Vingt-huit jours, et ce n’est qu’un début

Face à l’explosion des cas d’infection, il faudra plus que 28 jours pour aplatir la courbe ou « casser la deuxième vague », comme l’espère le ministre de la Santé, Christian Dubé. À moins d’un revirement majeur, le confinement partiel pourrait devoir s’étendre jusqu’à Noël afin de reprendre le contrôle sur l’épidémie, avancent certains experts.

« On ne pourra pas tout déconfiner le 28 octobre prochain et espérer revenir comme c’était au mois de septembre. On aurait à peine repris le contrôle que les infections vont repartir à la hausse. Si on fait ça, on ne se rendra pas à Noël », estime Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Casser la deuxième vague » ne se fera pas si aisément, juge cet expert. Et le contexte dans lequel s’opérera un éventuel déconfinement tranchera avec celui que l’on a vécu en mai et en juin derniers. « Au printemps, l’école prenait fin, les rencontres sociales pouvaient se faire à l’extérieur. Nous avons vécu une longue accalmie, avec très peu de cas. Là, on ne revivra pas ça, pense-t-il. Garder le contrôle va être beaucoup plus difficile. Même si les cas déclinent en novembre, ce serait fou de permettre de grandes rencontres familiales à Noël et qu’une étincelle reparte l’épidémie. »

Ce dernier juge même qu’un congé scolaire de quatre semaines aux Fêtes pourrait permettre au système de santé de souffler pour amorcer l’hiver en meilleure position. « Sinon, on va jouer au yo-yo épidémique tous les mois et confiner et déconfiner sans arrêt », dit-il.

Même si les cas déclinent en novembre, ce serait fou de permettre de grandes rencontres familiales à Noël

 

Tous les spécialistes consultés s’accordent pour dire que le nombre d’infections grimpera encore. Les chiffres actuels reflètent la situation épidémiologique des infections contractées il y a 15 à 21 jours. « Il y a 20 fois plus d’infections que cet été et l’impact des récentes mesures ne sera visible que dans 2 à 3 semaines. Le 28 octobre, on ne sera pas revenus aux 50 cas de cet été », insiste le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Ce dernier n’entrevoit pas de recul majeur de l’épidémie à court terme et estime qu’il sera fort ardu d’abaisser rapidement le taux de reproduction du virus sous la barre de 1 (il était d’environ 1,4 à la mi-septembre). Ce taux, qui définit le nombre moyen d’infections secondaires générées par cas infecté à une date donnée, doit sombrer sous le seuil de 1 pour que la transmission régresse lentement. Ce point de bascule n’a été atteint qu’à la fin avril, après des semaines de confinement total. « À la fin octobre, c’est ce taux qui va nous indiquer de quoi aura l’air l’avenir », dit-il.

Pour le Dr Marc Dionne, médecin-conseil en santé publique et chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec, si le Québec suit le modèle australien (qui a observé une deuxième vague similaire au Québec), le pic des infections pourrait être atteint dans 10 jours, soit 5 à 6 semaines après le début de la remontée amorcée à la fin août. La région de Melbourne, la région australienne la plus affectée, a toutefois fait l’objet d’un confinement total.

Malgré tout, il croit encore possible de juguler l’escalade actuelle. « On l’a fait dans le Bas-Saint-Laurent. Les citoyens peuvent et doivent s’autodiscipliner. On peut aussi venir à bout des éclosions dans les écoles, mais il va falloir s’habituer à ce qu’il y ait toujours des cas. Et dans les zones où ça chauffe, il ne faudrait pas hésiter à fermer les écoles pour 14 jours. » Pour Noël, il n’entrevoit que des réunions en petits groupes familiaux, sans déplacement entre régions. « On en a pour deux ans à vivre sans vaccin avec ce virus. Il va falloir s’en protéger. On est dans une situation endémique. », dit-il.

