«On n’a pas les moyens de perdre une infirmière de plus», dit la FIQ

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Pendant la première vague de la pandémie, plusieurs professionnelles sont tombées malades, d’autres ont carrément quitté le réseau de la santé.
Paolo Miranda Agence France-Presse Pendant la première vague de la pandémie, plusieurs professionnelles sont tombées malades, d’autres ont carrément quitté le réseau de la santé.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Selon la FIQ, la deuxième vague de la pandémie fait une entrée fracassante dans le système de santé québécois alors qu’il peine à se remettre de la première.

Pour traverser cette seconde vague, « l’approche de gestion devra en être une de valorisation, respectueuse des besoins des professionnelles en soins », affirme Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui reproche au gouvernement sa gestion coercitive lors de la première vague, enlevant tous leurs droits aux professionnelles en soins. « La pandémie a mis en lumière tous ces problèmes que nous dénonçons depuis des années et a entraîné les événements tragiques des derniers mois », précise-t-elle.

Selon Nancy Bédard, le gouvernement utilise le prétexte de la pénurie pour expliquer tous les maux du réseau alors que dans les faits, « cette pénurie, c’est surtout une pénurie “artificielle et structurelle” engendrée par les mauvaises conditions de travail des professionnelles en soins. L’arrêté ministériel 2020-007, en vigueur depuis mars, qui suspendait toutes les conventions collectives, a donné un chèque en blanc aux employeurs pouvant ainsi gérer la main-d’œuvre comme bon leur semble. »

Un constat alarmant

Les conséquences d’une telle décision se font sentir aujourd’hui. « D’un côté, des professionnelles qui sont épuisées, surchargées et démotivées et de l’autre, des patients qui se butent parfois à des problèmes d’accessibilité, parfois à des soins déshumanisés où la qualité et la sécurité ne sont pas au rendez-vous », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, le constat est alarmant ; les membres de la FIQ ont été durement affectées tant physiquement que psychologiquement. « Non seulement elles étaient au front pour combattre la première vague de cette pandémie, mais plusieurs sont tombées malades, d’autres ont carrément quitté le réseau, ne pouvant plus subir les conditions de travail épouvantables imposées et qui leur enlevaient toute emprise sur leur vie personnelle et professionnelle », rappelle la présidente de l’organisation syndicale.

La pandémie a mis en lumière tous ces problèmes que nous dénonçons depuis des années et a entraîné les événements tragiques des derniers mois

 

Pour éviter que cette deuxième vague entraîne tout le système sur son passage, Nancy Bédard s’attend à ce que le gouvernement et les employeurs se souviennent que les professionnelles en soins doivent pouvoir travailler dans des conditions acceptables et prendre du temps pour se reposer. « On n’a pas les moyens de perdre une infirmière de plus ! » lance-t-elle.

Pour garantir la bonne marche du système, le niveau de protection est primordial. Nettement insuffisant lors de la première vague, il a fait du personnel un vecteur important de contamination. « Non seulement la mobilité du personnel était monnaie courante, mais l’équipement de protection individuelle, dont l’accès aux masques, était insuffisant à plusieurs endroits. De plus, nous n’avons toujours pas de garantie que les professionnelles en soins auront accès à tout le matériel nécessaire, particulièrement aux masques N95 pour celles œuvrant auprès des patients ayant reçu un résultat positif à la COVID-19. Or, elles veulent pouvoir travailler avec un maximum de protection pour elles-mêmes, leurs patients et leur famille », prévient Nancy Bédard.