Au-delà de la confusion sur les mesures sanitaires, des réponses

Québec pourrait adapter au cas par cas les mesures prévues selon le niveau d’alerte. Les documents publiés par le gouvernement pour expliquer le système d’alertes mettent en avant cette souplesse: pour la zone rouge, on parle d’appliquer de «manière ciblée des mesures plus restrictives pouvant aller jusqu’à faire cesser les activités non essentielles».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Québec pourrait adapter au cas par cas les mesures prévues selon le niveau d’alerte. Les documents publiés par le gouvernement pour expliquer le système d’alertes mettent en avant cette souplesse: pour la zone rouge, on parle d’appliquer de «manière ciblée des mesures plus restrictives pouvant aller jusqu’à faire cesser les activités non essentielles».

C’était la caricature de Pascal vendredi : un trio de « jazz-confusion » avec Christian Dubé à la batterie, Horacio Arruda à la trompette et Geneviève Guilbeault à la contrebasse. Une musique « difficile à suivre », se plaignait un des deux spectateurs — cela, en écho d’une impression largement partagée cette semaine voulant que les directives du gouvernement et de la Santé publique soient plus embrouillées que limpides en ce début de deuxième vague. « Est-ce qu’on peut améliorer la communication ? » s’est demandé M. Dubé (ministre de la Santé) mardi. « La réponse, c’est oui. » Le Devoir prend cette balle au bond pour répondre à des interrogations soulevées par ses lecteurs : éclaircissements sur quelques zones d’ombre par notre journaliste Guillaume Bourgault-Côté.


1. Se rassembler: on peut se rassembler à la maison ou pas ? À combien ?

Rappelons d’abord que le gouvernement et la Santé publique souhaitent que les Québécois évitent le plus possible de se fréquenter — c’est la transmission communautaire qui pose problème actuellement. Cela dit, on permet quand même de le faire…

Il y a donc trois nuances à retenir pour organiser un rassemblement privé, qu’il soit intérieur ou extérieur. La principale ligne de démarcation est tracée par le système d’alertes régionales.

En zones verte (vigilance) ou jaune (préalerte) : les rassemblements sont autorisés jusqu’à un maximum de 10 personnes. Idéalement, il ne devrait pas y avoir plus de trois foyers rassemblés, mais ce n’est pas une obligation.

En zone orange (alerte modérée) — présentement le Grand Montréal, l’Outaouais, Chaudière-Appalaches et une partie de la Capitale-Nationale : les rassemblements intérieurs ou extérieurs privés sont limités à six personnes.

En réalité, il est possible d’excéder le total de six personnes, mais cela, dans un seul type de situation : deux familles avec enfants peuvent en effet se réunir même si le nombre combiné d’enfants et de parents dépasse alors cette limite. Mais c’est la seule exception.

Ainsi : s’il y a plus de deux foyers rassemblés, le maximum est de six personnes. Si seulement deux foyers sont présents, il n’y a pas de limite établie.

Cela laisse tout de même une incohérence relevée par plusieurs : il est par exemple possible de réunir deux familles de six à Montréal, en pleine zone orange, mais pas à Rouyn-Noranda, pourtant en zone verte…

Conclusion large de Christian Dubé : « Si j’avais un souhait, là, c’est que les gens retiennent six maximum » Et même : qu’ils se privent de rassemblements, a-t-il demandé toute la semaine.

 

2. L’isolement: j’ai côtoyé une personne qui a reçu un diagnostic positif. Je dois me placer en isolement ? 
Tout dépend du contact. Il faut se placer en isolement si on a eu un « contact prolongé » (c’est-à-dire de plus de 15 minutes) et rapproché (à moins de deux mètres, soit à portée de gouttelettes) d’une personne déclarée positive, et si celle-ci n’était pas masquée.
 

Le simple fait d’avoir croisé quelqu’un ne vous impose pas un isolement (il faut simplement être attentif à l’apparition de symptômes).

L’isolement pour celui ou celle qui a côtoyé un cas confirmé de COVID-19 dure 14 jours — le premier ministre Legault terminera d’ailleurs lundi son isolement dû à un contact avec un cas positif, soit le chef conservateur Erin O’Toole. Mais il ne vise pas le reste de la famille qui vit sous le même toit. Règle générale, les enfants peuvent ainsi continuer à aller à l’école.

Il ne faut pas confondre la durée d’isolement pour ceux qui ont été en contact avec un cas positif (14 jours) avec celle prévue pour les cas positifs (qui est maintenant de 10 jours).

La Santé publique a en effet révisé le 28 août la directive à cet égard. Et l’on considère que 10 jours après l’apparition des premiers symptômes — ou 10 jours après la date du test positif —, une personne peut sortir de son isolement. Deux conditions doivent être respectées : ne plus avoir de fièvre depuis au moins 48 heures, et ne plus présenter de symptômes depuis au moins 24 heures (la toux et la perte d’odorat ne comptent pas).

 

3. Les tests: pourquoi faut-il passer un second test quand on a été en contact avec une personne positive, et que le premier test était négatif ?

On demande aux gens ayant eu un contact rapproché avec un cas positif d’aller se faire tester, en plus de se placer en isolement. Or, si le résultat de ce test est négatif, il faut tout de même terminer ses 14 jours d’isolement… et aller repasser un autre test vers la fin de sa quarantaine.