Depuis que les infections montent en flèche, la même réserve habite la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive au CHUM. « On va pouvoir arriver à un plateau, peut-être même réussir à aplatir la courbe et voir la lumière le 28 octobre. Mais chaque jour, l’espoir s’amenuise », convient-elle.

En fait, le système de consignes par zone, instauré en septembre par le gouvernement, a visiblement raté le coche et échoué à limiter les contacts, croit cette spécialiste. « On s’attendait à une hausse, mais pas à ce point. Le palier orange n’a pas donné les effets escomptés. C’est étonnant de voir à quel point les mesures de protection sont abandonnées. Les gens ont adopté le couvre-visage et laissé tomber tout le reste, dit-elle.

Des pays comme l’Allemagne ou la Norvège, ou même la province de Colombie-Britannique, dit-elle, ont réussi à limiter les infections avec un confinement beaucoup moins restrictif que celui qui est imposé aux Québécois. « Il ne reste plus grand-chose à fermer ici, à part les écoles et les lieux de travail », déplore-t-elle.

Malgré tout, la Dre Raynault juge primordial de garder les écoles ouvertes, « même si le prix à payer doit être élevé », car une fermeture complète serait dévastatrice en termes de conséquences sociales. Elle croit encore possible de contrôler la situation pour permettre à la population de vivre « un Noël presque normal. »

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8 commentaires
  • Yolande Chagnon - Inscrite 7 octobre 2020 04 h 37

    MALBROUGH S'EN VA-T-EN GUERRE

    «Il reviendra à Pâques ou à la Trinité»

    L'évolution de la COVID-19 me fait penser à cette chanson de mon enfance.

    Personne en sait quand elle s'en ira, mais l'on avance des dates de façon aléatoire.

    Monsieur Dubé nous a parlé du 28 octobre, mais en prenant soin d'ajouter que la situation sera réévaluée.

    Beaucoup (beaucoup trop) ont retenu «le 28 octobre» et d'autres, dont moi, ont retenu «la situation sera réévaluée».

    C'est probablement que l'être jumain a besoin de repères pour se rassurer.

    Alors, les repères sont devenus ceux des fêtes ou périodes de repos.

    Ce fut Pâques, le retour en classe, la rentrée scolaire et maintenant, le 28 octobre (pourquoi pas le 31 qui correspond à la fête de l'Halloween ?) et ce sera forcément Thanksgiving, Noël, la Saint-Sylvestre puis le Jour de l'an et l'on revient à Pâques...

    Toutes ces échéances prophétiques qui ne pourront pas être respectées créent de faux espoirs et forcément des déceptions, des frustrations et finalement de la hargne.

    Sans oublier une désobéissance civile à géométrie et intensité variables de 15 à 20% de la population qui nous crie «LIBÂRTÉ» ou qu plus simplement ne respecte pas les normes.

    Heureusement, tous nos partis politiques tirent dans la même direction; imaginons-nous si, comme aux États-Unis, la moitié de la population de prenait aucune mesure de protection et était dans la négation.

    L'histoire à laquelle on n'accorde plus d'importance depuis trop longtemps nous apprend que le temporaire devient facilement définitif.

    Aucun soldat n'est parti sciemment pour la guerre de Cent ans tout comme très peu de souverainistes savaient combien de temps «l'option serait en veilleuse».

    Selon l'Ancien testament, les Hébreux auraient erré quarante ans dans le désert avant d'entrer dans la Terre promise.

    Alors, décréter le 28 octobre comme date de fin de la discipline de fer à laquelle nous devons nous astreindre, ç'est comme planifier ses vacances à l'aune de la météo de l'Almanach Beauchemin.

  • Claude Bariteau - Abonné 7 octobre 2020 06 h 51

    Ce sont là des prévisions réalistes.

    Le gouvernement du Québec a fait plusieurs erreurs.

    Une première concerne la retenue des informations prévisionnelles, ce qui permet de mieux faire comprendre les enjeux et ce, même si les prévisions demeurent aléatoires.

