La santé publique sous la loupe de la commissaire à la santé

Outre son mandat spécial sur les aînés et la COVID-19, la commissaire à la santé présentera chaque année un rapport sur la performance du système de santé dans son ensemble.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Outre son mandat spécial sur les aînés et la COVID-19, la commissaire à la santé présentera chaque année un rapport sur la performance du système de santé dans son ensemble.

La nouvelle commissaire à la santé, Joanne Castonguay, profitera de son enquête sur la pandémie pour évaluer la performance de la santé publique lors de la première vague de la COVID-19.

« C’est un gros morceau de notre système de santé, un morceau qui a eu peu d’attention et qu’on aurait avantage à examiner », a-t-elle déclaré lors d’un entretien avec Le Devoir, le premier depuis sa nomination en décembre 2019.

Aura-t-elle accès aux documents de la cellule de crise dans le cadre de la pandémie ? La capacité d’évaluer le travail du docteur Arruda ? « Oui », répond la principale intéressée.

En août, le gouvernement lui a donné le mandat d’évaluer la performance du système de santé en ce qui a trait aux services aux aînés. L’enquête porte sur la première vague de la crise de la COVID-19. Elle a jusqu’au 1er septembre 2021 pour déposer son rapport.

Outre les soins aux aînés eux-mêmes et la santé publique, Mme Castonguay compte creuser le dossier des ressources humaines. « Ça va être inévitable de comprendre ce qui se passe avec les ressources humaines. Ça crie de partout. »

Contrairement à l’enquête de la Protectrice du citoyen qui ne se penchera que sur le réseau public, la commissaire étudiera aussi les résidences privées pour aînés (RPA). Son approche est en outre davantage axée sur les « solutions », insiste-t-elle.

« Le but de tous les systèmes de santé, c’est d’obtenir les meilleurs résultats avec les ressources qu’on a. De développer de nouvelles façons de faire. »

Alors que l’opposition au Parlement réclame la tenue d’une enquête publique, le gouvernement Legault affirme que celle de la nouvelle commissaire saura répondre à toutes leurs questions. « Elle a tous les pouvoirs pour être capable de faire l’analyse de ce qui s’est passé dans la première vague », plaidait encore le ministre de la Santé Christian Dubé mardi lors de la période de questions. « Ce que nous voulions faire, c’est d’avoir des réponses pratiques. On ne voulait pas avoir une commission qui durerait pendant plusieurs années. »

À ceux qui en doutent, Mme Castonguay souligne que son mandat est « très très » large. Elle envisage en outre de déposer des portions du rapport avant l’automne sous forme de pamphlets.

Rappelons que Joanne Castonguay est la première à occuper ce poste depuis l’abolition du bureau du Commissaire par Gaétan Barrette en 2017. Débarquée dans des bureaux vides à l’hiver 2020, elle a dû de surcroît construire un bureau de A à Z en pleine crise de la COVID-19, raconte-t-elle.

En mars, son bureau comptait trois employés ; en mai, ils étaient sept et maintenant ils sont 12 et toujours en recrutement. Quand on lui demande si la fermeture du bureau a creusé des trous dans la collecte des données sur le système de santé, elle rétorque que les trous sont plutôt imputables à la réforme Barrette elle-même. « Avant, nous avions un système de données par installation, mais maintenant, les données sont par Centre intégré de santé et de services sociaux donc on a perdu la régularité », dit-elle.

La commissaire a en outre pris la décision de produire des données et des indicateurs qui seront facilement comparables au reste du Canada, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ce sera plus facile ainsi de faire des comparaisons, dit-elle. Nous voulons simplifier, rendre plus accessibles et transparents l’information », souligne-t-elle aussi.

Mme Castonguay est la troisième à occuper ce poste après Robert Salois et Anne Robitaille qui demeure dans l’organisation comme directrice générale. Économiste spécialisée en santé, elle a été professeure associée au Pôle santé de HEC Montréal et directrice de recherche à l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), notamment.

Comme plusieurs l’ont relevé lors de sa nomination, c’est aussi la fille de nul autre que le père de l’assurance-maladie du Québec, Claude Castonguay.

« Quand j’étais dans ma crise d’adolescence et que j’avais besoin de me distinguer de lui, j’avais aucune idée que j’étais destinée vers l’analyse de la santé. Je suis devenue macro-économiste en premier », raconte-t-elle à ce sujet en soulignant qu’elle et son père ont déjà travaillé ensemble sur des mandats du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO). « Je vois ça comme un privilège. »

Outre son mandat spécial sur les aînés et la COVID-19, la commissaire à la santé présentera chaque année un rapport sur la performance du système de santé dans son ensemble.