Être enceinte au temps de la COVID

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Même si la COVID-19 se transmet très rarement dans le placenta et qu’on observe peu de mortalité chez les bébés, la pandémie a des conséquences bien réelles pour les enfants et leurs mères.
Photo: iStock Même si la COVID-19 se transmet très rarement dans le placenta et qu’on observe peu de mortalité chez les bébés, la pandémie a des conséquences bien réelles pour les enfants et leurs mères.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

La pandémie est, pour les femmes enceintes, un stress de plus dans ce qui demeure une période bien particulière et remplie de changements. L’effet du stress occasionné par cet événement exceptionnel est sous la loupe des chercheurs.

Si la recherche commence à peine à évaluer les risques pour les femmes enceintes qui attrapent la COVID-19 et pour leur bébé, le stress, lui, a des effets bien connus. Depuis les 20 dernières années, la recherche s’est penchée sur les effets des grands stress sur les femmes enceintes et leur progéniture, notamment grâce au projet Verglas, qui a suivi les femmes enceintes et leurs enfants sur plusieurs années.

Cathy Vaillancourt, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), a travaillé sur ce projet, de même que sur plusieurs autres s’intéressant à l’effet de ce genre de catastrophes sur la grossesse : inondations en Australie en 2011 et feux de Fort McMurray, notamment. « Ce stress est différent de celui provoqué par d’autres stresseurs, comme la dépression ou l’anxiété. Mais comme les autres stresseurs, il peut entraîner des problèmes à long terme dans le développement de l’enfant », explique la spécialiste en grossesse et en toxicologie.

Suivre l’impact de la pandémie

L’arrivée de la pandémie et du confinement a créé un état de stress unique. C’est pourquoi Mme Vaillancourt et trois autres chercheuses en psychologie (Catherine Herba, de l’UQAM, Sarah Lippé, de l’Université de Montréal et Linda Booij, de l’Université Concordia) ont mis sur pied le projet Résilience et stress périnatal en temps de pandémie au Québec. Les chercheuses veulent comparer la façon dont les femmes enceintes vivent ce stress grâce à un questionnaire, et étudier l’impact de celui-ci chez leur enfant.

Pour ce faire, l’équipe espère recruter 2000 femmes qui rempliront un questionnaire en ligne. Elle récoltera également des échantillons placentaires pour pouvoir mettre en lien les données psychologiques et biologiques. « On veut trouver des marqueurs structuraux du stress au chapitre du placenta et certains biomarqueurs placentaires (protéines, hormones, gènes, qui peuvent être altérés par une exposition au stress) », précise Mme Vaillancourt. L’identification de ces marqueurs permettrait de prédire très tôt — dès l’accouchement — certaines pathologies, comme l’autisme ou des convulsions fébriles chez le bébé, espèrent-elles.

Ce stress est différent de celui provoqué par d’autres stresseurs, comme la dépression ou l’anxiété. Mais comme les autres stresseurs, il peut entraîner des problèmes à long terme dans le développement de l’enfant.

 

Une des particularités de l’étude est qu’elle veut comparer les expériences des femmes de différentes régions au Québec. « La pandémie n’a pas été vécue de la même façon partout. Au début du confinement, Rouyn-Noranda a été fermé complètement, et les femmes devaient faire un détour de plusieurs heures pour se rendre à l’hôpital », donne comme exemple la chercheuse originaire de l’Abitibi-Témiscamingue. Grâce au Réseau intersectoriel de recherche en santé de l’Université du Québec (RISUQ), les chercheuses pourront récolter des témoignages à Montréal, Québec, Sherbrooke, en Mauricie-Centre-du-Québec, dans le Bas-Saint-Laurent, en Abitibi-Témiscamingue, et possiblement au Saguenay. Le RISUQ, lancé durant l’hiver 2019, met en lien les ressources en santé du réseau de l’UQ et finance la recherche de la professeure Vaillancourt et de son équipe.