    La deuxième fut de découper le Québec en zone d'intensité plutôt qu'en lieu propice à la propagation, ce qui fut le cas dans un contexte de propagation communautaire.

    La troisième fut de définir le passage d'une zone à une autre sur la base de données trop grandes qui révélaient des indices élevés de propagation. Il eut été préférable d'abaisser le nombre de cas et, conséquemment, abaisser la propagation.

    Il en découle que le nombre de cas par jour pour l'ensemble du Québec sera autour de 2 000-2 300 d'ici dix jours et que le Québec, à l'exception des régions nordiques, passera au rouge avec un niveau d'hospitalisation problématique.

    Or, sur la base de l'approche privilégiée, tout ça était prévisible et les responsables en santé publique le savaient puisqu’ils ont presque tous estimé que la deuxième vague serait déferlante compte tenu qu’elle était prévue cet automne.

    Pourquoi avoir choisi cette approche après avoir ouvert plusieurs services susceptibles de nourrir la propagation. Il fallait plutôt les maintenir fermés et multiplier les mécanismes de contrôle dans ceux demeurés ouverts avec des outils adéquats et des règles strictes.

    En procédant autrement, le gouvernement a misé sur la discipline des individus et a fait montre d’une tolérance douteuse.

    Il y aura un prix à payer beaucoup plus élevé pour freiner la propagation déferlante que celui qu’auraient causé le maintien de fermetures et les moyens de contrôle par des équipements appropriés.

    • Patrick Daganaud - Abonné 7 octobre 2020 08 h 00

      Monsieur Bariteau, vous n'avez que trop raison : la gestion de la pandémie, au Québec, est sur un mode réactif et curatif, si bien que nous sommes toujours en retard de trois mois sur l'avancée de la Covid.

      L'été 2020 eût du être prévu au printemps et servir à juguler la deuxième vague DÉJÀ CERTAINE pour l'automne.

      Les touristes se sont épivardés aux quatre coins du Québec durant l'été...
      Que faisiez-vous aux temps chauds? Vous chantiez, j'en suis fort aise...
      Dansez maintenant!

      Pour s'assurer de la propagation, les conditions ludiques ont été remises en place : bars, restaurants, spectacles, joutes sportives : du pain et des jeux pour apaiser la population.

      À l'ouverture des écoles, les vocations particulières se sont redéployées sous le couvert éphémère de bulles...de savon.

      Zéro mesure prévisionnelle d'impacts |
      Et tours zéro.

      Gestion désastreuse tout au long : les chiffres ne mentent pas !

    • Claude Bariteau - Abonné 7 octobre 2020 12 h 54

      J'ajoute la référence ci-bas précisant l'approche de la Nouvelle-Zélande, un État indépendant qui a déployé une approche active et non réactive face au virus.

      https://www.nytimes.com/2020/10/07/world/australia/new-zealand-coronavirus.html?action=click&module=Top%20Stories&pgtype=Homepage

    • Joane Hurens - Abonné 7 octobre 2020 13 h 54

      Regardons le beau côté des choses, le directeur de la Santé publique a pu prendre ses vacances au Maghreb en février.

      Il se devait d’être en pleine forme pour faire face à une crise sanitaire qu’il a admis avoir anticipée. Mais pourquoi a-t-il toujours l’air d’avoir été pris de court?

  • Bernard LEIFFET - Abonné 7 octobre 2020 08 h 00

    Quand on veut éviter la propagation on prend tous les moyens faciles si on a le courage, ce que n'a pas la CAQ!

