Outremont parmi les quartiers chauds de Montréal

Dans Outremont, qui compte une population de 23 954 habitants, les 61 cas de la dernière semaine ont hissé l’arrondissement au sommet du palmarès pour le nombre de cas par 100 000 habitants, soit 254,65. 
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Dans Outremont, qui compte une population de 23 954 habitants, les 61 cas de la dernière semaine ont hissé l’arrondissement au sommet du palmarès pour le nombre de cas par 100 000 habitants, soit 254,65. 

La propagation de la COVID-19 se poursuit à Montréal et la métropole compte plusieurs quartiers « chauds ». Mais c’est dans Outremont, l’un des plus petits arrondissements montréalais, que l’on recense le plus grand nombre de cas par 100 000 habitants depuis deux semaines.

Mercredi, la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a identifié Outremont, Montréal-Nord et le Centre-Sud (dans Ville-Marie) comme les secteurs les plus touchés par la pandémie dans la métropole.

Selon les données publiées par la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de Grâce est l’arrondissement qui a recensé le plus de nouveaux cas entre le 29 septembre et le 5 octobre, soit 197 personnes atteintes. Mais comme il s’agit de l’arrondissement le plus populeux à Montréal avec 166 520 habitants, le taux se limite à 118,3 cas par 100 000 habitants.

Dans Outremont, qui compte une population de 23 954 habitants, les 61 cas de la dernière semaine ont hissé l’arrondissement au sommet du palmarès pour le nombre de cas par 100 000 habitants, soit 254,65. 

Au début de la première vague en mars dernier, Outremont faisait partie des quartiers les plus durement frappés par la COVID-19. La situation s’était par la suite stabilisée et la pandémie avait gagné en virulence dans les quartiers situés au nord-est de l’île de Montréal.

La Direction de la santé publique de Montréal n’a pas dévoilé les causes précises des cas répertoriés récemment dans Outremont. La communauté hassidique y est importante, mais joint par Le Devoir jeudi, le porte-parole du Conseil juif hassidique du Québec, Max Lieberman, a soutenu qu’aucune éclosion n’avait été signalée dans la communauté hassidique. « Outremont vit le même phénomène d’augmentation des cas que le reste du Québec. », a-t-il indiqué, en assurant que la communauté s’appliquait à rappeler aux membres l’importance du respect des règles sanitaires. « Nous tenons les gens informés. Nous diffusons des vidéos avec des médecins pour rappeler aux gens que le virus est réel et toujours présent. Nous prenons ça au sérieux », a-t-il dit.

The Gazette rapportait mercredi que le 24 septembre dernier, alors que Montréal était en zone orange, le Conseil juif hassidique du Québec avait diffusé une lettre annonçant que le gouvernement pourrait possiblement permettre aux lieux de culte d’accueillir 250 personnes, au lieu de 25.

Max Lieberman soutient toutefois qu’il ne s’agissait pas d’un privilège que la communauté cherchait, mais d’une possibilité que semblait envisager Québec. « Quatre jours plus tard, le gouvernement a plutôt annoncé que Montréal passait en zone rouge, Nous ne voulions aucune exemption spéciale. Nous sommes d’accord et comprenons que c’est 25 personnes dans les synagogues. »

À Montréal, des cas de contamination auraient cependant été liés à des événements religieux. Une source au service des enquêtes de la DSP de Montréal a indiqué au Devoir que dans les dernières semaines, l’équipe a concentré ses énergies sur les milieux comportant davantage d’éclosions, comme les gyms et les rassemblements privés. « Et récemment, nous avons plusieurs cas directement reliés à des événements religieux qui sont ressortis. La DSP a même dû intervenir auprès de certains leaders religieux pour s’assurer que les consignes soient bien respectées », a indiqué cette source sans préciser de quelles communautés il s’agissait.

Montréal-Nord, prise deux

Particulièrement éprouvé lors de la première vague, l’arrondissement de Montréal-Nord a aussi été identifié par la DSP comme une zone chaude dans la métropole avec 291 nouveaux cas dans les deux dernières semaines. La mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, estime toutefois que l’arrondissement a appris de l’expérience de la première vague. « Un peu comme tout le monde, on est inquiets de la remontée du nombre de cas. Montréal-Nord est malheureusement très haut dans le palmarès. Mais on se sent mieux équipés et on sait mieux à quoi on a affaire. Ça nous permet d’agir en amont », explique-t-elle.

La deuxième vague a cependant entraîné une seconde ronde de fermeture d’entreprises et du même coup, des pertes d’emplois, ajoutant à la précarité dans laquelle se retrouvent déjà certains citoyens. Le travail d’accompagnement et de communication se poursuit donc auprès des résidents, indique Christine Black.

Avec l’approche de l’hiver, la Ville elle-même a dû prendre des précautions. Le Service des travaux publics de l’arrondissement a ainsi préparé des plans afin de s’assurer que les opérations d’entretien et de déneigement puissent se poursuivre en cas d’éclosions parmi les employés. Des scénarios de prêts d’employés entre arrondissements ont donc été élaborés. Le service a également réorganisé ses équipes de travail de manière à créer des « bulles » de travailleurs qui, tout au long de l’hiver, feront équipe afin d’éviter les contacts avec les autres employés. Jusqu’à maintenant, l’arrondissement a eu quelques cas de COVID-19 parmi ses employés, mais pas d’éclosion, soutient Mme Black.

COVID-19 et pauvreté

Si les municipalités de l’ouest de l’île de Montréal, comme Westmount, Pointe-Claire et Kirkland, sont moins touchées par la deuxième vague, des hausses du nombre de cas sont observables partout sur le territoire, a réitéré la Dre Mylène Drouin, mercredi.

Le virus tend toutefois à être plus présent dans les quartiers moins favorisés. En mai dernier, la DSP avait d’ailleurs déterminé que les personnes atteintes de la COVID-19 étaient 2,5 fois plus nombreuses dans les secteurs très défavorisés que dans les secteurs nantis de l’île de Montréal.

De même, la pandémie ne semble pas affecter de la même façon les groupes ethnoculturels. Même si les informations concernant l’origine ethnique des personnes atteintes ne sont pas colligées lors des enquêtes, la DSP a examiné les données en fonction des secteurs de l’île. Elle a ainsi constaté que les taux d’infection étaient plus importants dans les secteurs où la proportion de minorités visibles était plus élevée. La DSP évoque un ensemble de facteurs pour expliquer ce phénomène, dont une exposition accrue au virus en raison du travail, des conditions de vie moins favorables (logements plus densément peuplés) et des enjeux comme le racisme et la discrimination qui entraîne des iniquités quant à l’accès aux services.