Objectif prévention

Même si la COVID-19 se transmet très rarement dans le placenta et qu’on observe peu de mortalité chez les bébés, la pandémie a des conséquences bien réelles pour les enfants et leurs mères. On sait par exemple que le risque d’être exposé à la violence conjugale a augmenté durant le confinement. « Du point de vue de la santé publique, il doit y avoir un accompagnement des femmes enceintes. On veut arriver avec des données qui vont permettre d’avoir une approche préventive et de s’ajuster lors d’autres pandémies », explique Mme Vaillancourt. L’étude veut donc mettre en lumière des facteurs de risque et de protection et formuler des recommandations, qui aideront à développer des outils pour aider les femmes.

Les effets d’un tel événement ne disparaissent pas non plus en un clin d’œil. « C’est comme lors d’une inondation. On ne peut pas juste enlever l’eau et laisser les gens comme ça », compare Mme Vaillancourt. En effet, en plus de suivre le développement de l’enfant, on peut aussi surveiller la santé de la femme. « On veut trouver des données pour aller plus loin. On a beaucoup parlé de la programmation in utero de l’enfant, mais ce à quoi le système de la femme est exposé l’affecte différemment lorsqu’elle est enceinte et la rend plus à risque de développer certaines maladies plus tard dans sa vie. Par exemple, elle pourrait être plus à risque de développer des pathologies, comme des maladies cardiovasculaires », suggère Mme Vaillancourt.

L’étude de la professeure et de ses collègues s’insérera parmi plusieurs autres études qui s’intéressent aux femmes enceintes en ces temps de pandémie, comme celle de la Dre Anick Bérard, du CHU Sainte-Justine, qui veut recruter 5000 femmes dans le monde. « Notre cohorte est plus petite, mais on veut suivre les enfants durant deux ans, et, en plus, faire des tests sur le placenta et le cordon », souligne Mme Vaillancourt. Les chercheuses espèrent recruter des participants différents pour ne pas sursolliciter les mêmes femmes. L’étude veut également inclure les conjoints, puisque leur stress peut également avoir un impact sur celui de la femme enceinte.  

Un test québécois plus rapide

Une équipe de chercheurs sous la direction de Denis Boudreau, professeur de chimie à l’Université Laval, est en voie de commencer les essais cliniques d’un test sérologique plus rapide et portatif, effectué sur un échantillon de sang. « Ce n’est pas un test précoce », précise Jean-François Masson, professeur au Département de chimie de l’Université de Montréal. Le test, d’abord destiné aux professionnels de la santé, vise plutôt à mesurer la présence d’anticorps, mais aussi leur qualité, le tout en une quinzaine de minutes. Le test détectera donc si une personne a déjà été infectée par la COVID-19.

D’autres tests sérologiques sur bandelette sont en développement et promettent aussi des résultats très rapides, mais le test de l’équipe du professeur Boudreau divulguera une information de plus haute qualité, pour vraiment prendre le pouls de l’immunité d’un patient. Une autre grande innovation reste la taille du dispositif. L’appareil, relié à un ordinateur portable, peut facilement être transporté et utilisé sur le terrain.

Le test permettra entre autres d’appuyer la recherche et le développement de traitements et de vaccins, en mesurant la présence et la qualité des anticorps suscités par les vaccins, par exemple. L’appareil utilise une technologie développée par le professeur Masson, la résonance des plasmons de surface, qu’il a, entre autres, testée pour détecter les réactions allergiques à un médicament contre la leucémie.

L’équipe a pratiquement fini de mettre au point les deux tests nécessaires à son test sérologique, et un article est déjà en republication (il attend sa révision par les pairs). L’équipe est en recrutement pour valider le concept, mais le ralentissement de la progression de la pandémie a nui à ses efforts. « C’est un heureux problème ! Dans une situation idéale, je n’aurais jamais à tester mon test », affirme M. Masson. Si tout va bien, le test pourrait être commercialisé en 2021.