Le retour des Fêtes sera «critique»

Des médecins craignent que les hôpitaux,  déjà débordés  en janvier en temps normal, soient submergés après  la période  des Fêtes.
Marie-France Coallier Le Devoir Des médecins craignent que les hôpitaux, déjà débordés en janvier en temps normal, soient submergés après la période des Fêtes.

Le scénario se répète chaque année : les urgences des hôpitaux débordent en janvier, après les rassemblements familiaux du temps des Fêtes. En plus de s’échanger des cadeaux, les Québécois se transmettent des microbes. L’influenza risque de moins circuler cet hiver grâce aux mesures sanitaires. Mais des médecins redoutent le début de 2021, en raison de la pandémie de COVID-19.

Le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec, « appréhende énormément » le mois de janvier. « On a très peur qu’après deux mois de confinement, de restrictions assez sévères [concernant les] visites sociales, les gens laissent tomber la garde [à Noël], dit le pneumologue. Le virus est extrêmement contagieux. »

La situation est maîtrisée dans les hôpitaux (638 hospitalisations, dont 100 aux soins intensifs, selon le dernier bilan mardi). Mais des enfants et des travailleurs atteints de la COVID-19 pourraient infecter à Noël leurs grands-parents ou leurs parents âgés, des personnes vulnérables « à haut risque d’hospitalisation », rappelle le Dr Mathieu Simon.

Le médecin se dit bien conscient que ces aînés ont besoin de revoir leurs proches. « C’est probablement eux autres qui souffrent le plus présentement d’isolement social », dit-il. Il n’empêche qu’à un seuil d’environ 1400 nouveaux cas par jour, les hospitalisations peuvent doubler tous les « trois à cinq jours », signale le Dr Mathieu Simon. « C’est ce qu’on a vu en France et aux États-Unis », dit-il. 

Janvier représente « une période critique » dans les hôpitaux au Québec, selon le Dr Simon-Pierre Landry, urgentologue à l’hôpital Laurentien, situé à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. « Normalement, on peut avoir des pointes jusqu’à 200 % d’occupation. »

Les infections respiratoires entraînent chaque année des débordements dans les urgences. Certes, la saison de l’influenza devrait être plus calme cette année, comme ce fut le cas en Australie, en raison des mesures de distanciation et du port du masque. « Mais là, on va avoir la COVID-19 et on va avoir beaucoup de snowbirds qui vont rester ici », dit le Dr Karl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec.

Quelque 250 000 Québécois passent habituellement l’hiver sous le soleil des États-Unis, selon l’Association canadienne des snowbirds. Environ 70 % d’entre eux demeureront au Québec cette année, estime ce même regroupement. Ces snowbirds pourraient avoir besoin de soins. « Ce sont des personnes âgées qui sont plus à risque [de COVID-19] et qui pourraient avoir d’autres pathologies ou problèmes de santé », dit le Dr Karl Weiss, qui pratique à l’Hôpital général juif, à Montréal.

Selon le médecin, le gouvernement doit se préparer à gérer « tous ces défis-là » en janvier.

Réduire les rassemblements

En point de presse mardi, le premier ministre François Legault a indiqué que son gouvernement statuerait au cours des prochains jours sur le sort des regroupements familiaux à Noël. Québec envisage d’« allonger un peu » les vacances scolaires après le jour de l’An, a-t-il indiqué. « Pourquoi ? Pour qu’il y ait une espèce de quarantaine pour les enfants avant de les retourner à l’école suite à ces rassemblements familiaux qu’on va voir dans le temps des Fêtes », a expliqué François Legault.

Le Dr Karl Weiss opterait, pour sa part, pour un retrait des élèves le 14 décembre afin d’éviter que les grands-parents ne soient infectés et hospitalisés. « Comme ça, on ne va pas se retrouver potentiellement avec des cas la semaine de Noël, dit-il. J’ai 11 jours avant le 25 décembre pour tomber malade. » Les enfants et les adolescents pourraient ensuite retourner en classe le 11 janvier, soit une dizaine de jours après le Nouvel An. Les risques de transmission seraient ainsi minimisés lors du retour en classe, explique-t-il.

Vaudrait-il mieux renoncer aux rassemblements familiaux ? Le réseau de la santé, aux prises avec une pénurie de personnel, demeure sous pression.

