La capitale et la métropole «très, très près» du rouge

Dans les rues et les parcs de Montréal, l’ambiance n’était pas du tout à la panique, dimanche après-midi.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Dans les rues et les parcs de Montréal, l’ambiance n’était pas du tout à la panique, dimanche après-midi.

Les régions de Montréal et de Québec sont « très, très près d’une zone rouge », selon le ministre de la Santé du Québec, et devraient bientôt changer de palier d’alerte. « On va l’annoncer dans les prochains jours », a déclaré dimanche soir Christian Dubé, à l’issue d’une journée où le nombre de nouvelles contaminations détectées dans la métropole et au Québec a atteint un nouveau sommet depuis le printemps.

« Des décisions difficiles pour les bars et les restaurants » seront aussi prises, a-t-il également dit en direct sur le plateau de Tout le monde en parle. Pour l’instant, aucune région du Québec n’est encore officiellement considérée comme étant en alerte maximale.

« Le principe, ça va être : “restez chez vous”. On va demander un sacrifice social important », a ajouté le ministre Dubé, qui qualifie les 28 jours à venir de « très difficiles ». Le plan de match précis devait être « finalisé dans les prochaines heures ».

La Ville de Montréal est prête à passer en « alerte maximale » afin de lutter à armes égales avec la COVID-19, déclarait un peu plus tôt Valérie Plante, en entretien au Devoir. « Évidemment, comme décideurs, on veut éviter d’avoir à se mêler de la vie des gens, mais là, ça commence à chauffer », a-t-elle dit avant l’annonce du ministre Dubé.

La couleur de chaque région est choisie en fonction de plusieurs facteurs, dont le nombre de nouveaux cas déclarés chaque jour. Pour être en zone rouge, une région doit notamment dépasser le seuil de 10 cas quotidiens par tranche de 100 000 habitants.

Dans l’ensemble du Québec, on rapportait dimanche 896 nouveaux cas, soit l’équivalent de 10,6 pour 100 000 personnes. Dans la région de Montréal, la situation était encore plus critique : on recensait 375 nouveaux malades, c’est-à-dire 18,3 pour 100 000 personnes — un sommet en près de cinq mois. La barre associée au palier rouge avait été franchie à quelques reprises dans les derniers jours dans la métropole, mais jamais aussi fortement qu’en fin de semaine.

Dimanche, on rapportait aussi 4 décès au Québec, dont 2 dans les 24 dernières heures. Le nombre total d’hospitalisations a quant à lui diminué d’une personne, pour atterrir à 216. Ces deux indicateurs suivent des tendances à la hausse depuis la mi-septembre.

« On est surune pente ascendante, très manifestement. Exponentielle, peut-être pas, explique la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal. Pour reprendre le contrôle, il faut rechercher les contacts, tester massivement et donner les résultats rapidement. »

Ça commence à chauffer

Avant de décréter qu’une région bascule en zone rouge, les autorités considèrent non seulement le nombre de nouveaux cas, mais aussi — entre autres — la proportion de tests positifs, le nombre moyen de contacts des nouveaux cas, l’occupation des lits en soins intensifs et le nombre de nouvelles hospitalisations. La décision dépend finalement des informations qualitatives provenant des enquêtes épidémiologiques et des directeurs régionaux de santé publique.

Dans les zones rouges, les autorités peuvent appliquer de « manière ciblée des mesures plus restrictives, pouvant aller jusqu’à faire cesser les activités non essentielles », selon Québec. Les « contacts sociaux non nécessaires », comme les rassemblements en famille ou entre amis y sont découragés.

Si elle attend les règles précises de la Santé publique et du gouvernement du Québec, la mairesse de Montréal se réserve le droit de faire durant cet état d’urgence sanitaire des « gestes précis » pour faire reculer la COVID-19, comme elle l’a fait en obligeant le port du masque dans des lieux publics fermés avant le gouvernement Legault.

« L’autre étape pourrait être de commencer à fermer certains secteurs si on juge qu’ils provoquent plus d’éclosions », dit-elle, tout en citant en exemple les clubs sportifs, les bars et les restaurants.

Les tam-tam se font entendre

Dans les rues et les parcs de Montréal, l’ambiance n’était pas du tout à la panique, dimanche après-midi. Du moins, selon des personnes qui ont décidé de profiter de la journée quasi estivale en sortant de chez elles.

