. « En Europe, aux États-Unis, on parle même de commencer à recevoir des vaccins avant Noël, a lancé M. Legault. Nous, on n’a pas de nouvelle du fédéral. »

Des doses en route

Les contrats d’approvisionnement du vaccin d’Ottawa comportent tous des échéanciers, avec des promesses de livraison dans les trois premiers mois de 2021. Le chiffre de six millions de doses d’ici la fin mars circule. Il n’est donc pas question que les États-Unis satisfassent l’entièreté de leurs besoins avant que ceux du Canada ne commencent à être comblés.

Il faut par ailleurs, explique-t-on en coulisses, garder en tête qu’aucun vaccin n’a encore été approuvé au Canada — ni aux États-Unis d’ailleurs. Difficile de prédire dans ce contexte combien de doses seront accessibles à quel moment. Le processus d’homologation ira cependant beaucoup plus vite que d’habitude, car Santé Canada mène ses vérifications en temps réel sans attendre que les entreprises pharmaceutiques aient terminé leurs propres tests. Les vaccins pourront aussi commencer à être reçus avant que l’approbation ne soit accordée.

L’autre élément à considérer est qu’on ignore lequel des vaccins sera prêt en premier. Comme chacun comporte des défis logistiques lui étant propres, Ottawa doit se préparer pour tous les scénarios. Le vaccin de Pfizer-BioNTech doit être entreposé à -80 degrés. Celui de Moderna, à -20 degrés. Celui d’AstraZeneca peut être réfrigéré normalement. Le Canada a réservé 20 millions de doses pour chacun de ces trois vaccins. Ottawa a acheté 126 congélateurs pouvant maintenir les basses températures exigées par le produit de Pfizer-BioNTech. Les Forces armées canadiennes seront impliquées dans ce vaste chantier logistique : elles pourraient être mises à contribution pour distribuer les vaccins à travers le pays.

Qui aura le vaccin en premier ?

Par ailleurs, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), un organisme fédéral piloté par la microbiologiste-infectiologue québécoise Caroline Quach-Thanh, a déjà concocté les critères pour déterminer qui devrait être vacciné en premier. Sans surprise, les personnes âgées et celles affligées d’une pathologie les rendant vulnérables arrivent en tête de liste, suivies des travailleurs de la santé, des personnes vivant avec un individu vulnérable et des travailleurs essentiels (policiers, pompiers, employés d’épicerie). Arrivent enfin les personnes qui sont à risque parce qu’elles vivent dans des communautés isolées ou des lieux restreints : les Autochtones, les prisonniers, les sans-abri fréquentant des refuges ou encore les travailleurs agricoles migrants hébergés chez l’employeur. Les provinces seront libres de respecter ou pas cet ordre de priorité.

Ottawa est aussi en négociation avec les provinces pour déterminer le partage territorial des doses reçues. Autant à Ottawa qu’à Québec, affirme-t-on, il n’y a aucun conflit à ce sujet. La formule sera principalement basée sur le poids démographique de chaque province. D’autres facteurs pourraient être pris en compte, comme l’ampleur des éclosions dans une province, l’âge de sa population ou encore le nombre d’Autochtones qui s’y trouvent.

En données

Québec rapporte mardi 1124 nouveaux cas de COVID-19 de même que 45 nouveaux décès. Neuf décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 34 entre le 17 et le 22 novembre et deux avant le 17 novembre. On compte donc 134 330 personnes infectées dans la province depuis le début de la pandémie, ainsi que 6887 décès.

La Presse canadienne

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