La scientifique en chef du Canada plaide pour une meilleure ventilation dans les écoles

Vendredi, «Le Devoir» présentait les résultats d’une enquête sur la ventilation des classes, menée avec la collaboration d’enseignants dans cinq écoles. Dans deux classes d’une école ne disposant pas de ventilation mécanique, des concentrations de CO2 excédant d’environ 60 % les recommandations québécoises ont été mesurées.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Vendredi, «Le Devoir» présentait les résultats d’une enquête sur la ventilation des classes, menée avec la collaboration d’enseignants dans cinq écoles. Dans deux classes d’une école ne disposant pas de ventilation mécanique, des concentrations de CO2 excédant d’environ 60 % les recommandations québécoises ont été mesurées.

Même si des questions demeurent en suspens au sujet de la transmission du coronavirus pas les aérosols, la scientifique en chef du Canada, Mona Nemer, plaide en faveur de l’adoption du principe de précaution en matière de ventilation dans les écoles.

« En ce moment, nous avons assez de preuves pour suggérer que des mesures additionnelles devraient être considérées, surtout en considérant l’hiver qui commence et qu’on ne pourra plus ouvrir les fenêtres », dit la conseillère scientifique principale du gouvernement fédéral en entrevue au Devoir.

Fin septembre, son bureau a publié un document, rédigé par des experts sous son égide, au sujet de la qualité de l’air intérieur et la transmission du SRAS-CoV-2 par les aérosols. Plusieurs mesures concrètes étaient suggérées en matière de ventilation, notamment à court terme.

Ce qu’un taux élevé de CO2 nous dit, c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’air frais qui rentre [dans un local]. Généralement, ce n’est pas bon, qu’il y ait un virus qui flotte dans l’air ou pas.

« Installer une ventilation mécanique, quand il n’y en a pas, on s’entend que ça ne se fait pas du jour au lendemain », explique Mme Nemer. Au chapitre des actions rapides envisageables relevées par son équipe, la scientifique en chef souligne qu’il existe « une abondance de littérature sur l’efficacité de certains purificateurs d’air » portatifs.

Les détecteurs de CO2 sont également évoqués par l’équipe de la conseillère comme des outils pour valider la qualité de la ventilation. « Ce qu’un taux élevé de CO2 nous dit, précise Mme Nemer en entrevue, c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’air frais qui rentre [dans un local]. Généralement, ce n’est pas bon, qu’il y ait un virus qui flotte dans l’air ou pas. »

Les experts avaient aussi recommandé aux gestionnaires d’édifices publics munis d’un système central de ventilation de changer les filtres et d’augmenter le débit de changement d’air. Ces recommandations font partie des mesures actuellement prises au Québec, mais la grande majorité des écoles de la province ne disposent toutefois pas d’un système central de ventilation.

Vendredi, Le Devoir présentait les résultats d’une enquête sur la ventilation des classes, menée avec la collaboration d’enseignants dans cinq écoles. Dans deux classes d’une école ne disposant pas de ventilation mécanique, des concentrations de CO2 excédant d’environ 60 % les recommandations québécoises ont été mesurées.

L’opposition incrédule

« C’est vraiment préoccupant, a réagi la députée de Québec solidaire Christine Labrie aux résultats de l’enquête du Devoir. […] Dans le contexte où on sait qu’il y a de la contamination par aérosols, c’est vraiment inquiétant. Ça veut dire que la ventilation n’est pas suffisante. »

Québec solidaire a déjà demandé au gouvernement de fournir des détecteurs de CO2 dans chaque classe pour savoir si la ventilation dans les écoles — mécanique ou par les fenêtres — fonctionne. Une telle mesure coûterait 6 millions, selon le parti.

« Je n’arrive toujours pas à m’expliquer l’entêtement du ministre à [ne pas] faire l’acquisition de détecteurs de CO2 qui vont nous permettre de voir si, oui ou non, il y a un changement d’air adéquat pour réduire le nombre de particules qui seraient restées en suspens dans une pièce », a affirmé la députée libérale Marwah Rizqy. Elle estime que le gouvernement devrait également réduire la taille des groupes en milieu clos et doter les écoles de purificateurs d’air mobiles pour les classes où il n’y a aucune ventilation mécanique.

