Le coroner reprend son enquête sur les services offerts aux personnes suicidaires

Dans le cadre d’une vaste enquête qui reprenait lundi, la coroner Andrée Kronström se penche sur les services offerts en santé mentale aux personnes suicidaires.
Photo: Martin Llado Getty Images Dans le cadre d’une vaste enquête qui reprenait lundi, la coroner Andrée Kronström se penche sur les services offerts en santé mentale aux personnes suicidaires.

Le 18 janvier 2019, Suzie Aubé, 55 ans, s’est enlevé la vie peu après avoir obtenu son congé de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ). Ce décès aurait-il pu être évité ? Dans le cadre d’une vaste enquête qui reprenait lundi, la coroner Andrée Kronström se penche sur les services offerts en santé mentale aux personnes suicidaires.

« Il aurait fallu qu’elle soit traitée pour sa problématique de santé mentale en parallèle avec un traitement pour l’alcool. Elle n’y arrivait pas toute seule », a déclaré la sœur de Mme Aubé, Josée Bilodeau, durant son témoignage.

L’histoire de Suzie Aubé fait partie des cinq cas que la coroner a choisi d’étudier dans le cadre d’une enquête thématique sur les suicides entamée en décembre 2019.

Dans son témoignage, un policier de la ville de Québec a raconté l’avoir arrêtée la veille de sa mort alors qu’elle conduisait de façon dangereuse sous l’effet de l’alcool. Il l’a alors ramenée à l’IUSMQ, où elle avait été traitée les jours précédents.

Mme Aubé avait eu droit à un congé ce jour-là pour préparer son appartement en vue de sa sortie, le lendemain. Des membres de sa famille reprochent à l’Institut de l’avoir laissée sortir malgré tout, le 18 janvier.

Dans un long témoignage, sa sœur, Josée Bilodeau, a dressé le portrait d’une femme écorchée mais combattante : une relation destructrice avec l’alcool, un problème de santé mentale au diagnostic imprécis, une désintoxication à la drogue réussie, deux enfants, des séparations, un travail comme préposée aux bénéficiaires, la perte d’un emploi…

Suzie Aubé avait aussi travaillé à l’Armée du Salut et accompagné de nombreux proches dans la maladie. Les dernières années avaient été particulièrement difficiles en raison d’un conflit avec ses fils qui faisait en sorte qu’elle ne pouvait pas voir ses petits-enfants, ainsi que du décès de sa mère, qui lui « a brisé le cœur », selon sa sœur.

Après une énième tentative de suicide en décembre 2018, elle avait été transférée en décembre à l’IUSMQ, mais elle avait décidé de quitter l’établissement après 24 heures. Elle y sera de nouveau transportée au lendemain d’une autre crise en janvier, jusqu’au congé évoqué plus haut.

À compter de mardi, la coroner entendra le point de vue des professionnels de la santé et des services sociaux qui ont traité Suzie Aubé, dont son médecin de famille et le personnel de l’IUSMQ. À moins d’un changement, les audiences doivent normalement prendre fin vendredi.

L’enquête avait débuté en décembre avec les audiences sur les décès de Jocelyne Lamothe, de Mikhaël Ryan et de Marc Boudreau. Mikhaël Ryan avait assassiné sa mère, Jocelyne Lamothe, avant de s’enlever la vie, en mai 2017, après sa sortie du Centre de traitement de dépendances Le Rucher. Marc Boudreau a été retrouvé mort en septembre 2018 dans ce même centre.

Après celui de Suzie Aubé, la coroner étudiera deux autres décès : celui de Jean-François Lussier, trouvé mort en mai 2018 chez lui après avoir été évalué à l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, et celui de Dave Murray, retrouvé mort en novembre 2019. Tous avaient de lourds problèmes de santé mentale.

Des pistes

Les travaux de la coroner visent à « formuler des recommandations visant à prévenir d’autres décès dans le futur ».

L’une des pistes potentielles est celle d’une meilleure collaboration entre organismes. En interrogatoire lundi, une policière qui était intervenue auprès de Suzie Aubé a avancé qu’il serait complexe de permettre à des intervenants sociaux d’accompagner les policiers lors d’appels, mais a concédé que ça se faisait à Montréal.

Les différents témoins du Service de police de Québec ont souligné qu’ils faisaient toutefois affaire avec l’organisme en santé mentale PECH en d’autres circonstances et que cela fonctionnait très bien.

La policière a mentionné que les cas liés à des tentatives de suicide et à des problèmes de santé mentale comptaient aujourd’hui pour une très grande partie du travail policier.

Besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

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