Pas de béton, mais de nouvelles façons de faire

Martine Letarte Collaboration spéciale
La travailleuse sociale Lita Béliard s’inquiétait  bien avant  la pandémie du manque  de soins dont  les résidents  de CHSLD souffrent.
Renaud Philippe Archives Le Devoir La travailleuse sociale Lita Béliard s’inquiétait bien avant la pandémie du manque de soins dont les résidents de CHSLD souffrent.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

Résidences pour personnes âgées autonomes, semi-autonomes, résidences de type familial, ressource intermédiaire, centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) : les types de milieux de vie pour les personnes âgées sont nombreux et, pour aider le grand public à s’y retrouver, Lita Béliard et Louise Savard ont publié le livre Vieillir à la bonne place en janvier 2019. Déjà critiques des CHSLD avant de les voir craquer avec la pandémie, elles souhaitent de nouvelles règles fiscales et l’intégration des technologies pour créer des milieux de vie capables de mieux répondre aux besoins des aînés.

Lita Béliard n’a pas été surprise de voir comment la situation est vite devenue catastrophique dans les CHSLD au printemps avec la pandémie de COVID-19. Il faut dire qu’elle s’y connaît en hébergement. Maintenant retraitée, elle a fait carrière comme travailleuse sociale et a longtemps été responsable des demandes d’hébergement pour les 14 000 lits destinés aux adultes en perte d’autonomie à Montréal.

« Lorsque je gérais les lits à Montréal, je voyais 3000 décès par année concentrés dans deux grosses vagues :la grippe et la chaleur intense, précise-t-elle. Cette année, les décès ont été concentrés pendant la crise de la COVID-19. Ce n’est pas la quantité qui était paniquante, mais les conditions dans lesquelles les gens sont décédés. Ces résidents étaient enfermés, coupés de leurs proches et manquaient tellement de soins que c’était devenu une forme de maltraitance en raison du manque de personnel. »

Si voir les résidents de CHSLD laissés à eux-mêmes pendant la pandémie a choqué le Québec, Lita Béliard s’inquiétait déjà du manque de soins dont ils souffraient. « Les personnes en CHSLD sont malades et elles ont besoin de soins, mais il n’y a pas assez d’infirmières et de médecins sur place pour les leur fournir », affirme-t-elle.

Cette année, les décès [de personnes âgées] ont été concentrés pendant la crise de la COVID-19. Ce n’est pas la quantité qui était paniquante, mais les conditions dans lesquelles les gens sont décédés

 

L’une des propositions des autrices de Vieillir à la bonne place est de revoir la structure juridique des CHSLD. « Dans le sigle CHSLD, le H signifie hébergement, mais il faudrait changer sa signification pour hospitalier parce que, légalement, cela ferait en sorte que les CHSLD deviendraient des hôpitaux, avec l’obligation d’avoir la présence de professionnels pour apporter tous les soins nécessaires », explique-t-elle.

Revoir la fiscalité et intégrer la technologie

Alors que les baby-boomers sont en train de faire exploser le nombre de personnes de 65 ans et plus au Québec — il atteindra 2,3 millions en 2031 —, toutes n’ont bien sûr pas besoin de vivre à l’hôpital. D’ailleurs, les autrices indiquent dans l’ouvrage que pas moins de 96 % des personnes âgées demeurent actuellement dans leur domicile.

« Dans cette catégorie, nous incluons ceux qui habitent en résidence pour personnes âgées parce qu’au niveau de la loi, c’est un appartement qu’on loue, donc c’est considéré comme être chez soi, explique Mme Béliard. Or, on a vu avec la pandémie que ce n’était pas comme être dans sa maison non plus. En résidence pour personnes âgées, tu ne peux pas faire ce que tu veux [les résidents ont été empêchés de sortir ce printemps]. Si nous avions à réécrire le livre, nous ferions clairement cette distinction. »

Le gouvernement travaille d’ailleurs sur de nouveaux modèles d’hébergement pour les personnes âgées. La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a à cœur son projet de Maisons des aînés qui accueilleraient des personnes en perte d’autonomie. Mais Lita Béliard n’est pas convaincue par l’idée. « Je crois qu’on n’a pas besoin de béton au Québec, mais d’un changement de paradigme, affirme-t-elle. Il faut faire des changements de fiscalité. En ce moment, si trois amis âgés veulent vivre ensemble dans une maison et y demander des soins à domicile, ils seront pénalisés financièrement. Or, ensemble, ils peuvent s’entraider, mieux s’organiser, moins souffrir de solitude, et ça fera une maison plutôt que trois où aller donner des soins. Cela se fait dans d’autres pays, comme le Danemark. »

Lita Béliard croit aussi que la technologie devrait être mieux intégrée dans les milieux de vie des aînés. Elle mentionne notamment les toilettes qu’on peut transporter à côté du lit, les lits électriques avec barres d’appui qui permettent de se relever plus facilement et les technologies qui permettent d’ouvrir la porte d’entrée à distance, par exemple lorsqu’un professionnel vient donner des soins à domicile. « Les technologies peuvent redonner beaucoup d’autonomie aux aînés, alors pourquoi ne pas les aider à adapter leur maison ? Les baby-boomers sont très nombreux et ils sont habitués à revendiquer, alors j’espère qu’ils seront capables de faire changer les choses. »