Éclosion dans un hôpital de Québec: une réforme gouvernementale montrée du doigt

Ainsi, à l’heure actuelle, seulement 11 laboratoires sont habilités à analyser les tests pour la COVID-19 au Québec, soit un par région — les laboratoires «réseau» ainsi que les laboratoires de la Direction de la santé publique.
Photo: Karim Sahib Agence France-Presse Ainsi, à l’heure actuelle, seulement 11 laboratoires sont habilités à analyser les tests pour la COVID-19 au Québec, soit un par région — les laboratoires «réseau» ainsi que les laboratoires de la Direction de la santé publique.

La réforme OPTILAB a contribué à aggraver l’éclosion de COVID-19 à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), selon des médecins qui pressent le ministre de la Santé Christian Dubé de leur redonner de l’autonomie en matière de tests en laboratoire.

« Cette crise étale au grand jour l’incapacité systémique amenée en 2017 par la centralisation OPTILAB », écrit la représentante des médecins de l’hôpital dans une lettre au ministre dont Le Devoir a obtenu copie.

L’IUCPQ se prépare à reporter tous ses rendez-vous non urgents afin de protéger les patients de l’éclosion de COVID-19 qui sévit dans ses murs. Il s’agit du premier hôpital au Québec à devoir le faire depuis le début de la deuxième vague de la pandémie.

Une soixantaine de personnes — employés et patients — ont reçu un diagnostic positif au sein de l’établissement, et ce, dans presque tous les départements. L’hôpital de 350 lits compte plus de 3000 employés au total.

D’après ce que des médecins ont expliqué au Devoir, la centralisation des laboratoires a empêché l’IUCPQ de dépister massivement son personnel lorsque les premiers cas de COVID-19 sont apparus dans l’établissement.

« On n’a plus les moyens de tester aussi largement qu’on le souhaiterait nos employés, nos patients, pour éviter la propagation de la maladie parce que les produits nécessaires aux tests sont retenus par OPTILAB , déplore le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs de l’établissement autrefois connu sous le nom de l’hôpital Laval. Je ne dis pas que l’éclosion que nous vivons ne se serait pas produite [sans OPTILAB], mais on aurait pu agir de façon plus efficace si on avait plus de liberté. »

« Nous avons maintes fois déploré cette perte d’autonomie pour un centre surspécialisé comme le nôtre », déplore dans sa lettre la présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) de l’établissement, Marie-Hélène LeBlanc.

« Nous dénonçons un mode de fonctionnement qui s’avère, dans le contexte de la pandémie actuelle, dangereusement inefficace. L’IUCPQ-UL a besoin de tests de dépistage rapides et en quantité suffisante. C’est littéralement une question vitale »

OPTILAB est une réforme lancée en 2017 par le gouvernement Couillard pour centraliser les laboratoires de biologie médicale du Québec. Elle a fait en sorte que plutôt que d’être analysés dans chaque hôpital, des prélèvements sont désormais envoyés et traités dans les grands centres.

Ainsi, à l’heure actuelle, seulement 11 laboratoires sont habilités à analyser les tests pour la COVID-19 au Québec, soit un par région — les laboratoires « réseau » ainsi que les laboratoires de la Direction de la santé publique. Les laboratoires comme celui de l’IUCPQ ont le statut de laboratoires « associés » et sont contrôlés par les laboratoires réseau.

« Après trois ans de centralisation des décisions, ce fleuron encensé de la médecine de laboratoire subit aujourd’hui des allongements inacceptables des délais diagnostiques, de prise en charge et de traitement d’une clientèle dont la survie dépend souvent de la rapidité d’analyse », signale aussi la Dr Leblanc dans sa lettre.

L’IUCPQ fait partie des établissements accrédités pour recevoir des patients atteints de la COVID-19. Lors de la première vague, il n’y avait eu aucune contamination à l’intérieur de l’hôpital.

À voir en vidéo