Le Québec a-t-il réussi à aplatir la courbe?

Les Québécois doivent continuer leurs efforts pour aplatir la courbe, qui varie présentement d’une région à l’autre.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les Québécois doivent continuer leurs efforts pour aplatir la courbe, qui varie présentement d’une région à l’autre.

Le Québec s’est maintenu au-dessus de la barre des 1000 nouveaux cas quotidiens de COVID-19 ce week-end, un niveau autour duquel il oscille depuis plus de deux semaines. Si l’atteinte d’un plateau semble se dessiner, il est encore trop tôt pour évaluer l’effet réel des mesures adoptées par le gouvernement, estiment des experts.

Quelque 1279 nouvelles infections ont été signalées samedi et 1094 dimanche, ce qui porte le total à 93 391 depuis l’apparition du virus en sol québécois. Aucun décès n’est survenu dans les dernières 24 heures, selon les plus récentes données du ministère de la Santé, mais 6 décès se sont ajoutés au bilan dimanche, dont 3 sont survenus entre le 11 et le 16 octobre, 1 autre avant le 11 octobre et dont 2 ont eu lieu à une date inconnue. En tout, 6038 personnes sont décédées de la COVID-19 dans la province.

Le nombre d’hospitalisations continue d’augmenter, avec 10 patients de plus que la veille, ce qui porte le total à 527 hospitalisations. On compte 88 patients en soins intensifs, dont 3 nouveaux dans les dernières 24 heures.

« Malgré la stabilisation des cas dans les deux dernières semaines, les hospitalisations continuent [d’augmenter]. On doit casser la vague pour freiner cette [hausse] et ainsi protéger les personnes plus vulnérables et notre réseau de santé », a écrit le ministre de la Santé, Christian Dubé, sur son compte Twitter dimanche. Les Québécois doivent ainsi continuer leurs efforts pour aplatir la courbe, qui varie présentement d’une région à l’autre.

En Montérégie et en Mauricie–Centre-du-Québec, le nombre de nouvelles contaminations augmente de jour en jour depuis deux semaines. À l’inverse, la situation à Montréal s’est stabilisée, le nombre de nouveaux cas quotidiens restant sous la barre des 300 depuis une semaine. Un chiffre qui grossissait à vue d’œil dans le dernier mois et a même atteint 442 le 5 octobre, un niveau inégalé depuis mai dernier.

 
1094
C’est le nombre de nouveaux cas de COVID-19 que recensent les autorités dans le plus récent bilan de la pandémie au Québec, dévoilé dimanche.

La courbe a pris la même direction à Laval, où le nombre de nouveaux cas quotidiens reste en moyenne autour de 60 depuis une semaine, alors qu’on en comptait 172 le 4 octobre. « On voit que ça continue d’augmenter dans des régions qui ont adopté des mesures strictes plus tardivement. Ça fait moins de deux semaines que ces régions sont passées en zone rouge », souligne le Dr David Lussier, qui pratique à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Pistes de réponses

Difficile toutefois d’associer la stabilisation dans certaines régions uniquement à leur entrée plus rapide en zone rouge quand, durant la même période, la Capitale-Nationale — également en alerte maximale depuis le 1er octobre — a enregistré une nouvelle hausse des cas quotidiens en fin de semaine. Si l’on comptait 93 nouvelles infections mercredi, ce chiffre n’a cessé degrimper depuis, atteignant 227 dans les dernières 24 heures.

Pour le Dr Lussier, cette situation peut s’expliquer par des éclosions localisées dans des CHSLD, des hôpitaux ou des écoles de la région. « Il faut aussi rappeler que, dans la région, le secteur de Charlevoix est entré en zone rouge depuis peu. Cela a peut-être une influence sur les chiffres, mais, malheureusement, on n’a pas le détail », souligne-t-il.

De son côté, Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, se questionne : « On a beau annoncer des mesures, est-ce que la population les respecte ? A-t-on davantage de rassemblements privés à Québec qu’à Montréal, par exemple ? Ça pourrait expliquer cette augmentation dans la Capitale-Nationale. »

Il est encore trop tôt, à son avis, pour évaluer si les mesures adoptées par le gouvernement ont un effet réel. « Ça semble stable dans la région de Montréal, mais il suffirait d’une grosse éclosion dans une école ou un CHSLD pour qu’on observe la même situation qu’à Québec », souligne-t-elle.

La professeure note également que la fluctuation du nombre de tests d’un jour à l’autre a une influence sur notre perception des données. Ainsi, lorsque le bilan quotidien est passé sous la barre des 1000 au début de la semaine dernière, le nombre de tests avait diminué, durant la même période, passant sous la barre des 22 000 tests quotidiens.

Un avis partagé par Patrick Déry, un travailleur autonome œuvrant comme analyste en politiques publiques. « La légère baisse au creux de la semaine (923, 844, 969) aura coïncidé avec la baisse des tests », a-t-il écrit surTwitter samedi, faisant référence au fait que moins de 22 000 tests ont été réalisés sur cette même période de trois jours, comparativement à près de 30 000 début octobre.

« Il faut davantage se fier aux hospitalisations pour juger si les nouvelles mesures sont efficaces. Mais il y a toujours un décalage entre le moment des premiers symptômes et l’entrée à l’hôpital. On en saura plus dans deux à trois semaines », conclut Roxanne Borgès Da Silva.

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