Éclosion dans le CHSLD de Lambton, en Estrie

Du côté des résidences privées, on compte 4 établissements sur la liste rouge et 31 sous surveillance.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse Du côté des résidences privées, on compte 4 établissements sur la liste rouge et 31 sous surveillance.

Épargné par la première vague, le CHSLD de Lambton, en Estrie, est aux prises avec une importante éclosion de COVID-19 qui touche 16 de ses 40 employés et 19 de ses 29 résidents, dont 4 sont décédés ces derniers jours. C’est le seul établissement à être sur la liste rouge de Québec en ce moment.

Depuis que sa femme, Huguette Lessard, a emménagé au CHSLD de Lambton, il y a un peu plus de quatre ans, Réginald Domingue allait la visiter deux ou trois fois par semaine. La dernière fois, c’était un mercredi, au début du mois de septembre. Le lendemain, elle passait un test de dépistage de la COVID-19. « C’est là qu’on a su qu’elle était positive », dit en soupirant M. Domingue au bout du fil.

Comme tous les résidents du CHSLD de Lambton qui ont reçu un diagnostic positif, Mme Lessard, 84 ans, a été transférée dans la zone rouge au centre de confinement du CIUSSS de l’Estrie, à Sherbrooke, où son mari a pu lui rendre une dernière visite avant son décès, le 10 septembre. « Elle n’était pas si pire, elle était assise et elle chantait des chansons, raconte-t-il. Je ne pensais pas qu’elle allait partir vite de même… »

Malgré la douleur, l’homme n’a que de bons mots pour le personnel du CHSLD et du centre de confinement, qu’il remercie pour les bons soins prodigués à son épouse des 58 dernières années. Et ce, même s’il sait que ce sont des employés qui sont à la source de l’éclosion qui a mené au décès de sa femme.

Au CIUSSS de l’Estrie, la responsable des communications, Geneviève Lemay, confirme l’information. « Ce sont des employés qui ont été déclarés positifs en premier chez nous, explique-t-elle en entrevue au Devoir. Je n’ai pas la source de leur infection — ce sont des informations confidentielles —, mais des employés ont été déclarés positifs et c’est à ce moment-là que nous avons fait un dépistage massif auprès des résidents, et c’est là que nous avons découvert les premiers cas chez les résidents. »

Ce sont « moins de cinq membres du personnel » qui ont été déclarés positifs le 26 août, précise Mme Lemay. « Les personnes infectées ainsi que leurs collègues jugés à risque modéré ou élevé ont rapidement été retirés de leur lieu de travail. »

La propagation s’est faite de manière graduelle, ajoute-t-elle, précisant qu’il y a eu quatre séances de dépistage massif depuis le début de l’éclosion, le 26 août. « Dépendamment de la période d’incubation du virus, c’est sûr que, dans les jours suivant la détection d’un cas positif, il y avait des cas qui émergeaient, quelques-uns à la fois », affirme-t-elle.

Deuxième vague

Jeanne-Mance Lacroix, elle, a eu ses derniers échanges avec sa sœur Noëlla sur Messenger, grâce au soutien des préposés, avec qui elle prenait rendez-vous. Elle aussi affirme que le personnel était exemplaire. « Quand on allait au CHSLD, on faisait bien attention, mais un moment donné, ils nous ont dit de ne plus venir, parce qu’il y avait des cas de COVID. »

Sa sœur était déjà très malade et souffrait de nombreux maux bien avant d’attraper la COVID-19, mais Mme avait espoir, après la vague du printemps, qu’elle passe à travers la pandémie. Leurs derniers échanges ont été particulièrement brefs. « On parlait deux minutes, mais elle avait de la misère à respirer et elle s’endormait tout de suite », raconte-t-elle. Noëlla Lacroix, 90 ans et 11 mois, est décédée le 16 septembre au centre de confinement de Sherbrooke.

Dans la fulgurance de la première vague au printemps dernier, de nombreuses erreurs ont été commises. Mais comment expliquer que, six mois plus tard, on se retrouve encore avec des éclosions dans les CHSLD véhiculées par des employés ? Faut-il s’inquiéter d’une deuxième vague dans les CHSLD ? Le CIUSSS de l’Estrie a-t-il appris de la première vague ? Geneviève Lemay n’était pas en mesure de répondre à ces questions lundi.

Sur le site du ministère de la Santé, seulement neuf cas ont été comptabilisés. « Il y a toujours un décalage entre nos chiffres régionaux et ce qui est mis sur le site du ministère », explique Mme Lemay, qui affirme diriger les journalistes vers les chiffres du CIUSSS de l’Estrie pour qu’ils aient les données les plus à jour.

Or, même avec seulement 9 résidents infectés — ils sont plutôt 19 résidents à être infectés, dont 4 sont rétablis, et 16 employés, selon le CIUSSS —, c’est suffisant pour que Québec mette le CHSLD sur la liste rouge des établissements « en situation critique ». Il s’agit d’ailleurs du seul CHSLD sur la liste rouge. Dix-sept autres CHSLD sont sur la liste jaune des établissements sous surveillance.

Du côté des résidences privées, on compte 4 établissements sur la liste rouge et 31 sous surveillance.

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