Davantage d’infirmières à temps plein, priorité de Dubé

Le manque d'infirmières expose celles qui travaillent à plus d’heures supplémentaires, davantage d’épuisement et d’absence dans ce qui prend la forme d’un véritable cercle vicieux au moment où les besoins sont plus criants que jamais.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le manque d'infirmières expose celles qui travaillent à plus d’heures supplémentaires, davantage d’épuisement et d’absence dans ce qui prend la forme d’un véritable cercle vicieux au moment où les besoins sont plus criants que jamais.

Pour régler la pénurie d’infirmières qui fragilise la réponse à la COVID-19, le ministre de la Santé, Christian Dubé, veut en priorité s’entendre avec leur syndicat et faire en sorte qu’elles soient beaucoup plus nombreuses à travailler à temps plein.

« Quand on va avoir ça derrière nous, je vais être très rassuré », a dit le ministre en entrevue au Devoir. « J’ai hâte qu’on ait réglé. »

Le ministre n’a pas précisé à combien il estimait le nombre d’infirmières manquantes au Québec, mais, seulement dans la capitale, il en manque 300 au Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale.

Cela expose celles qui travaillent à plus d’heures supplémentaires, davantage d’épuisement et d’absence dans ce qui prend la forme d’un véritable cercle vicieux au moment où les besoins sont plus criants que jamais.

Aux yeux du ministre, la solution passe par l’augmentation des postes à temps plein puisque environ la moitié des infirmières travaillent à temps partiel. « Ça va tellement faire une différence si on a le bon nombre d’infirmières que l’amélioration va être là dans l’environnement de travail », dit-il. « J’aimerais ça que ce soit réglé le plus rapidement possible. On est prêts à poser des gestes qui sont tout aussi importants que ce qu’on a fait avec les préposés aux bénéficiaires. »

C’est le temps de les valoriser, mais de trouver quelque chose qui est pérenne

Ces derniers mois, le gouvernement a offert des hausses de salaire de 18 % aux préposés en plus de créer des milliers de postes à temps plein et un programme rémunéré de formation. Il vient d’ailleurs de conclure une entente de principe pour la création de postes à temps plein avec deux syndicats affiliés à la FTQ représentant 15 000 postes. À l’automne 2019, les infirmières avaient réclamé des hausses salariales de 22 %.

Selon le ministre Dubé, les échanges actuels avec la Fédération interprofessionnelle de la santé qui représente les infirmières sont fructueux. « On est en plein dedans », dit celui qui dirigeait les négociations dans le secteur public au Trésor avant d’être nommé à la Santé. « C’est le temps de les valoriser, mais de trouver quelque chose qui est pérenne », ajoute-t-il.

« Le bâton est toujours disponible »

Dans le dossier des médecins de famille, Christian Dubé mise pour l’instant sur la négociation, mais n’exclut pas d’appliquer la loi 20 en cas d’impasse. « Le bâton est toujours disponible », résume-t-il en allusion aux pénalités prévues dans la loi si les médecins ne prennent pas en charge suffisamment de gens.

Plus d’un demi-million de Québécois n’ont toujours pas de médecin de famille malgré le milliard de dollars versés aux omnipraticiens depuis trois ans pour les inciter à prendre davantage de patients. Avant son départ, l’ancienne ministre de la Santé Danielle McCann avait confié à L’Actualité qu’elle souhaitait « que les médecins travaillent davantage ». Questionné là-dessus, Christian Dubé dit que « oui », lui aussi, veut qu’ils en fassent plus.

Or la question de la « productivité » est, dit-il, le sujet le plus difficile dans le cadre des négociations avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Car la FMOQ réfute l’idée que ses membres n’en font pas assez et argue plutôt qu’il manque de médecins dans le réseau, entre 800 et 1000.

Pour l’instant, le ministre Dubé a demandé aux médecins de se concentrer sur une cible : l’accès pour tous à un médecin dans un délai de 36 heures en clinique. Il se donne jusqu’à décembre pour « avoir une solution pratiquepour y arriver ». « Parce qu’avant d’appliquer le bâton, je veux être sûr qu’on fait un effort. »

L’UCAM du ministre

Son collègue Lionel Carmant travaille en ce moment sur une solution informatique — un hub — pour centraliser la prise de rendez-vous. « Mon objectif, c’est que, d’ici le mois de décembre, on ait au moins 60 cliniques, 80 si ça va bien dans le hub avec un objectif très clair : qu’on ait 2 millions de rendez-vous de plus à l’échelle du Québec, dont à peu près 1,2 million de plus dans la région de Montréal.

Mais encore ? Ce modèle sera-t-il permanent ? Les gens qui attendent pour avoir un médecin de famille font-ils la file pour rien ? Non, répond Christian Dubé. « On pense que, si on fait bien les choses, un médecin qui va avoir commencé à traiter quelqu’un au sans-rendez-vous va pouvoir le prendre. »

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Le ministre convient que cela pourrait faire en sorte qu’un patient passé par le sans-rendez-vous soit pris en charge avant les gens en attente au Guichet d’accès pour un médecin de famille (GAMF). « C’est pour ça qu’on va devoir surveiller que les personnes prises en charge par le sans-rendez-vous soient en bonne partie dans les catégories de patients les plus vulnérables, dit-il. On le sait que, parmi les 600 000 et quelques qui restent dans la liste d’attente [GAMF], ce ne sont pas tous des jeunes de 25 ans en pleine santé. »

En dépit de la crise de la COVID-19, le ministre répète qu’il faut distinguer ce qui est « urgent » (la COVID-19) de ce qui est « important », le dossier des médecins entrant dans la seconde catégorie.

Pour résumer ce qui est « important », le ministre répète à son équipe de penser à l’UCAM. Pas l’université, mais un acronyme pour urgences, chirurgies, aînés et médecins, les quatre maillons faibles auxquels il entend consacrer son énergie.

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2 commentaires
  • Liette Desjardins - Abonnée 13 octobre 2020 07 h 40

    Un tien vaut mieux que deux tu l'auras.

    J'ai quitté ma retraite en avril dernier pour retourner travailler comme infirmière à 60 ans dans le Sud-Ouest de Montréal. J'offrais un week-end sur deux au CHSLD à 15 minutes de marche de chez-moi. Le lundi, je reçois une lettre indiquant que je dois être disponible à temps plein. Je quitte et je reçois un appel de mon ancienne gestionnaire le vendredi suivant. J'accepte du temps partiel, 4 heures par jour, 5 jours par semaine, pour faire le suivi des soins pour des patients avec Covid hospitalisés mais sans symptômes et en attente d'un 2e test négatifs. Là encore, après une semaine, l'offre change et on exige de temps plein. J'offre mon expertise en psychiatrie aux Soins infirmiers de l'hôpital mais on a pas besoin de professionnels à temps partiel. Pour une amie à moi, même constat, pour sa disponibilité pour la vaccination alors qu'elle en faisait l'an passée à temps partiel. Où est la logique? Voulons-nous vraiment offrir des soins ou voulons-nous une gestion "économique" de Ressources humaines?

  • Simon Grenier - Abonné 13 octobre 2020 10 h 23

    Si les employés du réseau de la santé souhaitent travailler à temps partiel, c'est que l'environnement de travail est dégueulasse - gestion intermédiaire et interférence médicale constante étant les deux sources de tout le mal.

    Inutile de rêver en couleurs et souhaiter convaincre des masses d'employés à travailler plus dans les conditions actuelles. Je dirais même: "Allô."