Vacciner ne veut pas dire déconfiner, avertit un expert

Le géant pharmaceutique n’a prévu produire que 1,3 milliard de doses en 2021.
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse Le géant pharmaceutique n’a prévu produire que 1,3 milliard de doses en 2021.

L’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19 suscite beaucoup d’espoir, mais ne sonnera pas à court terme la fin du confinement.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) s’est fait prudent lundi, précisant que beaucoup « d’incertitudes scientifiques » persistaient au sujet du vaccin annoncé lundi par la compagnie Pfizer, et sur les quantités qui seront disponibles au Canada.

Le géant pharmaceutique n’a prévu produire que 1,3 milliard de doses en 2021. Le Canada héritera donc d’une portion ténue de ce lot, avance l’épidémiologiste Benoît Mâsse, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Si seule une faible proportion de la population est vaccinée en 2021, « il faudra maintenir les restrictions sanitaires pour éviter une autre vague », dit-il. Ces mesures pourraient devoir s’étendre au-delà de l’automne 2021, pense l’épidémiologiste, à la lumière des informations fournies lundi sur l’efficacité du futur vaccin par ses fabricants, les compagnies Pfizer et BioNTech.

Administré en deux doses espacées de trois semaines, le vaccin nécessitera une logistique autrement plus complexe que celui de la grippe saisonnière. « L’arrivée du vaccin ne nous sauvera pas d’un confinement hivernal. Ça ne va pas nous aider pour Noël ! On ne vaccinera pas 8 millions de Québécois en même temps », dit-il.

Le Canada a sécurisé 20 millions de doses (de quoi vacciner 10 millions de Canadiens), mais on s’attend à ce que le personnel de la santé et les personnes âgées aient accès en priorité au vaccin, probablement autour du printemps 2021.

Une réalité qui pourrait reporter à l’hiver 2022 une rentrée normale dans les cégeps et universités, croit M. Mâsse. « Les doses vont entrer au compte-gouttes. Avant d’ouvrir ces institutions et de favoriser la multiplication des contacts, croit-il, il faudra rester prudent. Peu de gens auront été protégés à l’automne 2021. » À son avis, « ce message public sera très difficile à articuler pour les gouvernements. Avec l’arrivée d’un vaccin, les gens auront l’impression que le virus ne circule plus ».

À moins que Pfizer n’accélère sa production, la vaccination pourrait s’étendre jusqu’en 2022 au Québec, estime l’épidémiologiste, qui a déjà modélisé des plans de vaccination contre l’Ebola en Afrique. La capacité à recruter du personnel infirmier, déjà mobilisé par la pandémie, influera aussi sur le calendrier de vaccination. « La grande question demeure : quand déconfiner ou pas ? », avance-t-il. Interrogé lundi sur un éventuel échéancier de vaccination, le MSSS a indiqué que les recherches et analyses à ce sujet « se poursuivent ».

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