À Québec, la deuxième vague se fait déjà sentir dans les résidences pour aînés

La deuxième vague frappe fort dans les résidences pour personnes âgées de la ville de Québec, avec plus de 160 cas, tant chez les résidents que chez les employés, et déjà une dizaine de décès. Deux résidences privées sont sur la liste rouge du ministère de la Santé en raison de leur niveau de contamination jugé « critique », et plusieurs autres sont « sous surveillance ».

« Oui, nous sommes très à risque », répond Nancy Drouin, directrice adjointe au CIUSSS de la Capitale-Nationale. « On craint une deuxième vague dans les CHSLD et les résidences pour aînés de la région, car ce qui se passe dans les milieux de vie est le reflet de ce qui se passe dans la communauté. »

Elle rappelle que le coronavirus circule à une vitesse fulgurante, que la région est passée en zone orange et que les travailleurs et les personnes âgées vivent dans la communauté. « Il est donc logique que les établissements publics et privés soient touchés », dit-elle.

Selon Mme Drouin, les équipes sont toutefois « beaucoup mieux préparées » pour faire face à cette deuxième vague. « Pendant la première vague, on a eu moins d’éclosions, mais celles que nous avions étaient majeures, on pouvait aller jusqu’à 40, voire 60 cas, dans un même établissement. Maintenant, ce que je constate, c’est qu’on a plus de foyers d’éclosions, mais qu’on est davantage en contrôle. On a beaucoup de milieux avec deux ou trois cas, mais peu de milieux avec plusieurs cas. »

On craint une deuxième vague dans les CHSLD et les résidences pour aînés de la région, car ce qui se passe dans les milieux de vie est le reflet de ce qui se passe dans la communauté

 

Pourtant, certains chiffres rappellent ceux du printemps dernier. Ainsi, à la résidence Place Alexandra, un établissement de 190 logements à Beauport, on compte plus de 53 cas, dont 40 résidents et 13 employés. Six personnes y sont mortes.

Contactée par Le Devoir, la directrice Louise Rodrigue répond n’avoir « aucun commentaire », adressant Le Devoir à l’équipe de communication du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

La Place Alexandra est « l’exception », explique Nancy Drouin du CIUSSS. « C’est un cas où une personne asymptomatique s’est promenée dans le milieu. Tant qu’on n’a pas eu une personne qui a présenté des symptômes, on n’a pas décelé que le virus était entré et qu’il avait commencé à faire des ravages. Dès qu’on l’a su, toutes les mesures de précaution ont été mises en place dans l’heure même, mais dès le premier dépistage massif, on s’est rendu compte que le virus était déjà entré. »

À la résidence Le Kirouac, sise tout près du désormais célèbre bar de karaoké du même nom, on compte 15 cas chez les résidents et moins de 5 chez les employés, en plus d’un décès.

La résidence La Belle Époque compte pour sa part 38 cas, dont 2 décès, alors que le Marquisat des Plaines compte 20 cas. Enfin, la résidence Humanitea compte 12 cas et la Clairière du boisé, 16 cas, dont un décès.

Dans toutes ces résidences, la Santé publique vient porter main-forte aux propriétaires privés avec des « brigades chaudes », soit du personnel qui a l’expérience de travailler en zone chaude. « Jusqu’à présent, les gens sont soulagés de nous voir arriver en soutien parce qu’ils n’ont généralement pas ces moyens-là », précise Mme Drouin.

« Sur le qui-vive »

Au Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), le président Yves Desjardins confirme que ses membres sont « sur le qui-vive » depuis quelques semaines. « Mais ce n’est pas la panique du printemps passé, les directives sont claires et il y a plus d’uniformité », précise-t-il, parlant lui aussi d’une « belle collaboration » avec les équipes de la Santé publique.

« Il fallait s’y attendre, ajoute-t-il. Le nombre de cas augmente partout, c’est donc normal que ça augmente.

De ces 35 résidences, 25 comptent moins de deux cas, dit-il. Or, sur les 10 résidences qui comptent plus de deux cas, 5 sont situées dans la Capitale-Nationale, a pu constater Le Devoir en épluchant les données publiées tant sur le site du ministère de la Santé que sur celui du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Deux CHSLD de Québec sont également touchés par la deuxième vague. Il s’agit du centre d’hébergement Louis-Hébert, qui rapporte un cas chez les usagers et moins de cinq cas chez les employés, et du centre d’hébergement de l’Hôpital général de Québec, qui totalise deux cas chez les usagers et moins de cinq chez les employés.

Transmission des employés

Si tous s’entendent pour dire que les milieux sont mieux équipés pour faire face à cette deuxième vague, comment explique-t-on que des employés puissent encore contaminer des résidents, s’ils portent l’équipement de protection et respectent toutes les règles ? « J’aimerais bien le savoir, répond Yves Desjardins. Si nous le savions, nous pourrions le prévenir. »

Même son de cloche du côté la Santé publique. « Oui, ce sont des choses qui arrivent. C’est un virus traître et, malgré les mesures de prévention, le port du masque, l’équipement, les visites de vigie et le lavage des mains, si l’employé vient travailler et qu’il n’a pas de symptômes, ça arrive », répond Mme Drouin.

Selon elle, il n’y a plus de va-et-vient de personnel dans les établissements de la Capitale-Nationale, même si elle reconnaît que certains sont encore contraints d’avoir recours à du personnel d’agence. « Quand on fait affaire avec des agences, le personnel reste sur le site », répond-elle.

À voir en vidéo