Le vaccin contre la COVID-19 sera-t-il bien accepté par la population?

Selon les experts, la principale qualité qu’un vaccin doit présenter pour être accepté par la population est son innocuité.
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse Selon les experts, la principale qualité qu’un vaccin doit présenter pour être accepté par la population est son innocuité.

La réticence du public à recevoir un vaccin contre la COVID-19 s’est accentuée dans plusieurs pays au cours des trois derniers mois, selon un sondage réalisé par la firme Ipsos à la demande du Forum économique mondial. Les personnes qui déclaraient ne pas avoir l’intention de se faire vacciner se disaient inquiètes des effets secondaires que pourrait induire le vaccin et de la rapidité à laquelle les essais cliniques ont été effectués. Ces personnes ont-elles raison de s’inquiéter ?

Selon les experts, la principale qualité qu’un vaccin doit présenter pour être accepté par la population est son innocuité. Viennent ensuite son efficacité et la durée de l’immunité qu’il procure. Voici ce qu’en pensent certains de ces experts.

Le vaccin du consortium Pfizer et BioNTech sera-t-il bien accepté par la population ?

« Les gens ne voudront sûrement pas se faire vacciner sur la foi d’un communiqué de presse », dit Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, au sujet notamment du candidat-vaccin du consortium Pfizer-BioNTech. « Mais quand Pfizer et BioNTech publieront leurs résultats dans une revue scientifique révisée par les pairs, cette publication sera passée au peigne fin. S’il y a une étude qui va se faire examiner de fond en comble par tous les scientifiques qui s’y connaissent en immunologie et en virologie, ce sera bien celle-là. D’une certaine façon, c’est rassurant de savoir qu’il y a énormément d’experts compétents qui vont l’étudier, contrairement au vaccin Spoutnik, dont on n’a jamais vu de données, et au vaccin chinois, dont l’administration vient d’être arrêtée au Brésil en raison d’effets secondaires extrêmement graves », dit-il.

Mais il faudra se méfier des quelques scientifiques de renom qui émettront probablement des critiques susceptibles « de semer la pagaille », comme le Pr Didier Raoult, de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille avec l’hydroxychloroquine, et le Pr John Ioannidis, de la Stanford School of Medicine, qui a minoré les conséquences de la pandémie et s’opposait à tout confinement, prévient-il.

« Il faudra que des grandes organisations crédibles, comme le New England Journal of Medicine (NEJM) et The Lancet, se prononcent pour minorer les quelques sceptiques. Quand le NEJM fait un éditorial, ce dernier représente un certain consensus parmi les meilleurs experts dans le domaine, contrairement aux scientifiques qui lancent des cris d’alarme sur Twitter », souligne-t-il.

Quel niveau d’effets secondaires tolère-t-on pour un vaccin ?

La tolérance au risque est très faible pour des vaccins destinés à des personnes en bonne santé. Elle est bien moindre que pour des traitements destinés à des maladies graves, affirme M. Mâsse. « En médecine, plus la maladie est grave, plus on va accepter des effets secondaires, comme la perte des cheveux par un traitement contre le cancer, par exemple. Par contre, un vaccin qui aurait une efficacité de 100 %, mais qui aurait ce même effet indésirable, ne serait pas approuvé, car on tolère très peu de risque avec les vaccins parce qu’on vaccine des gens en santé qui n’ont pas de problèmes médicaux et, en plus, on vaccinera des centaines de millions de personnes. Alors, même si c’est une personne sur 10 000 qui développe des complications graves susceptibles d’entraîner la mort, ça représente beaucoup trop de monde à l’échelle du Canada. »

« S’il y a un risque de développer du rhumatisme dans les articulations, par exemple, comme on l’a cru au début du déploiement du vaccin contre Ebola, et que par ailleurs je suis en bonne santé et que je sais comment me protéger, je ne vois pas pourquoi j’irais courir ce risque. Recevoir un vaccin, ça fait mal au muscle du bras, ça dure deux ou trois jours, on endure ça, mais si ça provoque un effet à plus long terme, ça peut en rebuter plusieurs », fait-il remarquer.

« Aux yeux du public, toute mesure préventive se doit d’être avant tout inoffensive », ajoute la Dre Caroline Quach, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine, qui rappelle que les vaccins ont eu mauvaise presse au cours des dernières années, soulevant un questionnement sur la vaccination qui a rendu beaucoup plus de gens réfractaires à la vaccination qu’avant.

« Dans la mesure où la COVID-19 est partout, qu’on ne la gère pas et qu’on veut recommencer à vivre normalement, je pense qu’on sera prêt à tolérer un peu de fièvre, un peu d’arthralgie [mal partout] parce qu’on sait que le vaccin va nous protéger contre ce virus », estime-t-elle.

Comment pourra-t-on surmonter la réticence des gens à se faire vacciner ?

« Les données sur l’innocuité du vaccin sont hyper importantes, il va falloir une grande transparence dans la communication des données qui seront publiées. Les gens sont intelligents. Si on est transparent, qu’on explique et qu’on échange avec eux, ils comprendront et pourront prendre une décision éclairée », croit la Dre Quach.

« Honnêteté et transparence » seront les deux mots d’ordre à respecter, renchérit M. Mâsse. « Il faudra dire sincèrement ce que l’on sait, tout en faisant part des incertitudes et de la façon dont on va procéder prudemment là où il y en aura. Et expliquer clairement qu’il y aura un suivi. »

Aura-t-on suffisamment de recul pour juger de l’innocuité du vaccin étant donné que les essais cliniques se font en accéléré ?

« C’est sûr qu’on ne connaîtra pas l’effet à long terme du vaccin [de Pfizer & BioNTech], mais il est rare que des effets apparaissent soudainement un an après la vaccination », affirme M. Mâsse.

« De façon générale, on s’attend à observer le gros des effets secondaires dans les deux semaines suivant l’administration d’une dose d’un vaccin non vivant [comme celui de Pfizer & BioNTech] », précise la Dre Quach, tout en spécifiant que quand le Canada recevra des doses de Pfizer & BioNTech, soit au plus tôt en février ou mars prochain, le vaccin aura été étudié pendant six mois. « Disposer de données sur l’innocuité sur une saison de six mois, c’est déjà bien ! », dit-elle.

M. Mâsse spécifie pour sa part que, s’il y a des incertitudes concernant certaines catégories de personnes, ces dernières feront probablement partie d’un protocole de recherche durant la campagne de vaccination. « On va vacciner d’abord les personnes pour lesquelles on a une certaine assurance d’innocuité, et on suivra de plus près celles pour lesquelles on a moins d’informations. On ne suivra pas tout le monde de façon aussi serrée, mais on recueillera probablement des informations au moment de la seconde dose au sujet de la première dose auprès des personnes pour lesquelles on croyait le vaccin inoffensif, on leur donnera peut-être un numéro de téléphone à [utiliser] s’ils développent des effets secondaires »

« Mais les informations devraient rentrer très rapidement parce qu’on ne sera pas les seuls à récolter des données de suivi, il y aura le reste du Canada, les États-Unis et les pays européens », souligne-t-il.

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