    Dans les régions éloignées des grandes villes du Québec, ce n'est pas sans appréhension que l'on attend les chasseurs de gros gibiers qui investirons les forêts nordiques. Tout comme pendant l'été du confinement les choses se sont relativement bien passées en contrôlant l'action des uns et des autres!
    Mais voilà, la pandémie prend de l'ampleur et la CAQ n'a pas encore envisagé de fermer la saison de chasse! Un moyen simple et ce que dit le gouvernement, les chasseurs peuvent y aller à condition qu'ils apportent leur nourriture sans entrer dans les commerces près d'où ils vont s'installer! Quelle blague quand on sait combien de caisses de bières permettront de se défouler...Je n'ai rien contre la chasse en général, mais bien d'autres personnes confinées ailleurs vont-elles y aller puisqu'il n'y a pas de contrôle routier? Et puis en quête d'un objet quelconque, de nourriture même, qui va leur interdire d'aller dans un commerce? La manne potentielle dépensée sur place n'étant plus dans le décor, il n'y aurait ainsi pas trop de conséquence!
    Non, la CAQ n'a pas la poigne nécessaire pour faire vite! Prise au piège par son manque de vitesse, c'est la tête basse que l'application du Dominion est maintenant recommandée, laquelle ne s'avère toujours pas plus efficace! Voilà qu'on l'adopte même si on en connaît guère plus qu'auparavant! Mais ça comble le vide en espérant que les citoyens vont aussi gober cette nouveauté !
    Le PM François Legault prend ses désirs pour des réalités et va même jusqu'à contredire ses ministres et ses fonctionnaires, comme par exemple pour Internet à haute vitesse. Bref, rien ne va plus depuis l'ère Couillard et Legault!

  • Robert Parisé - Abonné 7 octobre 2020 08 h 03

    Dans l'mur

    Ceux qui pensent qu'en confinant, on arrivera a baisser le taux d'infection, se trompe... et voici pourquoi.
    La Covid utilise les mêmes modes de transmission que l'Influenza. Mais les dommages sont plus graves, chez une tranche de la population (ne pas oublier que l'influenza fait officiellement plus de 2500 décès par année (voir le site web de Santer Canada, Influenza), le bilan est probablement plus élevé).
    Notre planète à deux hémisphères. A cause de l'angle de rotation, nous avons les 4 saisons.
    Pendant que c'est l'hivers dans l'hémisphère nord, c'est l'été dans l'hémisphère sud, er vice versa.
    Si on analyse les courbes de la Covid des pays de l'hémisphère nord, on a eu un pic en mars-avril, baisse en été, et maintenant nous sommes en hausse.
    Si on regarde les courbes (https://ici.radio-canada.ca/info/2020/coronavirus-covid-19-pandemie-cas-carte-maladie-symptomes-propagation/, données /100000 hab) de l'Afrique du Sud, Pérou, Chili, Brésil etc,(sauf Argentine, taux extrêmement bas au départ), tous ces pays ont eu leur pic en juillet-aout, l'australie à la fin août (exception, la Nouvelle Zelande qui a réussi son confinement...).
    Regardez maintenant les courbes de transmission de l'influenza des dernières années au Canada (https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/maladies-et-affections/surveillance-influenza-21-decembre-2014-3-janvier-2015-semaines-declaration-52-53.html). L'augmentation débute en octobre, culmine en décembre-janvier et descend en avril-mai. Nous sommes au début de la vague...
    Si Legault continue dans la même voie, fermeture de commerce, faillite, suicide, décrochage etc
    Plus de dommages collatéraux que de mort par la covid
    Il faut changer d'approche...
    Tester seulement et régulièrement le personnel de la santé.
    Malheureusement, sécuriser et confiner les personnes agées et à risque...
    Tester le personnel soignant seulement, Formation...
    Arrêt des mesures pour nos jeunes...
    Changer le language et l'approche...

  • Jacques Bordeleau - Abonné 7 octobre 2020 09 h 00

    Experts

    Que d'experts anonymes, sans domaine d'expertise mentionné, obscurs et occultes, sans référence de sciences particulières, convoqués et interprétés dans un déluge négatif, culpabilisant et accablant. Déprimant au plus haut point. Paresse journalistique ou service idéologique ?

    Jacques Bordeleau