« En tant que professionnel de la santé, c’est certain que toute mesure qui va diminuer un peu l’ampleur des patients COVID, nous, on encourage ça, dit le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec. On est parfaitement conscients que c’est dur pour la population en général, que le confinement a aussi ses effets délétères. Mais ce qui est en jeu ici, c’est notre capacité comme réseau de la santé de s’occuper de l’ensemble des Québécois. »

304 465
C’est le nombre de cas de COVID-19 qui ont été recensés depuis le début de la pandémie au Canada. Avec 126 054 cas et 6675 décès, le Québec est la province la plus touchée par la pandémie, suivie de l’Ontario, qui a recensé 96 745 cas et 3383 décès, et l’Alberta, qui dénombre 40 189 cas et 427 décès.

Si le nombre de cas de COVID-19 augmente en janvier, « ça va nous forcer à délester les activités du reste du réseau de la santé », signale le Dr Hoang Duong. « L’expérience de la première vague a montré que le délestage est très nocif », précise-t-il.

Le Dr Hoang Duong s’inquiète aussi de l’état des troupes qui seront au front en début d’année. « Je le vois, les infirmières avec qui je travaille sont au bout du rouleau, dit le médecin, qui travaille au centre hospitalier Pierre-Le Gardeur, situé à Terrebonne. Elles en ont fait beaucoup et on leur en demande beaucoup. On sait que l’hiver, ça va être encore un peu plus. »

Bien des inconnues demeurent. D’après le Dr Simon Pierre-Landry, l’engorgement des urgences sera inévitable en janvier. La capacité médicale des hôpitaux, dit-il, est limitée. « [Avec la COVID-19], il faut mettre une jaquette et des gants avant chaque patient [en plus du masque et de la visière], dit-il. C’est très correct. Mais c’est sûr que ça ralentit la quantité de patients qu’on est capable de voir. Ça prend du temps de faire ça. »

Le médecin craint que le surachalandage dans les urgences entraîne des éclosions. « Quand on va monter à un taux d’occupation de 150-200 % dans des zones rouges, est-ce qu’on va avoir des éclosions à cause de la proximité des patients entre eux ? C’est un phénomène à surveiller. »

En données

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est redescendu sous la barre du millier au Québec, à 982, mais on rapporte 24 décès et une importante hausse des nouvelles hospitalisations. Le nombre total de personnes infectées dans la province depuis le début de la pandémie s’élève maintenant à 126 054 et on déplore 6675 décès. Cinq décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 18 entre le 10 et le 15 novembre et un avant le 10 novembre. Le nombre d’hospitalisations s’alourdit, alors qu’on en rapporte mardi 47 de plus que la veille, pour un total de 638. Parmi ces patients, le nombre de personnes se trouvant aux soins intensifs a augmenté de 13, et s’élève maintenant à 100. On a réalisé 20 540 prélèvements le 15 novembre, pour un total de 3 529 264.

La Presse canadienne

À voir en vidéo

1 commentaire
  • Benoit Samson - Abonné 18 novembre 2020 09 h 41

    Monsieur Legault prend les Québécois pour des valises

    À sa conférence de presse quotidienne hier, Monsieur Legault se vantait encore une fois des bons résultats obtenus dans la gestion de la pandémie de son gouvernement en le comparant aux pires juridictions au monde que sont les États-Unis et certains pays d’Europe.
    Or, comme démontré dans votre article la réalité est tout autre. La province de Québec est la pire au Canada avec 126,054 cas enregistrés depuis le début de la pandémie et avec deux fois plus de décès que l’Ontario qui est bonne deuxième et pourrait rattraper le Québec bientôt si son premier ministre populiste comme Legault ne resserre pas la vis. La performance des écoles québécoise comparée aux ontariennes n’est pas plus rose. Écoles fermés en Ontario 1 sur 4828 écoles, Québec 9 sur 2994. Nombre de cas cumulatif dans les écoles, Québec 9670, Ontario 3518, etc…
    Au lieu de faire comme d’autres politiciens avant lui et prendre les Québécois pour des valises, monsieur Legault ferait mieux de leur présenter la triste réalité pour solliciter leur coopération. Il serait plus productif d’éviter de faire ce que les pires pays au monde ont fait pour se retrouver dans leurs merdiers que de se réjouir que l’on ne soit pas en aussi mauvaise posture qu’eux.
    Attention monsieur Legault, les Québécois ne sont pas des valises et n’aiment pas s’en ‘’faire passer une petite vite’’.