Ottawa craint une deuxième vague de COVID-19 pire que la première

Selon l’administratrice en chef de la santé publique fédérale, la Dre Theresa Tam, on observe en ce moment «une accélération par rapport à ce que l’on avait prédit».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Selon l’administratrice en chef de la santé publique fédérale, la Dre Theresa Tam, on observe en ce moment «une accélération par rapport à ce que l’on avait prédit».

La Santé publique fédérale sonne l’alarme : si les Canadiens ne resserrent pas leurs activités afin de réduire leurs contacts avec autrui, l’épidémie de COVID-19 risque de faire des ravages encore plus importants qu’au printemps. L’accélération de l’épidémie inquiète tellement à Ottawa que le premier ministre Justin Trudeau prononcera une adresse à la nation, mercredi, pour sommer les Canadiens de faire leur part pour éviter une deuxième vague plus dramatique que la première.

Le bureau de M. Trudeau a confirmé, mardi, qu’il prendra la parole en direct sur les réseaux télévisés pendant une quinzaine de minutes mercredi soir. « Le premier ministre s’adressera directement aux Canadiens pour souligner l’urgence de combattre la COVID-19 au moment où nous faisons face à une possible deuxième vague du virus », a fait valoir son équipe. M. Trudeau en profitera également pour résumer les grands pans du discours du Trône qu’aura présenté la gouverneure générale en après-midi.

Le premier ministre s’était fait plus discret, ces dernières semaines. Ses points de presse quotidiens ont été abandonnés, en juillet. Une sortie télévisée en direct, à heure de grande écoute, était donc inattendue. D’autant plus que les discours du Trône – récités par la gouverneure générale, mais rédigés par le bureau du premier ministre – se tiennent habituellement seuls, sans que le premier ministre en offre à son tour un condensé par la suite.

Mais la croissance rapide de cas de COVID-19 au pays préoccupe grandement les autorités fédérales.

Le Canada rapporte maintenant en moyenne 1058 nouveaux cas par jour, depuis une semaine. Cette moyenne ne se chiffrait qu’à 380 cas quotidiens il y a à peine un mois, à la mi-août. Le taux de reproduction du virus est également à la hausse depuis le mois d’août, se chiffrant à 1,4 — ce qui veut dire que chaque malade transmet le coronavirus à 1,4 autre personne.

3000
C'est le nombre de nouveaux cas de COVID-19 qu'on pourrait recenser quotidiennement au pays en octobre, selon certains scénarios de Santé Canada.

Une accélération de l’épidémie jugée « préoccupante » par le sous-administrateur en chef de la Santé publique fédérale, le Dr Howard Njoo. « Comme le virus circule davantage, la situation peut s’aggraver rapidement si des mesures de contrôle adéquates ne sont pas mises en place », a-t-il prévenu, en présentant les derniers modèles de prédictions de propagation de la COVID-19 mardi.

Ces pronostics avertissent que le Canada est « à la croisée des chemins ». Si les Canadiens réduisent leurs contacts avec autrui, l’épidémie pourrait être de nouveau maîtrisée rapidement dans la plupart des localités. Mais Santé Canada prévient qu’un maintien du comportement actuel des Canadiens confirmerait une reprise de l’épidémie qui pourrait se traduire par non moins de 2000 nouveaux cas quotidiens de COVID-19 d’ici le début du mois d’octobre et même 3000 à la mi-octobre. Les autorités de santé publique prévoient en outre un troisième scénario, encore plus sombre, si les citoyens abandonnent leurs efforts de distanciation physique et augmentent encore davantage leurs contacts avec l’extérieur. L’épidémie reprendrait alors encore plus rapidement et pourrait faire 3000 nouveaux malades par jour dès le début du mois d’octobre — soit le double du taux quotidien déjà très élevé observé ces jours-ci. Au pic du printemps, le Canada rapportait en moyenne un peu moins de 2000 cas par jour.

La Santé publique ne s’est pas aventurée à prédire le nombre total de malades ou de victimes que pourrait faire le coronavirus, si ces scénarios pessimistes se confirment.

À court terme, cependant, les autorités sanitaires prédisent que le Canada comptera entre 150 800 et 155 800 cas de COVID-19 d’ici dix jours et 9230 à 9300 décès. En date de mardi, 145 415 Canadiens avaient contracté la maladie et 9228 en étaient morts.

Ces projections ont toutefois été concoctées à partir de données datées du 17 septembre et, depuis, tant le nombre de cas que le nombre de décès enregistrés au pays ont rejoint la courbe qui prévoit les taux les plus élevés. « Cela m’indique qu’on observe en fait une accélération par rapport à ce que l’on avait prédit », a concédé l’administratrice en chef de la santé publique, la Dre Theresa Tam.

Les jeunes menacent les plus vulnérables

Pour l’instant, bien que le nombre de cas augmente rapidement au pays, les taux de décès et d’hospitalisations demeurent faibles. Mais le Dr Njoo explique que ces complications causées par la COVID-19 accusent souvent quelques semaines de retard, d’autant plus qu’une plus grande proportion des nouveaux malades sont maintenant plus jeunes.

 

Les adultes de 20 à 39 ans sont en effet les plus nombreux à attraper la COVID-19, ayant surpassé les aînés de plus de 80 ans à ce triste palmarès depuis la fin du mois de juin. Ce qui pose néanmoins un risque pour les plus vieux et les plus vulnérables de la société, ont averti les autorités.

« La circulation actuelle du virus chez les jeunes adultes — qui sont mobiles et qui ont beaucoup de liens sociaux — donne lieu à la création d’un réservoir du virus, ce qui augmente le risque de propagation aux personnes et aux populations dont le risque de résultats graves est élevé. Et cela menace notre capacité de maîtriser l’épidémie », a exposé le Dr Njoo.

Un avertissement qu’a repris le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé. « Même si les personnes impactées sont plus jeunes, ça va finir par se rendre aux personnes plus vulnérables. Donc, notre système de santé est vraiment mis à mal par cette contagion communautaire », a-t-il prévenu à son tour. D’autant plus que cette contagion menace en outre le personnel de la santé, a-t-il rappelé.

L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) publiera à son tour ses projections mercredi, cette fois-ci pour dresser les scénarios anticipés d’hospitalisations et d’admissions aux unités de soins intensifs du Québec au cours du prochain mois.

Une deuxième vague localisée

Si le Québec reconnaît qu’il a officiellement entamé la deuxième vague, les autorités de santé publique fédérales n’ont pas voulu dresser la même conclusion à l’échelle du pays pour l’instant. Le Dr Njoo a plutôt noté que « le Canada est un grand pays » au sein duquel « toutes les régions sont différentes les unes des autres ».

Le taux de propagation est très élevé dans neuf régions du pays : au Québec, à Ottawa, à Toronto, dans le nord de l’Alberta et au sud de la Colombie-Britannique. Mais la Saskatchewan, le Manitoba et les provinces atlantiques sont encore peu touchés. « Le degré d’activité du virus n’est pas le même à travers le pays. En fait, ce n’est pas le même à travers une même province », a renchéri la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu.

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