Le rythme de la pandémie est maintenant pire qu’au printemps

Le nombre d’hospitalisations à l’échelle du pays a doublé depuis deux semaines et le taux de décès commence à repartir à la hausse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre d’hospitalisations à l’échelle du pays a doublé depuis deux semaines et le taux de décès commence à repartir à la hausse.

À moins d’un sérieux changement dans le comportement des Canadiens, la pandémie de coronavirus au pays continuera d’exploser, prévient la santé publique du Canada. Le constat est encore plus alarmant que celui dressé il y a deux semaines.

« Nous sommes au point de bascule de cette pandémie », a prévenu le premier ministre Justin Trudeau vendredi. La veille, le Canada venait de rapporter son plus haut bilan de nouveaux cas quotidiens de COVID-19 depuis les débuts de la crise au printemps dernier.

Plus de 2400 Canadiens ont été diagnostiqués atteints du coronavirus jeudi. Soit le double de la moyenne quotidienne qu’enregistrait le Canada lors de la dernière mise à jour des projections de la santé publique le 23 septembre.

« Cette accélération de la croissance épidémique est préoccupante », a insisté le sous-administrateur en chef de la santé publique, le Dr Howard Njoo.

 

Son équipe partageait vendredi ses plus récentes projections des ravages que pourrait faire le coronavirus au Canada. L’avertissement est sévère. Selon le scénario le plus optimiste, si les Canadiens réduisent immédiatement leurs contacts d’au moins 25 % à 35 %, le nombre de cas au pays continuera d’augmenter pour se chiffrer à une moyenne d’environ 3300 nouveaux cas par jour d’ici la mi-octobre. Ce seuil serait alors le pic de la présente courbe et cette dernière pourrait ensuite commencer à redescendre.

En revanche, si les Canadiens maintiennent leur comportement actuel, ou, pire, s’ils augmentent leurs contacts, le nombre de nouveaux cas continuera d’exploser pour possiblement dépasser les 5000 cas par jour vers la mi-octobre.

À titre de comparaison, on recensait un peu moins de 2000 cas par jour en moyenne lors de la première vague de la pandémie le printemps dernier.

Les directeurs de la santé publique et le premier ministre ont une fois de plus sommé les Canadiens de fournir leur part d’efforts pour renverser la tendance, notamment en évitant de voir des proches cette fin de semaine bien que ce soit l’Action de grâce.

« La deuxième vague est frustrante pour plusieurs qui ont déjà traversé le printemps et qui ne veulent pas que cela recommence », a consenti M. Trudeau. « Plusieurs d’entre nous voudraient que cela finisse. Mais la seule façon d’y arriver, c’est de faire notre part », a-t-il insisté. « Les mesures de santé publique et celles des gouvernements peuvent jouer un rôle. Mais seuls les citoyens peuvent réellement déterminer à quoi ressemblera l’issue de cette crise dans les prochains mois. »

Le Canada comptait 175 559 cas de COVID-19 vendredi midi, dont 9557 décès.

La santé publique du Canada prédit que ces bilans pourraient se chiffrer à 188 000 à 197 800 cas d’ici samedi prochain et à 9700 à 9800 victimes.

Les aînés menacés

La majorité des nouveaux malades demeurent des adultes âgés de 20 à 39 ans. Mais la pandémie commence à rattraper les Canadiens de plus de 80 ans. Là encore, il s’agit d’une « augmentation préoccupante », a observé le Dr Njoo. Tout comme l’arrivée de nouvelles éclosions dans les centres de soins de longue durée. « Bien que le nombre de cas soit moins élevé qu’en avril et en mai, nous devons faire tout notre possible pour limiter l’ampleur et l’impact des éclosions dans ces milieux à haut risque », a prévenu le médecin.

Le nombre d’hospitalisations à l’échelle du pays a lui aussi doublé depuis deux semaines et le taux de décès commence à repartir à la hausse. Le taux de reproduction du virus demeure quant à lui au-dessus de 1 depuis la fin août — ce qui veut dire que chaque malade transmet le coronavirus à plus d’une personne.

Malgré tout, le premier ministre Trudeau n’a pas semblé avoir l’intention d’intervenir auprès des provinces qui peinent à contrôler cette deuxième vague, qui pourrait être plus dévastatrice que la première. « Nous allons continuer de soutenir les premiers ministres provinciaux, de soutenir leurs gouvernements et les décisions qu’ils prennent dans le meilleur intérêt de leur situation locale », a rétorqué M. Trudeau lorsque la question lui a été posée. « Notre responsabilité est de continuer à soutenir les Canadiens directement », a-t-il fait valoir en citant les mesures économiques déployées pour les travailleurs qui ont perdu leurs salaires ou les entreprises qui peinent à reprendre leurs activités.

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