«Votre indifférence nous tue!»: cri du coeur des femmes migrantes privées de soins de santé

Les organismes militant pour les droits des migrants poursuivent leurs actions pour que plus aucune femme ne perde la vie à défaut d’être soignée dans la dignité.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les organismes militant pour les droits des migrants poursuivent leurs actions pour que plus aucune femme ne perde la vie à défaut d’être soignée dans la dignité.

Des milliers des femmes voient leur état de santé se détériorer en raison des conditions dans lesquelles elles sont contraintes de vivre et de travailler sans statut migratoire au Québec. Travailleuses et organismes de défense des droits des migrants exigent du gouvernement la régularisation de toutes les personnes ayant un statut précaire, un salaire juste, des conditions de travail décentes et un accès universel à la santé.

«Nous avons perdu deux de nos membres et amies cette année, Lourdes Castro et Yolanda González, car elles n’ont pas pu payer les soins de santé dont elles avaient besoin. D’autres membres craignent de subir le même sort, ayant accumulé des séquelles après de nombreuses années de travail précaire», déplore Viviana Medina, organisatrice communautaire au Centre de travailleurs et travailleuses immigrants (CTI) chapeautant le comité de l’Association des travailleurs et travailleuses d’agence de placement (ATTAP).

«Un grave accident de travail combiné à des conditions précaires de vie a amené Lourdes à la mort en septembre dernier», précise-t-elle. Ayant épuisé ses économies afin d’obtenir des traitements pour une maladie professionnelle jamais diagnostiquée officiellement, elle a dû quitter le Canada après onze ans de vie sans statut, trouvant la mort chez elle au Mexique peu de temps après, en raison du stade avancé de sa maladie.

Le CTI a reçu des factures totalisant plus de 300 000 $ dollars pour les soins dispensés à Mme Castro dans un hôpital de Montréal, dont deux opérations et des transfusions de sang. «L’hôpital nous envoie les factures, car nous avons donné l’adresse du centre lors de l’admission de Lourdes à l’hôpital dans le but de la protéger, car il arrive que les hôpitaux appellent l’immigration pour dénoncer des patients sans statut», soutient Mme Medina.

Comme il est impossible pour les immigrants sans papiers ou à statut précaire de payer les soins médicaux, ils choisissent souvent de ne pas se présenter à l’hôpital au détriment de leur santé, par crainte d’être dénoncés puis déportés.

Craindre le pire sans statut

Photo: Association des travailleurs et travailleuses temporaires d’agences de placement Lourdes Castro, travailleuse migrante décédée en septembre dernier, par faute de moyens financiers pour obtenir les soins de santé dont elle avait besoin.

«La mort de Lourdes nous a tous profondément affectés au centre [CTI]. Savoir que sa mort aurait pu être évitée est très difficile», déplore Nadia, Colombienne résidant à Québec, arrivée en 2019 en tant qu’étudiante internationale. Sans statut migratoire depuis quelques mois en raison du délai de traitement de sa demande de résidence permanente, elle accepte de nous parler sous un nom fictif.

«N’ayant pas droit à l’assurance maladie, je crains de me retrouver dans une situation similaire un jour ou l’autre», lance la femme qui a œuvré d’abord dans un entrepôt de vêtements à Montréal puis dans l’entretien ménager commercial et hôtelier à Québec. «Faire des longs quarts de travail la nuit, sans statut et sans aucune protection est très difficile», ajoute-t-elle, soulignant que la prévention des maladies s’avère fondamentale pour épargner des vies.

«Vivre au jour le jour sans savoir ce qui advient de ma demande de résidence génère en moi un stress et une anxiété énormes», renchérit Nadia. Elle lance un cri du cœur au gouvernement pour que l’accès aux soins de santé gratuit soit accordé à toutes les femmes au Québec sans égard à leur statut migratoire. «Nous existons, nous contribuons à la société et nous avons nous aussi le droit de préserver notre santé.»

Une clinique pour leur venir en aide

D’après un rapport de l’Institut universitaire Sherpa, environ 50 000 personnes vivant au Québec actuellement n’ont aucune assurance médicale. «On demande une garantie d’accès à une couverture de santé complète pour toutes les personnes au Québec, sans distinction entre les soins liés à la COVID-19 et aux autres problématiques», soutient Isabelle Brault, travailleuse sociale à la clinique destinée aux personnes migrantes à statut précaire de Médecins du Monde (MdM).

Au cours de l’année 2018-2019, sur 447 nouveaux patients ayant consulté cette clinique, 63 % étaient des femmes, 41 % n’avaient pas de statut, 82 % vivaient sous le seuil de la pauvreté et 71 % limitaient leurs déplacements par peur de la police et des agents des services frontaliers. Bien que la majorité des nouveaux patients de la clinique se situaient à Montréal, 13 % provenaient de l’extérieur de Montréal, dont 73 % vivaient en situation d’instabilité résidentielle.

«Plus aucune femme ne doit mourir»

La pandémie a aggravé la situation de milliers de femmes à statut précaire travaillant dans des secteurs essentiels comme le ménage domestique et commercial, la restauration, l’agriculture, l’alimentation, la manufacture et les soins aux enfants, aux aînés et aux personnes malades. L’ATTAP a diffusé une lettre ouverte au premier ministre François Legault le 9 mai dernier afin de revendiquer la régularisation de leur statut et l’accès aux soins de santé gratuits et aux prestations de remplacement de revenu.

Les organismes militant pour les droits des migrants poursuivent leurs actions pour que plus aucune femme ne perde la vie à défaut d’être soignée dans la dignité. «Ce que nos deux sœurs décédées ont vécu était horrible, le gouvernement ne peut pas continuer à nous ignorer !», lance Mme Medina.

 
 

Une version précédente de cet article, qui qualifiait erronément la clinique de Médecins du Monde destinée aux personnes migrantes à statut précaire de clinique mobile, a été modifiée.

À voir en vidéo