« Ça confirme en bonne partie les craintes que nous mettons de l’avant », a signalé la députée du Parti québécois Véronique Hivon, au sujet de l’enquête du Devoir. « À partir du moment où le gouvernement dit “notre priorité, c’est de maintenir les écoles ouvertes et on garde les classes pleines”, le corollaire de ça devrait être deux choses : on va être extrêmement vigilant sur toutes les sources de contamination possibles […] et le deuxième élément, c’est toute la question du dépistage, qui devrait être prioritaire pour qu’on puisse tout de suite essayer d’endiguer les éclosions dans les milieux scolaires. »

« Soyons clairs : selon la Santé publique, il n’y a pas d’indications que la transmission du coronavirus est liée à des problèmes de ventilation dans nos écoles », a quant à elle répondu l’attachée de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, Geneviève Côté. Elle a indiqué que celui-ci attendait un état de situation sur la qualité de l’air dans les écoles d’ici la fin du mois. Cette analyse portera sur l’état des systèmes de ventilation dans les établissements qui en ont un, leur entretien et les correctifs qui ont été apportés au besoin.

Jeudi, le premier ministre François Legault a répété en conférence de presse que la Santé publique québécoise lui conseillait de « bien faire » l’entretien des systèmes de ventilation dans les écoles. « La Santé publique ne nous a pas dit : ça prend une évaluation de la qualité de l’air dans chaque classe, ou ça prend un purificateur dans chaque école », ajoutait-il.

 

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2 commentaires
  • Robert Labrosse - Inscrit 14 novembre 2020 18 h 38

    COVID-19 - Québec VS Canada : Chamailleries partisanes ?

    Commentaire : Il semble que ce n'est pas seulement aux États-Unis qu'il y a de ''mesquines chamailleries partisanes'' qui font perdre trois mois au pays; le Québec n'aime pas se faire dire quoi faire par le Canada, même si cela pourrait sauver des vies.

  • Michel Petiteau - Abonné 15 novembre 2020 16 h 17

    gouv.qc.ca: qui peut donner l'heure juste?

    Il existe, au Québec, une Régie du bâtiment, à l'adresse https://www.rbq.gouv.qc.ca/. C'est une des très nombreuses entités gouvernementales dont le rôle, du moins je le suppose, est de donner l'heure juste, la même heure, à tout citoyen de la province, jusqu'au Premier ministre.

    Mona Nemer est scientifique en chef du Canada, mais le Québec a le sien: Rémi Quirion.

    Au Québec toutes les entités dotées d'une adresse xyz.qc.ca sont, je suppose, chapeautées par une super-entité qui a accès, de manière exclusive, à l'ensemble des informations requises pour gérer cette mégastructure. Quelle est-elle? Qui en est le chef?

    La gestion de la crise née de la Covid révèle des failles béantes dans cette structure, ingérable par des humains.

    Un exemple, que le Devoir a présenté, page https://www.ledevoir.com/societe/sante/585355/les-donnees-medicales-des-quebecois-mine-d-or-ou-bombe-a-retardement, illustre les difficultés que pose la vente, ou le don, des données médicales. Des citoyens s’en offusquent. Pourquoi faire cadeau de ces données? Pas sûr que ce soit un cadeau: gouv.qc.ca ne dispose pas de l’expertise requise pour les exploiter.

    Seules les entreprises membres du GAFAM, et quelques autres, pour l’heure moins connues, sont propriétaires et des données et des algorithmes capables de traiter - si toutefois elles le sont - le monstrueux volume de données impliqué. En 20 ans le volume des Big Data a été multiplié par mille. MILLE!

    Question: à quoi sert cet article? Pas de commentaires du genre: “Merci, vous m’avez vraiment appris quelque chose. Je me sens moins ignorant.” Tendre un micro à la scientifique en chef du Canada pour enregistrer des banalités, cela sert à quoi, à qui?

    Le CO2 n’est pas toxique en soi. Plus dense que l’air, il s’accumulait parfois à la surface du sol, dans les mines mal ventilées. Un chien servait de lanceur d'alerte. Quand, à court d’oxygène, il commençait à tituber, il était temps d'agir.