L’épidémiologiste Nimâ Machouf rappelle que « ce n’est pas parce qu’on n’a pas de symptômes qu’on n’est pas positif. La moitié des gens environ n’auront pas de symptômes ». Le premier test, s’il se révèle positif, permettra ainsi de couper plus rapidement la chaîne de transmission.

Le deuxième test trouve son utilité si le premier a été réalisé trop tôt, ajoute Mme Machouf. « Si on fait le premier test trop tôt, il peut sortir négatif même si la personne est positive, dit-elle. Si j’ai inhalé le virus, il va commencer à s’installer dans mon organisme, mais ça prend quelques jours avant qu’il se développe. »

En somme : il doit y avoir « assez de virus » pour que le test le détecte, indique Nimâ Machouf. C’est au 4e ou au 5e jour après le contact avec une personne infectée que les conditions de détection sont les meilleures. « Mais on est déjà contagieux à partir du jour 3 ou 4 », ajoute-t-elle.

4. Le police: les policiers peuvent-ils entrer dans une maison privée pour vérifier si les consignes sur les rassemblements sont respectées ?

La réponse courte : c’est non. Mais cette question a soulevé la polémique cette semaine après que le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, eut dit mardi que « ça s’en vient, c’est imminent  », et suggéré qu’il « faut se donner les moyens de sévir ».

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a précisé le lendemain qu’en « aucun cas, nous n’envisageons, en ce moment, de permettre aux policiers d’entrer dans les maisons privées des gens, à moins d’avoir le consentement du propriétaire ou du locataire de l’endroit ou d’avoir un mandat en bonne et due forme ». En ce moment ? Mme Guilbault a ajouté que s’il « ne faut jamais dire jamais », « on n’est pas là, pas là, pas là, pas du tout là. Et on n’a absolument pas l’intention d’en venir là non plus ».

Jeudi, en entrevue à Radio-Canada, le premier ministre Legault a réitéré qu’« on n’est pas pour commencer à avoir la police qui entre librement dans toutes les maisons », tout en soulignant la cause de l’imbroglio de la semaine. « On a des gens, comme le Dr Arruda, qui ne sont pas juristes et qui, peut-être, doivent ajuster les messages. »

 

5. Lieux de culture: pourquoi, en zone orange, un lieu de culte ne peut-il accueillir que 25 personnes, alors qu’un théâtre dans la même rue pourra en recevoir 250 ?

Cette question a irrité plusieurs chefs religieux cette semaine. Le système d’alertes régionales du gouvernement classe les lieux de culte dans la catégorie des « activités organisées dans un lieu public » intérieur ou extérieur : salles louées, événements festifs, pique-niques, etc.

En zones verte et jaune, on impose une limite de 50 personnes à ces rassemblements. En zone orange, c’est 25 personnes.

Or, pour les salles de spectacle, les théâtres et les cinémas, même en zone orange, on permet l’accueil de 250 personnes.

La Santé publique fait valoir que dans ces lieux culturels, on trouvera des « personnes assises, relativement immobiles, qui parlent peu ou pas et qui sont sous supervision de personnel ».

Mardi, Horacio Arruda expliquait que la littérature scientifique « reconnaît très bien que les cérémonies religieuses sont des génératrices de cas, beaucoup plus que les théâtres […]. Durant la cérémonie, il peut y avoir des rapprochements, des communions. Et aussi, dans une église, c’est un lieu social de rencontre, et souvent, en parallèle avec la cérémonie comme telle, il y a des contacts entre les individus. Ce qui est très différent que d’aller dans un spectacle où on [s’assoit], on enlève son masque, on est à deux mètres de distance, et on ressort. »

6. Les alertes: le système d’alertes régionales et son code de couleurs sont-ils à géométrie variable ?

Essentiellement, oui. On le voitd’ailleurs sur la carte des paliers d’alerte : tout n’est pas vert, jaune, orange ou rouge. Il y a du hachuré…

Sitôt le réseau d’alertes régionales dévoilé, le gouvernement a introduit des exceptions — la Capitale-Nationale est par exemple officiellement en zone jaune, mais avec des territoires en zone orange.

De la même manière, Québec pourrait adapter au cas par cas les mesures prévues selon le niveau d’alerte. Par exemple : ce n’est pas parce qu’une région passerait au rouge (niveau maximal) que les salles à manger des restaurants et les bars seraient nécessairement fermés.

« C’est un cadre de référence, a rappelé Horacio Arruda vendredi. Même si on a écrit quelque chose [dans le plan], le port de la tête est nécessaire. »

La veille, M. Arruda avait aussi expliqué que les décisions liées au système de couleurs sont basées sur « l’analyse qu’on fait de façon épidémiologique, la situation dans chacun des territoires ».

Les documents publiés par Québec pour expliquer le système d’alertes mettent en avant cette souplesse : pour la zone rouge, on parle d’appliquer de « manière ciblée des mesures plus restrictives pouvant aller jusqu’à faire cesser les activités non essentielles ».

« Ce n’est pas automatique, a encoredit M. Arruda. C’est un menu à la carte où on pourrait choisir, selon la situation, le menu ». Ce qui voudra dire de rester attentifs aux détails…

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