« J’ai l’impression que la majorité des gens ont accepté la pandémie en tant que nouvelle réalité. Ce n’est plus surprenant. L’anxiété est moindre qu’au printemps, c’est certain », jugeait Olivier Boivin, un étudiant de 26 ans penché sur son cahier de mathématiques, au parc Jeanne-Mance.

« On les évite, les rassemblements, mais ici, en plein air, il n’y a pas de problème », souligne quant à lui Pierre Borduas, un homme de 74 ans venu écouter les fameux tam-tam du mont Royal avant que l’hiver ne s’installe. Lui et sa conjointe étaient assis dans l’herbe à bonne distance des autres groupes.

Les percussionnistes rassemblés dans le parc Jeanne-Mance n’étaient toutefois pas aussi éloignés les uns des autres. La police a d’ailleurs lancé des avertissements au microphone, sans que la foule bouge beaucoup. Des dizaines de personnes étaient pourtant rapprochées en un groupe compact.

D’autres citoyens rencontrés critiquaient carrément les mesures sanitaires imposées par le gouvernement. « Je suis contente qu’on ait une belle journée comme aujourd’hui pour nous rappeler de nous battre pour notre liberté et l’avenir de nos enfants », soutient Alexia Lawson, une femme de 28 ans qui pique-niquait avec sa famille.

Ailleurs en ville, la vie suivait son cours dans une ambiance à des lieues de celle du printemps. Près d’une crémerie, des dizaines de clients attendaient en file pour obtenir un cornet.

« Cette seconde vague est moins épeurante. J’espère qu’on a appris quelque chose de la première. Cependant, je dois dire que je n’ai pas du tout confiance dans les écoles ni dans la Santé publique », note Jenny Burnam, mère de deux enfants, ainsi qu’une professeure d’université de 50 ans croisée à la sortie de son épicerie, sur l’avenue du Parc.

Selon la Dre Quach-Thanh, il n’est pas « humainement possible » pour la Santé publique de retrouver toutes les personnes qui ont été en contact rapproché avec un malade. Pour en venir à bout, croit-elle, on doit la doter des bons outils technologiques.

« On a besoin de savoir, par exemple, qui a fréquenté un restaurant X, tel jour. Il faut être capable de savoir qui était là en même temps », fait-elle valoir. Elle suggère de considérer l’implantation d’une application permettant aux gestionnaires d’endroits publics de consigner les visiteurs. « Ces listes numériques n’ont pas besoin d’être accessibles à tout le monde et pourraient même s’effacer automatiquement après un certain temps », dit-elle.

Legault sort de son isolement

Le premier ministre du Québec, François Legault, a fait le point « virtuellement » dimanche sur la progression de la COVID-19 au Québec avec des représentants de la Santé publique.

L’isolement volontaire de M. Legault prend fin lundi midi, soit deux semaines après sa rencontre avec le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole. M. Legault pourrait tenir un point de presse à Montréal lundi après-midi avant de mettre le cap vers le parlement, où il répondra aux questions des partis d’opposition dès mardi.

Près de 900 nouveaux cas

Selon les données du ministère de la Santé publiées dimanche, les autorités ont signalé 896 nouveaux cas de COVID-19. Il s’agit de la plus forte augmentation quotidienne depuis le 6 mai. Le nombre de cas actifs s’élève à 4948 dans l’ensemble de la province, selon l’Institut national de santé publique du Québec. Les autorités ont recensé 71 901 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie. Deux décès ont été enregistrés au cours des 24 dernières heures, en plus de deux autres survenus entre le 20 et le 25 septembre. Cela porte le bilan des victimes à 5825. Le nombre d’hospitalisations a baissé de 1 par rapport à la veille, pour un total de 216. Parmi ces patients, le nombre de personnes soignées aux soins intensifs a diminué de 4, pour un total de 41. Le nombre de prélèvements réalisés le 25 septembre s’élève à 27 380. La situation demeure préoccupante dans de nombreuses régions de la province. On a dénombré 375 nouveaux cas sur l’île de Montréal, 120 dans la Capitale-Nationale et 83 en Montérégie. On a rapporté au Canada 153 109 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie. Le nombre de décès s’élève à 9268.

La Presse canadienne

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