Le gouvernement Legault met fin à la réaffectation des psychologues du réseau public

Le CISSS de Chaudière-Appalaches a réquisitionné du personnel en santé mentale pour aider les préposés aux bénéficiaires dans des sites réservés aux patients atteints de la COVID-19.
Photo: iStock Le CISSS de Chaudière-Appalaches a réquisitionné du personnel en santé mentale pour aider les préposés aux bénéficiaires dans des sites réservés aux patients atteints de la COVID-19.

Il n’y aura plus de réaffectation de psychologues comme aide de service, a affirmé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, qui juge cette pratique de gestion inacceptable. Le Devoir rapportait lundi que le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches a réquisitionné du personnel en santé mentale pour aider les préposés aux bénéficiaires dans des sites réservés aux patients atteints de la COVID-19.

Le ministre a été talonné lors de la période des questions par le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, et le député libéral David Birnbaum. « Ce qui est fascinant, c’est la déconnexion entre ce que le ministre dit — que [la santé mentale] est une priorité — et ce qui se passe sur le terrain », a dénoncé M. Nadeau-Dubois.

« On a posé un geste, a répondu M. Dubé. On est allés voir les gens de Chaudière-Appalaches [pour leur] dire : il ne peut pas y avoir de “délestage” du côté des psychologues. […] Alors, je veux le rassurer que le geste qui a été posé par Chaudière-Appalaches n’est pas en ligne avec les orientations de notre gouvernement et ça a été déjà corrigé. Il n’y aura pas de “délestage” du côté des psychologues, pour la santé mentale. »

Il a plus tard ajouté que le gouvernement avait dit au CISSS de Chaudière-Appalaches que la réaffectation des psychologues « n’était pas acceptable » et que ceux qui avaient à qui on avait demandé de préparer des cabarets pour les patients malades allaient « reprendre le travail qu’ils faisaient avant ».

Le député libéral David Birnbaum a décrié le manque d’accès aux psychologues du réseau public, alors que la santé mentale des Québécois est durement éprouvée durant la pandémie. « Les Québécois ont besoin de plus d’accès aux psychologues, pas moins, a-t-il dit. Ils ont besoin d’un plan sérieux pour combattre cette vague de plus en plus puissante d’anxiété et de dépression ».

Québec solidaire propose un accès public et gratuit aux soins de santé mentale pour tous tandis que les libéraux proposent un programme qui financerait 15 séances de psychothérapie.

Les propos du ministre Dubé ont fait réagir l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). « Il va falloir que le plan de réaffectation soit bien fignolé et que les services psychosociaux soient mis en haut de la liste », a réagi son représentant national dans Chaudière-Appalaches, Jean-François Travers.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a indiqué au Devoir mardi qu’il n’avait émis aucune directive concernant la réaffectation de psychologues et autres professionnels en santé mentale pour apporter de l’aide aux préposés aux bénéficiaires.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches a fait « un choix fort malheureux » qui démontre que le gouvernement « parle des deux côtés de la bouche », selon l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ). « Peut-être que la directive ne vient pas du ministère, mais il n’en reste pas moins que dans les régions qui manquent de personnel, qui manquent de tout, oui ça peut être une décision qui est peut-être plus organisationnelle, mais le résultat il reste le même, a déploré sa directrice générale, Doris Provencher. Déjà qu’il y a peu de services, alors si en plus on les enlève… »

Le premier ministre François Legault a reconnu en conférence de presse que les restrictions imposées en zone rouge par son gouvernement pour limiter la propagation de la COVID-19 « sont dures pour les Québécois » et qu’elles « affectent même la santé mentale de beaucoup » d’entre eux.

« Je le sais, qu’il y a des problèmes de santé mentale qui s’accumulent chez les personnes seules, a-t-il reconnu. Donc, si vous avez la chance d’aller visiter une personne seule, vous avez le droit — un à la fois — mais vous avez le droit d’y aller. Ce qu’on essaie d’éviter, c’est de ne pas avoir de groupe. »

Il a invité les Québécois à téléphoner au 811 en cas de problème de santé mentale, de stress ou d’anxiété où quelqu’un peut « répondre rapidement ». Le premier ministre a rappelé que le gouvernement avait récemment embauché près de 300 personnes pour améliorer les soins psychologiques.