Décider ensemble d’offrir une meilleure vie à nos aînés

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Avant la COVID-19, le réseau de lieux d’hébergement craquait déjà. On parlait de la fréquence inacceptable des bains en CHSLD, de la piètre qualité de la nourriture ou encore du manque de climatisation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avant la COVID-19, le réseau de lieux d’hébergement craquait déjà. On parlait de la fréquence inacceptable des bains en CHSLD, de la piètre qualité de la nourriture ou encore du manque de climatisation.

Peut-être pas maintenant, peut-être pas tout de suite, mais un jour ou l’autre, quand cette crise sera passée, il va falloir revoir nos façons de faire dans le monde de l’hébergement des personnes vulnérables et des soins à domicile. La Centrale des syndicats démocratiques (CSD) et son président, Luc Vachon, souhaitent revoir en profondeur les méthodes déficientes qui prévalent actuellement et que la pandémie met en lumière.

Une des raisons qui font que les lieux d’hébergement sont à bout de souffle aujourd’hui, c’est que les gouvernements successifs ne se sont pas attaqués aux problèmes de fond qui les minent. Pourtant, il était facile de les voir venir : « On peut bien évoquer le contexte démographique et le vieillissement de la population, mais, il y a dix ans, on aurait dû voir venir, et ce qui se passera dans dix ans, on le sait déjà », lance Luc Vachon. On se rappellera qu’avant la COVID-19, le réseau craquait déjà. On parlait de la fréquence inacceptable des bains en CHSLD, de la piètre qualité de la nourriture et du manque de climatisation. « On doit réfléchir au seuil minimum de qualité de vie qu’on veut offrir aux personnes aînées et vulnérables. C’est d’abord la question du milieu de vie et de la qualité de vie qui est à discuter », affirme Luc Vachon, qui ajoute que la problématique n’est pas syndicale ou patronale, mais qu’il « appartient à la société civile, à la population, de définir le modèle et le mode de fonctionnement comme société ».

Un forum national

Pour y parvenir, la CSD propose un forum national. Rappelons que la centrale syndicale regroupe quelque 73 000 membres, présents entre autres dans le réseau des soins de santé, dans les ressources familiales et dans certaines ressources intermédiaires. Chacun de ces membres est aujourd’hui en première ligne dans la crise sanitaire que nous vivons. Selon Luc Vachon, un forum national devrait réunir les organisations syndicales dont le rôle sera de répondre aux questions de main-d’œuvre et d’organisation du travail. Ainsi que « les comités de défense des personnes âgées, les regroupements de retraités et les employeurs, pour qu’on puisse dresser ensemble le portrait le plus juste possible et qui va nous permettre de définir ensemble le Québec comme milieu de vie ».

Si ce qu’on vit actuellement n’est pas suffisant pour qu’on n’accepte plus que ça se passe de cette manière-là, je ne sais pas ce que ça va prendre

 

Ce que le président de la CSD tient à éviter à tout prix, c’est « une commission d’enquête ou un forum qui va durer trois ans et qui va accoucher d’un rapport de 860 pages qui va aller prendre la poussière sur une étagère ! ». Selon lui, quelques jours de consultation seraient suffisants pour faire un état des lieux. Par la suite, il serait important de mettre en place un comité de suivi. « Parce qu’une fois qu’on a fait des propositions, il faut s’assurer de leur mise en place et de leur continuité, et ce, sans égard au gouvernement au pouvoir. On ne veut plus que ça change d’un ministre de la Santé à l’autre, il faut s’assurer de la constance, de l’égalité et du maintien des mesures », ajoute-t-il.

Un travail collectif

La CSD n’aurait aucun mal à réunir tous les acteurs du milieu pour des journées de réflexion, et Luc Vachon demeure réaliste : « Je ne m’attends pas à ce que tout ça se fasse la semaine prochaine… Ce qu’on souhaite en revanche, c’est une ouverture de la part du gouvernement. Une fois que la crise sera derrière nous, qu’il accepte une réflexion nationale sur le sujet des milieux de vie. »

S’il ne détient pas la solution miracle, Luc Vachon ne croit pas non plus que le dénouement de la crise est uniquement entre les mains du gouvernement : « Actuellement, le gouvernement cherche seul les bonnes décisions et les bonnes solutions. Cette quête doit être partagée et cautionnée par la société. Mais justement, plusieurs groupes remettent en question les décisions prises par ce gouvernement. »

Jusqu’à présent, la CSD ne peut pas dire que le gouvernement semble intéressé par un forum national. Luc Vachon voudrait bien savoir quand et jusqu’où on se rendra avant d’être entendu : « Si ce qu’on vit actuellement n’est pas suffisant pour qu’on n’accepte plus que ça se passe de cette manière-là, je ne sais pas ce que ça va prendre. Si la quantité de souffrance et de détresse qu’on vit et que la pandémie a mise en évidence ne provoquent pas une réaction suffisante de la société et du gouvernement, je ne sais pas ce que ça prend. »